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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00858

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00858

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00858
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP CORMARY & BROCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Par un jugement n° 2207303 du 13 octobre 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, Mme B, représentée par Me Broca, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 de la préfète de l'Ariège ;

3°) d'ordonner à l'intimé de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'intimé la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative contre renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

-l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

-s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour, l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation et une erreur de droit en considérant qu'elle ne justifiait ni d'une inscription en études supérieures ni de la réussite à un concours en application des articles L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que sa situation a évolué depuis la demande du 1er juillet 2021 et que des pièces complémentaires ont été adressées en décembre 2021 sur demande préfectorale ;

-il n'est pas contesté qu'elle ne remplit pas les conditions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant arrivée sur le territoire après ses 13 ans ;

-la préfète de l'Ariège a commis une erreur manifeste d'appréciation et une erreur de droit en ne prenant pas en compte, pour sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa qualité d'étudiante en licence informatique et en n'appréciant pas correctement sa situation au regard de sa vie privée et familiale ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard à la présence de sa sœur en France qui l'a prise en charge dans le cadre d'une kafala, de l'intégration dont elle fait preuve et de sa maîtrise du français ;

-la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie de circonstances exceptionnelles tenant au suivi d'un cursus universitaire faisant suite à l'obtention d'un baccalauréat mention bien, à sa situation personnelle et familiale, et à son jeune âge ;

-les décisions portant obligation de quitter le territoire national, fixant le pays de renvoi et portant délai de départ volontaire de 30 jours sont dépourvues de bases légales, car elles sont la conséquence directe de la décision de refus de titre de séjour qui est elle-même illégale.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 1er mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, de nationalité marocaine née le 25 mars 2003, a déposé le 1er juillet 2021 une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de l'Ariège. Par un arrêté du 28 avril 2022, la préfète de l'Ariège a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B relève appel du jugement du 13 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est suffisamment motivée en droit dès lors qu'elle mentionne les articles du code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la préfète a entendu faire application et vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 applicable à la situation de l'appelante. Par ailleurs, la représentante de l'Etat, qui n'a pas à faire état de l'ensemble des éléments avancés par l'étranger à l'appui de sa demande de titre de séjour, a suffisamment motivé son arrêté au regard des éléments de fait, dès lors qu'il est mentionné que Mme B ne justifie pas être entrée sur le territoire sous couvert d'un visa de long séjour ni poursuivre des études supérieures pour pouvoir prétendre à un titre de séjour " étudiant ". Il est également mentionné qu'elle n'apporte pas d'éléments probants relatifs à la violence de son père pour justifier de considérations humanitaires ou exceptionnelles au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, malgré la présence de sa sœur en France. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est entrée sur le territoire français le 4 octobre 2019, sous couvert d'un visa touristique délivré le 19 juillet 2019 par les autorités italiennes pour un séjour maximal de 90 jours, ne satisfait pas à la condition de visa de long séjour posée par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour étudiant. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressée a suivi sans interruption une scolarité depuis 2019 dès lors qu'elle a été scolarisée en première scientifique au titre de l'année 2020-2021 au Lycée général et technologique Gabriel Fauré à Foix, puis en terminale scientifique au sein du même établissement au titre de l'année scolaire 2021-2022, à l'issue de laquelle elle a obtenu avec mention bien son baccalauréat. Si Mme B fait valoir que sa situation a évolué depuis le dépôt de sa demande de titre de séjour le 1er juillet 2021, dès lors qu'elle est désormais inscrite en première année de Licence " Informatique parcours CUPGE UPSSITECH " au sein de l'Université Toulouse Paul Sabatier pour l'année universitaire 2022-2023, ainsi que l'atteste un certificat de scolarité daté du 26 octobre 2022, ces éléments sont toutefois postérieurs à la date de l'arrêté en litige, soit le 28 avril 2022. Ainsi, Mme B, qui ne poursuivait pas d'études supérieures à la date de la décision en litige, ne pouvait pas bénéficier de la dispense de l'obligation de présenter un visa de long séjour et ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour prévue à l'article L. 422-1 est également délivrée lors de sa première admission au séjour, sans avoir à justifier de ses conditions d'existence et sans que soit exigée la condition prévue à l'article L. 412-1, à l'étranger ayant satisfait aux épreuves du concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'Etat. "

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas satisfait aux épreuves du concours d'entrée d'un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'Etat. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, de même que celui de l'erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 4 octobre 2019 à l'âge de 16 ans et 9 mois munie d'un visa touristique, et qu'elle s'est maintenue en France à l'expiration de celui-ci. L'intéressée a été accueillie par sa sœur, ressortissante marocaine en situation régulière sur le territoire français, à qui elle a été confiée par acte de kafala d'enfant non abandonné rendu par le tribunal de première instance de Mohammedia (Maroc) le 23 janvier 2019. Une demande de regroupement familial a été formulée par celle-ci le 16 janvier 2020, et a été rejetée par un arrêté préfectoral en date du 22 avril 2021. Si Mme B indique avoir subi des comportements violents de la part de son père, elle n'apporte toutefois aucun document permettant de l'établir. En outre, bien que la sœur et le beau-frère de Mme B soient présents en France, il n'est pas démontré que cette dernière ne pourrait pas poursuivre ses études dans son pays d'origine, le Maroc, où résident ses parents et deux de ses sœurs, et où elle a vécu la majorité de sa vie. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiaient l'admission au séjour de Mme B sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur ce point doit, par suite, être écarté.

11. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence soit prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé et de la morale ou à la protection des droits et des libertés d'autrui. "

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, la préfète de l'Ariège n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et n'a dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'établit pas que la décision refusant son titre de séjour serait illégale. Elle n'est donc pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale et, par suite, illégale.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "

15. L'appelante soutient qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours aurait dû lui être accordé, au regard de sa réussite académique et de sa situation personnelle et familiale. Cependant, cette circonstance n'est pas de nature, au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à justifier une telle prolongation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par la préfète de l'Ariège des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 10 de la présente ordonnance que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée des illégalités alléguées. Par conséquent, l'appelante n'est pas fondée à se prévaloir d'un défaut de base légale de la décision fixant le délai de départ volontaire de trente jours.

Sur la décision fixant le pays de destination :

17. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette mesure d'éloignement.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Broca, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Ariège.

Fait à Toulouse, le 17 juillet 2024.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.1

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