jeudi 11 septembre 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL02597 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCAT MAZAS |
Vu la procédure suivante :
Procédures contentieuses antérieures :
Mme A C B a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Gard a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour.
Elle a également demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours
Par un jugement nos 2202068, 2300813 du 20 juin 2023, le tribunal administratif de Nîmes, après avoir joint les deux procédures, a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2023, Mme B, représentée par Me Mazas, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement en tant qu'il a rejeté sa demande d'annulation dans l'instance n° 2300813 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 de la préfète du Gard ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 8 jours à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- le jugement est insuffisamment motivé en son point 9 en ce qu'il écarte les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sans mentionner la présence de son frère en situation régulière et le fait qu'il l'héberge ;
- l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français est entaché d'insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'erreur de fait ;
- il est intervenu en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 août 2024.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Toulouse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Teulière,
président-assesseur.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 15 avril 2000, est entrée en France le 17 septembre 2015, munie d'un visa Schengen de type C valable du 26 août 2015 au 25 août 2018. Le 3 mai 2017, elle a fait l'objet d'une ordonnance en assistance éducative aux fins de mesure judiciaire d'investigation éducative, sa mère n'étant pas en capacité de la prendre en charge. Elle a été prise en charge par le département de l'Hérault en avril 2017 et a bénéficié d'un contrat d'accueil provisoire jeune majeur. Le 27 février 2019, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 1er décembre 2022, la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme B relève appel du jugement du 20 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2022.
Sur la régularité du jugement :
2. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements doivent être motivés. ".
3. En l'espèce, les premiers juges n'ont pas insuffisamment motivé leur jugement, en indiquant au point 9 du jugement attaqué, les éléments sur lesquels ils se fondaient pour écarter les moyens de la requérante tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation. Dans ces conditions, la seule circonstance que le tribunal, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments avancés par les parties, n'ait pas mentionné la présence en France du frère de la requérante en situation régulière, n'est pas de nature à entacher son jugement d'une insuffisance de motivation.
Sur le bien-fondé du jugement :
4. L'arrêté contesté mentionne les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels la préfète du Gard s'est fondée. Par ailleurs, il comporte également les motifs de fait, non stéréotypés, qui en constituent le fondement. La préfète du Gard a ainsi notamment relevé que compte-tenu de l'âge de l'intéressée lors de son placement à l'aide sociale à l'enfance, elle n'a pu se voir attribuer un titre au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en outre, rien dans le dossier, notamment pas les compléments fournis en août 2021, n'atteste de sa réussite scolaire, que les informations fournies concernant son adresse sont incohérentes, qu'elle ne justifie pas de manière suffisante avoir déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, ni être isolée dans son pays d'origine et qu'enfin, sa mère, qui réside sur le territoire français a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de l'Hérault le 23 juin 2020. Par suite et alors que la préfète du Gard n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments qu'elle a pris en considération mais seulement ceux sur lesquels elle fondait sa décision, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté ne peut qu'être écarté.
5. L'arrêté contesté comporte une erreur matérielle quant à la date de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme B, cette dernière ayant sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 27 février 2019 et non le 27 octobre 2019, ainsi que le mentionne à tort l'arrêté attaqué. Cependant, cette erreur de plume, qui n'a eu aucune influence sur le sens des décisions de la préfète, est sans incidence sur leur légalité.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Si Mme B est entrée en France le 17 septembre 2015, munie d'un visa Schengen de type C, les tampons sur son passeport font état d'une sortie du territoire français le 19 novembre 2015 et elle n'établit pas la date de son retour sur le territoire français. Elle n'établit pas davantage, par les pièces produites, la continuité de son séjour en France à compter du 17 septembre 2015, en particulier au titre de la période correspondant à l'année scolaire 2016/2017. En outre, elle est célibataire et sans enfant et n'établit pas, par les pièces qu'elle verse aux débats qu'elle serait isolée dans ce pays. Si elle a effectué deux stages, l'un de trois semaines en septembre 2019 et l'autre d'un mois à compter du 16 décembre 2019 et a présenté une promesse d'embauche signée le 24 juin 2021, ces éléments sont toutefois insuffisants pour caractériser de réelles et actuelles perspectives professionnelles et elle ne justifie également pas d'une insertion sociale particulière sur le territoire français. Si son frère réside régulièrement sur le territoire, sa mère a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise le 23 juin 2020 par le préfet de l'Hérault. Dans ces conditions, l'arrêté en litige n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B ne peut exciper de l'illégalité de l'arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français au soutien de sa demande tendant à l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel elle serait reconduite.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté sa demande à fin d'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2022 de la préfète du Gard. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent également qu'être rejetées, de même que ses conclusions relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A C B, à Me Mazas et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Chabert, président de chambre,
M. Teulière, président assesseur,
Mme Restino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2025.
Le rapporteur,
T. Teulière
Le président,
D. ChabertLa greffière,
C. Lanoux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026