mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL01602 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A C, épouse B, a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2204490 du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, Mme C, représentée par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 ;
3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté son recours gracieux ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " à compter de la décision de la cour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois, sous les mêmes conditions d'astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les premiers juges n'ont pas répondu au moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de sa demande d'admission au séjour en qualité de salarié ;
- le tribunal n'a pas examiné le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle ;
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence en raison du caractère trop général de la délégation de signature ;
- le préfet de l'Hérault s'est estimé lié par l'absence de justification d'un visa de long séjour et a méconnu l'étendue de son pouvoir de régularisation ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa demande en ce qu'il n'a pas examiné son expérience professionnelle et la promesse d'embauche qu'elle a signée avec autorisation de travail ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision implicite de rejet du recours gracieux est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa demande de titre de séjour, d'une erreur de droit, " le préfet ayant refusé de se prononcer sur ces fondements " et d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse B, ressortissante algérienne née le 20 avril 1985, est entrée en France en août 2018, munie d'un visa court séjour délivré par les autorités espagnoles. Le 5 mai 2022, elle a sollicité un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 16 mai 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme C fait appel du jugement du 8 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. En premier lieu, les premiers juges ont écarté, au point 4 du jugement attaqué, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la demande de la requérante par le préfet de l'Hérault en rappelant plusieurs motifs de l'arrêté contesté et en indiquant que le préfet n'était pas tenu d'indiquer les raisons pour lesquelles il ne faisait pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation de la situation des ressortissants étrangers au regard de leur droit au séjour.
4. En second lieu, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le tribunal administratif ne se serait pas prononcé sur le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté au regard de sa situation professionnelle dès lors que, au point 6 du jugement statuant sur l'erreur manifeste invoquée, a été analysé l'ensemble de la situation de l'intéressée, notamment son expérience professionnelle en tant qu'agent de propreté et ses perspectives professionnelles.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault, en vertu d'une délégation qui lui a été consentie à cet effet par l'arrêté du préfet de l'Hérault du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 10 mars 2022. Cet arrêté lui donne délégation à l'effet notamment de signer " tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Contrairement à ce qui est soutenu, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale dès lors qu'elle prévoit une exception concernant les réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation en temps de guerre et une autre concernant la réquisition des comptables publics, nonobstant l'erreur alléguée dans le fondement juridique de cette réquisition qui est mentionné dans cet arrêté du 9 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
6. En deuxième lieu, le préfet de l'Hérault a indiqué que Mme C ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en application des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle était dépourvue du visa de long séjour. Il ne ressort ni de cette mention ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Hérault se serait estimé tenu de ne pas faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, y compris au regard de la situation professionnelle de Mme C. Le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet de l'Hérault en s'estimant tenu de ne pas faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation doit donc être écarté.
7. En troisième lieu, l'arrêté du préfet de l'Hérault vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative en France de Mme C, notamment son entrée en France munie d'un visa court séjour et la promesse d'embauche pour un poste d'agent de nettoyage dont elle est bénéficiaire. Il a également indiqué que l'intéressée était mariée à un compatriote algérien en situation irrégulière avec qui elle a eu quatre enfants et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Enfin, l'arrêté en litige mentionne que Mme C n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, même si le préfet de l'Hérault n'a pas mentionné les expériences professionnelles passées de Mme C, la motivation de l'arrêté révèle, contrairement à ce qui est soutenu, qu'il a été procédé à un examen complet et sérieux de la situation de la requérante.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C réside habituellement en France depuis 2018. Il n'est pas contesté que son époux et leurs quatre enfants y séjournent également, les trois enfants les plus âgés étant scolarisés en France et le plus jeune étant né sur le territoire français. En plus de ses activités de bénévolat dans diverses associations, elle a occupé un emploi d'agent de propreté du 5 août 2019 au 1er juin 2021 et a bénéficié d'une promesse d'embauche pour un même poste. Toutefois, l'époux de Mme C est également en situation irrégulière et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dans l'impossibilité de reconstituer en Algérie sa cellule familiale avec son époux et leurs quatre enfants, tous de nationalité algérienne. Par ailleurs, elle n'établit, ni même n'allègue qu'elle serait dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard à ces circonstances, et en l'absence d'intégration professionnelle particulière, l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.
En ce qui concerne la décision portant rejet du recours gracieux :
10. Les moyens tirés du défaut d'examen réel et sérieux de la demande de titre de séjour, de l'erreur de droit commise par le préfet de l'Hérault, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux indiqués précédemment concernant l'arrêté du 16 mai 2022. En tout état de cause, la seule circonstance que le préfet de l'Hérault n'ait pas répondu explicitement au recours gracieux de Mme C ne permet pas d'établir le défaut d'examen réel et sérieux de la demande de titre de séjour.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation du jugement et de l'arrêté contestés doivent, en application de l'article R. 222-1 précité du code de justice administrative, être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également les conclusions de Mme C aux fins d'injonction et celles présentées au titre de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, épouse B, à Me Christophe Ruffel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Fait à Toulouse, le 9 janvier 2024
Le président de la 1ère chambre,
A. Barthez
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026