mercredi 22 novembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL01438 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D E a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2204410 du 2 novembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 20 juin 2023, M. E, représenté par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les points 6 et 7 du jugement attaqué sont contradictoires ;
- l'arrêté du préfet de l'Hérault est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et d'une erreur de fait en tant que les certificats médicaux produit contredisent l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- l'arrêté contesté méconnaît l'article L. 425-9 et le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car il ne peut bénéficier au Nigeria du suivi médical que requiert son état de santé ;
- l'arrêté en litige porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, de nationalité nigériane né le 17 mai 1996, est entré irrégulièrement en France le 9 juillet 2018 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée le 23 mai 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 8 janvier 2020. Le 20 mai 2020, M. E a fait l'objet d'une première décision de refus de séjour assortie d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour. Le 19 octobre 2021, il a effectué une demande de titre de séjour au titre de son état de santé. Par un arrêté du 17 février 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. E fait appel du jugement du 2 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
3. En premier lieu, en soutenant que les motifs contenus au point 6 du jugement attaqué sont contradictoires avec ceux mentionnés au point 7, M. E conteste le bien-fondé fondé du jugement attaqué et non pas sa régularité.
4. En deuxième lieu, par arrêté n° 2021-I-809, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 106 du 19 juillet 2021, le préfet de l'Hérault a accordé à M. C B, sous-préfet, nommé secrétaire général de la préfecture de l'Hérault par décret du 27 mai 2020, une délégation à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault (), à l'exception, d'une part des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre, d'autre part de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique. / A ce titre, cette délégation comprend donc, notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers () ". Il ressort de cette délégation que, bien que le décret du 29 décembre 1962 soit abrogé, le secrétaire général de la préfecture n'a pas délégation pour signer la réquisition des comptables publics et, compte-tenu des exceptions qu'elle prévoit, la délégation du 19 juillet 2021 n'est pas trop générale. Par suite, la délégation de signature, qui habilitait M. B à signer l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français pris à l'encontre de M. E, n'est pas irrégulière. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur manque en fait et doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à la motivation de l'arrêté contesté, que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E avant de prendre l'arrêté contesté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé () ". L'article L. 611-3 du même code dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
7. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
8. Par son avis du 24 janvier 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a estimé que l'état de santé de M. E nécessitait une prise en charge médicale mais que le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'il pouvait voyager sans risque dans son pays d'origine. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. E, qui a levé le secret médical, est atteint d'un syndrome psycho-traumatique qui aurait été évalué comme très sévère le 8 octobre 2019, nécessitant pendant plusieurs semestres une prise en charge basée, d'une part, sur l'administration des médicaments Zopiclone, Miansérine, Zyprexa et Mopral et, d'autre part, sur une thérapie psycho-sensorielle spécifique au trouble de stress post-traumatique. Toutefois, M. E produit pour l'essentiel, à l'appui de son allégation selon laquelle le défaut de prise en charge pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité contrairement à ce qu'indique l'avis du collège des médecins, deux certificats médicaux du docteur A, un premier daté du 15 juin 2021 et un second qu'il a adressé aux médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration daté du 4 novembre 2021, ainsi qu'une ordonnance du même jour pour les médicaments précités. Si les certificats médicaux indiquent que le traitement que suit M. E est nécessaire et que son arrêt présenterait un risque vital, ils mentionnent aussi que les perspectives d'évolutions sont positives. Ces éléments médicaux, dont le collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a eu connaissance puisqu'un des deux certificats lui a été transmis pour l'évaluation de la situation médicale de l'intéressé, ne sont pas suffisamment circonstanciés pour estimer que, contrairement à l'avis du 24 janvier 2022, le défaut de prise en charge pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour M. E. L'arrêté contesté n'étant pas fondé sur la disponibilité effective d'un traitement au Nigéria, M. E ne peut utilement soutenir que les traitements dont il a besoin, notamment la prise en charge psycho-sensorielle, n'existeraient pas dans son pays d'origine. Par suite, la décision portant refus de titre de séjour ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du même code.
9. En cinquième lieu, il ressort de ce qui a été indiqué au point précédent que c'est à bon droit que le préfet de l'Hérault a estimé, dans l'arrêté contesté, qu'" aucune pièce versée au dossier ne permet de contredire l'avis exprimé le 24 janvier 2022 par le collège des médecins " de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, contrairement à ce que soutient M. E et à ce qu'a estimé le tribunal administratif au point 6 du jugement attaqué, qui toutefois a procédé à une neutralisation de ce motif qu'il estimait erroné au point 7 du même jugement, ce motif n'est entaché d'aucune erreur de fait.
10. En sixième lieu, M. E soutient à nouveau en appel que l'arrêté en litige porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il est en situation d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard notamment de son mariage " selon la coutume nigériane " avec une compatriote titulaire d'une carte de séjour et de la présence de deux enfants nés de ce mariage, dont le dernier postérieurement à l'arrêté contesté. Toutefois, l'appelant n'apporte aucune précision complémentaire ni critique utile de la réponse apportée à ce moyen par les premiers juges. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs exposés au point 9 du jugement attaqué.
11. En septième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. E, marié " selon la coutume nigériane " avec une compatriote en situation régulière, a eu deux enfants nés respectivement le 9 août 2021 et le 3 février 2023, soit pour le dernier, plus de onze mois après la date de l'arrêté contesté. Eu égard au jeune âge de l'enfant né le 9 août 2021 à la date de l'arrêté contesté et à la circonstance que les deux parents ont la même nationalité et que la vie familiale peut ainsi se reconstituer dans le pays d'origine, les décisions prises par le préfet de l'Hérault ne méconnaissent pas l'intérêt supérieur de l'enfant de M. E né avant la date de l'arrêté contesté. Le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.
13. En dernier lieu, aucune des circonstances évoquées précédemment ne permet de regarder l'arrêté contesté comme entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. E.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. E est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D E, à Me Christophe Ruffel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 22 novembre 2023.
Le président de la 1ère chambre,
A. Barthez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°23TL01438
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026