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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02552

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02552

vendredi 19 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02552
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBADJI OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2204823, 2205165 du 21 novembre 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, M. A, représenté par Me Badji Ouali, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision de la cour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision de la cour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en contrepartie de sa renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'arrêté litigieux était suffisamment motivé ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et professionnelle en méconnaissance d'une part, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part, de l'article L. 421-1 du même code et de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- l'arrêté est insuffisamment motivé en fait ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation professionnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 5 novembre 1980, est entré le 9 janvier 2019 sur le territoire français avec un visa de long séjour. Il a bénéficié d'une carte pluriannuelle de séjour en qualité de travailleur saisonnier, valable du 9 janvier 2019 au 8 janvier 2022. Par une demande du 26 juillet 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant désormais la mention " salarié ". Par un arrêté du 7 septembre 2022, le préfet de l'Hérault a rejeté la demande de titre, a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le requérant fait appel du jugement du 21 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il ressort des motifs du jugement attaqué que le tribunal administratif de Montpellier a répondu et de manière suffisante à l'ensemble des moyens exposés par le requérant en première instance, y compris au point 3 de ce jugement au moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué serait pour ce motif irrégulier.

4. En second lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Pour demander l'annulation du jugement attaqué pour irrégularité, M. A ne peut donc utilement se prévaloir que les premiers juges ont entaché leur jugement d'erreurs, notamment d'erreurs manifestes d'appréciation, dans la réponse qu'il a donnée sur le fond aux différents moyens qui étaient soulevés devant lui, de tels moyens relevant de la contestation du bien-fondé du jugement et étant examinés dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel.

Sur le bien-fondé du jugement :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. L'arrêté du 7 septembre 2022 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Hérault analyse en outre la situation personnelle et professionnelle du requérant et mentionne de manière suffisante les éléments de fait pris en compte pour justifier ses décisions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable d'un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an ". L'article L. 5221-2 du code du travail dispose que : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du même code : " I. Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail () 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () ". L'article R. 5221-17 du même code dispose que : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ".

9. Il résulte des stipulations et dispositions précédentes que, pour bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", un ressortissant marocain doit présenter une autorisation de travail délivrée par le préfet ou un contrat de travail visé par les autorités compétentes. En l'espèce, le préfet de l'Hérault a noté, dans l'arrêté du 7 septembre 2022, les précédents refus d'autorisation de travail qui ont été opposés aux demandes de l'employeur de M. A présentées le 25 janvier 2022 et le 3 juin 2022. En tout état de cause, M. A n'établit pas que la demande d'autorisation de travail du 18 juillet 2022 émanant du même employeur aurait également été jointe au dossier de demande de titre de séjour. C'est donc à bon droit, au regard des dispositions et stipulations citées au point précédent, que le préfet de l'Hérault a rejeté la demande de titre de séjour qui lui était présentée en se fondant sur l'absence d'autorisation de travail et sur l'absence de contrat de travail visé par les autorités compétentes.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A, après avoir exercé un emploi de travailleur agricole saisonnier au cours du premier semestre de l'année 2018, est entré en France le 9 janvier 2019 et qu'il y réside habituellement depuis cette date. Il s'est maintenu régulièrement pendant la période de validité de ses titres de séjour et a bénéficié de plusieurs contrats de travail au sein de différentes entreprises pour des périodes discontinues de 2019 à la date de la décision litigieuse. Toutefois, il est célibataire et sans enfant et il n'établit pas, ni même n'allègue précisément, qu'il n'aurait pas de famille dans son pays d'origine. Ainsi, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté au droit de M. A au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

13. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

14. M. A a exercé depuis la fin de l'année 2017 différents emplois, notamment des emplois de travailleur agricole saisonnier et, dans la période récente, des emplois d'ouvrier dans le secteur professionnel du bâtiment. Sa présence habituelle en France n'est établie toutefois qu'à compter du début de l'année 2019. En outre, M. A ne fait état d'aucun lien familial sur le territoire français, alors même qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, au regard des emplois exercés et de la durée de la présence en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Hérault aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer à titre exceptionnel une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, c'est également sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Hérault n'a pas délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En cinquième lieu, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait mentionnées aux points 11 et 14, la décision de refus de séjour n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A et des conséquences que la décision emporte sur cette situation.

16. Enfin, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait illégale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit dès lors être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent, également, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Chreifa Badji Ouali et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 19 avril 2024.

Le président de la 1ère chambre,

A. Barthez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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