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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-22TL22468

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-22TL22468

mardi 28 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-22TL22468
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n° 2200176, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, M. A, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 9 septembre 2021 ;

3°) d'ordonner au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée ou familiale " ou " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ou, subsidiairement, d'ordonner au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le préfet de l'Hérault n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation alors qu'il refuse le renouvellement de son droit au séjour en dépit d'un avis favorable du 2 février 2021 des services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation du travail et de l'emploi ; il n'a pas été fait état de son contrat de travail visé par les services de l'Etat ni de son expérience professionnelle ;

- en refusant la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ", le préfet de l'Hérault a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- en raison de la durée et des conditions de son séjour en France, l'arrêté en litige porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en France en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et se trouve entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- si le rejet par le préfet de l'Hérault de sa demande de renouvellement de titre de séjour est motivé par le fait que sa présence serait une menace à l'ordre public, son épouse française n'a pas initié de divorce pour faute et le principe de la rupture du mariage a été accepté le 14 novembre 2020 ;

- sa condamnation à deux reprises par le tribunal correctionnel ne remet pas en cause la réalité de ses attaches familiales en France.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, de nationalité marocaine né le 5 décembre 1991, a sollicité le 9 mars 2020 auprès des services de la préfecture de l'Hérault un changement de statut afin de se voir délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " après avoir obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par un arrêté du 9 septembre 2021, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A fait appel du jugement du 19 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, il ressort des mentions figurant sur l'arrêté en litige que le préfet de l'Hérault s'est prononcé sur la demande de changement de statut en visant l'avis émis le 2 février 2021 par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la région Occitanie. Le représentant de l'Etat a également mentionné la demande d'autorisation de travail établie le 1er août 2020 par la société Super Fruits concernant un contrat de travail à durée indéterminée pour un poste d'employé de vente ainsi que l'avis favorable émis par les services de l'Etat. S'il est vrai que cet arrêté ne fait pas référence à l'expérience professionnelle de M. A, il mentionne également d'autres circonstances tenant à la situation personnelle et familiale en France de l'intéressé, en particulier son séjour régulier en qualité de conjoint de français et les condamnations prononcées à son encontre par le tribunal correctionnel de Montpellier les 3 décembre 2019 et 28 mai 2020. Contrairement à ce que soutient l'appelant, le préfet de l'Hérault a bien procédé à un examen réel et complet de sa situation pour se prononcer sur sa demande de changement de statut.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''() ". Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est prévalu à l'appui de sa demande de titre de séjour d'un contrat de travail à durée indéterminée pour lequel son employeur a présenté une demande d'autorisation de travail ayant fait l'objet d'un avis favorable émis le 2 février 2021 par les services de direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la région Occitanie. Toutefois, si le requérant produit à nouveau en cause d'appel les pièces et documents qui attestent d'une activité professionnelle régulière lorsqu'il bénéficiait d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, il ressort également des pièces du dossier que le préfet a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour " salarié " après avoir relevé qu'il ne pouvait plus se prévaloir de sa qualité de conjoint de français et que sa présence constituait une menace pour l'ordre public après avoir été condamné par le tribunal correctionnel, le 3 décembre 2019, à une peine d'emprisonnement d'un an avec sursis pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et de transport et détention non autorisés de stupéfiants et, le 28 mai 2020, à une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans pour violence suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Alors même que l'appelant justifie par les pièces qu'il produit qu'il a régulièrement exercé une activité salariée en France, cette circonstance ne privait pas le préfet de l'Hérault de la possibilité d'apprécier, en application de l'article L. 432-1 précité, si sa présence sur le territoire national représente une menace pour l'ordre public et ce alors même que les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la région Occitanie ont émis un avis favorable sur la demande d'autorisation de travail. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet, après avoir procédé à un examen complet de la situation de M. A ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, aurait méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa situation sur la situation professionnelle de l'intéressé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a vécu régulièrement en France à compter du mois de mars 2017 en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Les époux ont toutefois signé le 24 novembre 2020 un procès-verbal devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Montpellier un procès-verbal constatant l'acceptation du principe de la rupture du Mariage. Si l'intéressé se prévaut du caractère régulier de son séjour en France lorsqu'il était marié à une française, d'une nouvelle relation avec une compatriote séjournant régulièrement en France et de la présence sur le territoire national de membres de sa famille, il ressort également des pièces du dossier que cette relation est particulièrement récente à la date de l'arrêté en litige dès lors que l'attestation produite par sa compagne fait état d'une vie commune depuis le 29 décembre 2020. Alors que M. A a fait l'objet en 2019 et 2020 de deux condamnations correctionnelles dont la dernière pour des faits de violence sur son conjoint, le refus opposé par le préfet de l'Hérault fondé sur le fait que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public ne peut être regardé comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et des conditions de son séjour en France. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'arrêté pris à l'encontre de M. A aurait sur sa situation personnelle et familiale des conséquences d'une gravité exceptionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché cet arrêté ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement et ne peut dès lors qu'être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Christophe Ruffel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 28 mars 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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