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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00517

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00517

mardi 18 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00517
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBADJI OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C D a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 21 décembre 2021 portant refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2201498 du 20 juin 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2023, Mme C D, représentée par Me Badji Ouali, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 21 décembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou une carte de séjour temporaire portant la même mention, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en contrepartie de son désistement de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le jugement est entaché d'irrégularité en ce qu'il a apprécié de manière erronée les faits et pièces de l'espèce ;

- le jugement est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il a écarté les moyens tirés du défaut de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il a considéré que l'arrêté ne portait pas atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale, en violation de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il a considéré que l'arrêté n'a pas été pris en violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et est donc entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est privée de base légale ;

- la décision de refus de séjour assortie de l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le président de la cour administrative d'appel de Toulouse a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme D, ressortissante algérienne née le 30 mai 1965 à Mohamed Beluizdad (Algérie), est entrée en France en dernier lieu le 15 mars 2020 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 18 novembre 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté en date du 21 décembre 2021 le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande et a assorti sa décision de l'obligation de quitter le territoire français. Mme D relève appel du jugement du 20 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande dirigée à l'encontre de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Si Mme D soutient que le jugement est entaché d'irrégularité en ce qu'il a apprécié de manière erronée les faits et pièces de l'espèce, un tel moyen relève du bien-fondé du jugement et n'est pas susceptible d'affecter sa régularité.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté fait notamment référence aux stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont il est fait application et mentionne que, nonobstant la présence de son fils en France, Mme D, âgée de 56 ans, ne démontre pas se trouver dans l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où elle n'est pas isolée. L'arrêté énonce ainsi les éléments pertinents de la situation personnelle de Mme D. Par suite, c'est à bon droit que les premiers juges ont estimé que cet arrêté était suffisamment motivé en droit et en fait.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni des pièces du dossier, que le préfet de l'Hérault, qui a notamment pris en compte la présence en France du fils de la requérante, né le 27 décembre 1995 et qui bénéficie d'un certificat de résidence en qualité de salarié depuis le 2 novembre 2021, n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et complet de la demande de titre de séjour qu'elle a présentée le 18 novembre 2021. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la demande de Mme D doit dès lors être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Mme D, qui est entrée en France pour la dernière fois le 15 mars 2020, à l'âge de 55 ans, se prévaut de la présence de son fils né le 27 décembre 1995, lequel bénéficie d'un certificat de résidence en qualité de salarié depuis le 2 novembre 2021 et chez qui elle réside. Elle ajoute que son fils souffre d'une polyarthrite juvénile nécessitant sa présence à ses côtés. Toutefois, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, il ne ressort pas des pièces médicales produites que la pathologie dont est atteinte son fils depuis les années 2000, laquelle entraîne deux poussées douloureuses par an d'une durée de deux à quatre semaines, nécessiterait tout au long de l'année une assistance quotidienne par une tierce personne que seule sa mère serait en mesure de lui apporter. Alors qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 55 ans, où elle exerçait en qualité de professeur, Mme D ne justifie pas qu'elle y serait dépourvue de toute attache familiale et personnelle. Ainsi, au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il n'a dès lors ni méconnu l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il s'ensuit que Mme D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont inapplicables aux ressortissants de nationalité algérienne.

9. En cinquième lieu, en l'absence d'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme étant privée de base légale.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7 de la présente ordonnance, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de Mme D, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale sur le territoire national une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et de la méconnaissance par la mesure d'éloignement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D, qui est manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée par application des dispositions précédemment citées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, à Me Badji Ouali et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 18 juillet 2023.

La présidente-assesseure de la 2ème chambre,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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