Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01275

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01275
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantFABRY CAMILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... B... a demandé au tribunal administratif de Nancy d’annuler l’arrêté du 28 avril 2026 par lequel le préfet de la Meuse a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de l’interdiction judiciaire du territoire français d’une durée de cinq ans prononcée à son encontre par le tribunal judiciaire de Vienne le 5 juillet 2022.

Par un jugement n° 2601668 du 21 mai 2026, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrées respectivement les 2 juin et 8 juillet 2026, M. A... B..., représenté par Me Fabry, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler ce jugement du 21 mai 2026 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 28 avril 2026.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

M. A... B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant algérien, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2017. Le 5 juillet 2022, il a été condamné par le tribunal judiciaire de Vienne à une peine de trente mois d’emprisonnement, assortie d’une peine complémentaire d’interdiction du territoire d’une durée de cinq ans. Par un arrêté du 28 avril 2026, le préfet de la Meuse a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français. M. A... B... fait appel du jugement du 21 mai 2026 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

3. En premier lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».

4. Si M. A... B... invoque des craintes en cas de retour en Algérie, sans plus de précision, il n’apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques ainsi allégués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien‑être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

6. Si M. A... B... soutient que le préfet de la Meuse a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, l'atteinte à ce droit résulte, en tout état de cause, non de la décision en litige qui se borne à prévoir le renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine, mais du prononcé par le juge pénal de la peine d'interdiction du territoire, qui emporte reconduite à la frontière de l’intéressé et fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire de la République française et lui interdit d'y revenir. En tout état de cause, s’il ressort des pièces du dossier que l’intéressé était présent sur le territoire français depuis neuf ans à la date de la décision contestée, il ne démontre pas, en se bornant à soutenir qu’il est hébergé chez un ami, y avoir noué des liens intenses et stables. Par ailleurs, M. A... B... ne produit pas la promesse d’embauche dont il se prévaut. Enfin et au demeurant, il est constant que l’intéressé a fait l’objet de douze condamnations entre le 17 janvier 2018 et le 18 juin 2024, pour un quantum total de peine de huit ans et trois mois d’emprisonnement pour des faits, notamment, de vol par effraction dans un local d’habitation ou un lieu d’entrepôt, de violation de domicile, de destruction du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes ou encore d’outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne peut qu’être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. A... B... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Meuse.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,




Signé : S. Barteaux



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme
La greffière,


M. C...