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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL01950

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL01950

mardi 9 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL01950
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBADJI OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois.

Par un jugement n° 2203727 du 26 août 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2023, M. B, représenté par Me Badji Ouali, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 juin 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'ordonner le réexamen de sa demande sur le fondement des articles L. 435-1 ou L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en contrepartie de son désistement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- en écartant le moyen tiré du caractère insuffisant de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour en France d'une durée de quatre mois, le tribunal a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des exigences posées par le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il en va de même du moyen tiré de l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation qui a été écarté à tort ;

- le jugement attaqué procède également d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il écarte les moyens fondés sur la méconnaissance par l'arrêté en litige des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France ;

- l'arrêté en litige n'est pas suffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- en l'obligeant à quitter le territoire français après le rejet de sa demande d'asile, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant d'envisager un droit au séjour à un autre titre ;

- sa situation en France lui permet d'avoir une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code et la mesure d'éloignement prononcée à son encontre est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, de nationalité malienne né le 31 décembre 1990, déclare être entré sur le territoire français le 14 juin 2019. Par une décision du 14 novembre 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, laquelle a été confirmée par une décision du 14 mars 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 29 juin 2022, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de quatre mois. M. B fait appel du jugement n° 2203727 du 26 août 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. L'appelant soutient que le premier juge s'est livré à une appréciation erronée des faits de l'espèce, qu'il a jugé à tort que l'arrêté critiqué était suffisamment motivé et que le jugement est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation sur sa situation et dans l'application des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ces moyens relèvent de la critique du bien-fondé du jugement et sont sans incidence sur sa régularité. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité du jugement doivent être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, l'arrêté du préfet de l'Hérault vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet de l'Hérault a précisé les éléments de fait propres à la situation personnelle et administrative en France de M. B, notamment le rejet de sa demande d'asile tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile. Il a également indiqué que l'intéressé n'a pas d'attaches fortes sur le territoire français. Enfin, le représentant de l'Etat mentionne que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cette motivation revêt ainsi un caractère suffisant au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et démontre, contrairement à ce que soutient l'appelant, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle. Par suite les moyens tirés du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doivent être écartés.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. D'une part, les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'imposent à l'étranger débouté de l'asile, n'impliquent pas que l'administration doive rechercher une possibilité de régularisation. En tout état de cause, si la loi prescrit qu'un ressortissant étranger doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour et si cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement, tel n'est pas le cas de la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Par suite, en obligeant M. B à quitter le territoire français après le rejet de sa demande d'asile alors que l'intéressé n'a présenté aucune demande de régularisation à un titre, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent doivent être écartés.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est maintenu en France le temps de l'examen de sa demande d'asile et demeure célibataire et sans charge de famille. S'il fait état dans sa requête d'appel de sa volonté d'insertion dans la société française en souhaitant exercer régulièrement une activité professionnelle et qu'il n'a pas troublé l'ordre public, de telles circonstances ne suffisent pas démontrer qu'il a transféré sur le territoire national le centre de ses intérêts privés et familiaux alors qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache au Mali. Dans ces conditions, l'appelant ne peut être regardé comme étant en situation d'obtenir une admission exceptionnelle au séjour et la mesure d'éloignement n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, alors que sa demande d'asile a été rejetée, il n'apporte aucun élément tendant à démontrer l'existence de risques personnels et actuels en cas de retour dans son pays d'origine.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement et ne peut dès lors qu'être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Badji-Ouali et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 9 janvier 2024.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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