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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL02779

cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL02779

mardi 18 juin 2024

Juridictioncour administrative d'appel de Toulouse
Sectioncour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL02779
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCASTANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2300710 du 28 avril 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023, Mme B, représentée par Me Castanet, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement et faire droit à sa requête ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal commis une erreur manifeste dans l'appréciation faite au point 5 de ses conditions de séjour en France au regard de la protection de sa vie privée et familiale ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle est présente sur le territoire français depuis 2016, que sa famille réside en France et qu'elle est insérée professionnellement ;

- eu égard aux circonstances humanitaires, l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, l'arrêté porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 2 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, de nationalité marocaine née le 1er janvier 1973, déclare être entrée en France en 2016 sans visa et a présenté le 12 septembre 2022 une demande de titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale et en qualité de salariée. Par un arrêté du 13 octobre 2022, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme B relève appel du jugement du 28 avril 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, l'appelante critique le point 5 du jugement attaqué en soutenant que les premiers juges ont commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en France au regard de la protection de son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, un tel moyen relève du contrôle de cassation et non de celui de l'appel dès lors qu'il appartient à la cour, saisi par l'effet dévolutif, de se prononcer à nouveau sur la légalité de l'arrêté pris par le préfet de l'Hérault à l'encontre de Mme B.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il a été fait application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 applicable à la situation de l'appelante et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité préfectorale a mentionné les éléments de fait propres à la situation administrative en France de Mme B, notamment qu'elle déclare être entrée sur le territoire français en 2016 sans visa, ainsi qu'à sa situation professionnelle, en particulier une promesse d'embauche non datée à un poste indéterminé mais tamponnée par la société Restauration Amir à Lunel. Le préfet a également fait état de la situation personnelle et familiale de l'appelante, à savoir qu'elle est célibataire et sans charge de famille. Il est enfin précisé que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi l'arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la situation de Mme B, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Mme B soutient vivre habituellement en France depuis 2016 et avoir transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national. Toutefois, si l'appelante produit notamment ses avis d'imposition sur les revenus de 2016, et de 2018 à 2021, divers documents médicaux ainsi que des cartes individuelles d'admission à l'aide médicale de l'Etat dont la dernière expirait le 27 avril 2023, ces documents ne permettent pas d'établir sa présence habituelle et continue sur le territoire français. Par ailleurs, si Mme B se prévaut de la présence en France d'une cousine, d'un neveu et de son beau-frère en situation régulière, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est célibataire et sans charge de famille, et ne démontre pas être dépourvue d'attaches au Maroc où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 43 ans et où elle n'établit pas être isolée. Enfin, l'appelante ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière par la seule production d'attestations de formation, notamment pour des cours de français, et d'une promesse unilatérale d'un contrat de travail établie le 6 août 2022 par le gérant d'un établissement de restauration. Dans ces conditions, l'arrêté pris à son encontre par le préfet de l'Hérault ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'appelante ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, il n'apparaît pas que l'arrêté contesté aurait sur la situation personnelle et familiale de l'appelante des conséquences d'une gravité exceptionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché cet arrêté doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. Les circonstances exposées au point 6 de la présente ordonnance ne constituent pas des motifs exceptionnels et ne relèvent pas non plus de considérations humanitaires au sens des dispositions précitées justifiant que Mme B soit admise au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en refusant son admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme B est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Castanet et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Fait à Toulouse, le 18 juin 2024.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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