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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL02027

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL02027

mercredi 16 juillet 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL02027
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2306792 du 23 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024 sous le n° 24TL02027, M. A, représenté par Me Moulin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 23 janvier 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 du préfet de l'Hérault ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de cette décision et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de cette même décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient, en ce qui concerne la régularité du jugement attaqué, que :

-le jugement attaqué est entaché de défaut de réponse à trois moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ; en premier lieu, le tribunal n'a pas examiné le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée ; en deuxième lieu, le tribunal a écarté un moyen tiré du défaut d'examen de son dossier, alors qu'il avait soulevé le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de sa situation ; en troisième lieu, le tribunal n'a pas examiné le moyen tiré de l'erreur de fait.

Il soutient, au fond, que :

-la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

-elle est entachée d'une erreur de fait ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle le conduit à retourner dans un pays où il serait exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 6 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2024 à 12h00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 21 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Faïck a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né le 22 septembre 1988, relève appel du jugement du 23 janvier 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Il ressort des pièces du dossier de première instance que, pour demander l'annulation de l'arrêté du 30 octobre 2023, M. A a notamment soutenu que la décision portant obligation de quitter le territoire français était insuffisamment motivée. Le tribunal a rejeté la demande de M. A sans répondre à ce moyen, qui n'était pas inopérant. M. A est, dès lors, fondé à soutenir que le jugement attaqué est entaché d'irrégularité pour ce motif. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de régularité soulevés par l'appelant, ce jugement doit être annulé en tant qu'il a statué sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français en litige.

3. Il y a lieu, pour la cour, d'évoquer et de statuer immédiatement sur les conclusions présentées par M. A devant le tribunal administratif de Montpellier tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français en litige et de statuer, par la voie de l'effet dévolutif, sur les conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, le droit d'être entendu, notamment énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et affirmé par un principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire ait été définitivement refusée à l'étranger, ce qui est le cas en l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité et de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié. Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet n'était pas tenu de l'inviter à se présenter en préfecture ni à produire d'autres pièces que celles déjà versées lors de l'instruction de sa demande d'asile et n'a, en conséquence, pas méconnu son droit d'être entendu. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

6. La décision portant obligation de quitter le territoire français en litige vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent ainsi que les articles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elle mentionne les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre la mesure d'éloignement à l'encontre de M. A, notamment sa situation administrative, ainsi que les éléments caractérisant sa situation personnelle et familiale en France et dans son pays d'origine. Par suite, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de préciser de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

7. En troisième lieu, la seule circonstance que la décision en litige ne mentionne pas la demande de titre de séjour que M. A a adressée aux services de la préfecture de l'Hérault le 15 septembre 2023 ne suffit pas à caractériser un défaut d'examen réel et complet de la situation de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire français contestée ayant été prise sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles permettent au préfet d'édicter une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée.

8. En quatrième lieu, dans son arrêté, le préfet de l'Hérault a indiqué que les conséquences de la mesure d'éloignement n'étaient pas disproportionnées au regard de la vie privée et familiale que M. A aurait nouée en France à défaut pour ce dernier " d'en avoir apporté la preuve contraire ". Pour contester ce motif, M. A se borne à indiquer qu'il aurait fourni des informations " par email " démontrant que ses attaches familiales se situent en France, mais sans produire d'éléments de nature étayer son allégation. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, par suite, être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A, né en 1988, se prévaut d'une entrée en France en octobre 2020 et de la présence sur le territoire de membres de sa famille, à l'exception d'un frère résidant en Afrique du Sud. Il fait également état d'un suivi psychologique dont il bénéficie sur le territoire français. Toutefois, aucun élément au dossier ne permet d'estimer que M. A aurait noué en France des liens privés ou familiaux d'une intensité ou d'une stabilité particulière alors qu'il est, en outre, célibataire et sans enfants. De plus, il resté en France le temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile, laquelle a été définitivement rejetée. Par ailleurs, M. A n'établit ni même n'allègue qu'il ne pourrait bénéficier, dans son pays d'origine, d'un traitement médical adapté à son état de santé. En outre, ses seules promesses d'embauche des 15 septembre et 15 novembre 2023 pour un contrat à durée indéterminée à temps plein dans une entreprise en bâtiment ne sauraient caractériser une insertion particulière. Enfin, M. A n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majorité de sa vie. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. M. A ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Ainsi, quand bien même sa présence sur le territoire français ne présente pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a précédemment fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement, et alors qu'il ne peut utilement invoquer des circonstances humanitaires, le préfet de l'Hérault n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en édictant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. M. A soutient qu'il serait exposé à des menaces en cas de retour dans son pays d'origine, en faisant état de celles que sa famille et lui-même reçoivent et en s'appuyant sur des vidéos publiés sur internet concernant sa famille, ainsi qu'un article de presse. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir la réalité des menaces alléguées, alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, il n'est pas établi au dossier que son retour dans son pays d'origine l'exposerait à un risque de subir des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté du préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation des décisions fixant le pays de destination et lui interdisant le retour en France pour une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Le jugement du 23 janvier 2024 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montpellier est annulé en tant qu'il s'est prononcé sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de l'Hérault du 30 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français.

Article 2 : La demande de première instance dirigée contre la décision du préfet de l'Hérault du 30 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, ainsi que le surplus des conclusions de la requête d'appel de M. A, sont rejetés.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. C, à Me Moulin et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, où siégeaient :

M. Faïck, président,

M. Bentolila, président-assesseur,

Mme Beltrami, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2025.

Le président-assesseur,

P. Bentolila

Le président-rapporteur,

F. FaïckLa greffière,

C. Lanoux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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