Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE01595
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-24VE01595 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BESSE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Par un jugement n° 2309991 du 14 mai 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, Mme B..., représentée par Me Besse, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du 23 juin 2023 du préfet du Val-d’Oise ;
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
• le refus de délivrance d’un titre de séjour est insuffisamment motivé ; il ne mentionne notamment pas son parcours scolaire ;
• il révèle un défaut d’examen particulier de sa situation, en ne faisant pas état de la qualité de son intégration sociale, mais en se bornant à décompter le nombre de ses bulletins de salaire ;
• en ne l’admettant pas au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel, en dépit de son intégration professionnelle, le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation et a méconnu les orientations de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
• le refus de délivrance d’un titre de séjour méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
• l’obligation de quitter le territoire français doit être annulée par exception d’illégalité du refus de délivrance de titre de séjour ;
• elle est insuffisamment motivée ;
• elle révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
• elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Hameau a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B..., ressortissante tunisienne née en 1999, est entrée en France le 14 août 2016, munie d’un visa de type « C ». Le 29 mars 2023, Mme B... a demandé son admission au séjour sur le fondement de l’article 3 de l’accord franco‑tunisien du 17 mars 1988. Par un arrêté du 23 juin 2023, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B... fait appel du jugement du 14 mai 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a rejeté sa demande en annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° (…) constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : / (…) 3° L’étranger s’est vu refuser la délivrance d’un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour (…) ». Aux termes de l’article L. 613-1 de ce code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l’article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’a pas à faire l’objet d’une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l’interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ».
3. L’arrêté contesté comporte les éléments de droit qui le fondent, et vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l’accord franco-tunisien susvisé et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne que Mme B... ne produit ni visa de long séjour ni contrat de travail visé, qu’elle travaille depuis le mois de septembre 2021 mais ne produit pas un nombre de bulletins de salaires faisant état d’une quotité de travail supérieure à un mi-temps mensuel, que l’ancienneté de séjour dont elle allègue n’est par elle-même pas suffisante pour obtenir le titre de séjour qu’elle demande et qu’elle est célibataire et sans charge de famille en France tandis que ses parents et la plus grande partie de sa fratrie résident en Tunisie. Si l’arrêté en litige ne fait pas état de l’ensemble des éléments caractérisant la situation de Mme B..., et notamment pas son parcours scolaire ou l’intégration sociale dont elle allègue, il considère toutefois la situation de l’intéressée prise dans son ensemble, sans se borner au décompte de ses bulletins de salaires qui n’est que l’un des éléments d’appréciation retenus. Il est suffisamment motivé, en des termes dont il ne ressort pas que le préfet n’aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de l’intéressée.
4. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (…) ».
5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 de cet accord. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d’observer que ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
6. Mme B... fait valoir qu’arrivée en France le 14 août 2016 où elle a été hébergée par un oncle, elle a entamé sa scolarité en classes de seconde, puis première et terminale scientifiques, où l’excellence de ses résultats scolaires, obtenus à force de travail et malgré l’obstacle de la langue française qu’elle ne maîtrisait pas, a été unanimement reconnu par ses professeurs. Elle a obtenu son baccalauréat en 2019. Inscrite en licence de mathématiques à l’Université Paris 8, elle en est sortie titulaire de ce diplôme en 2022. Elle a alors été embauchée à temps plein, au mois de juillet 2022, comme assistante de gestion par la société Force Consulting, qui l’avait déjà recrutée comme stagiaire pour trois mois en 2021 puis comme salariée à temps partiel de 2021 à 2022. Pour tout à fait méritoire que soit le parcours scolaire, universitaire et professionnel de Mme B..., il ne présente pas de caractère exceptionnel susceptible de caractériser l’erreur manifeste dont il est allégué qu’elle a été commise par le préfet en refusant de l’admettre au séjour, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation alors que par ailleurs l’intéressée, alléguant d’une intégration sociale particulière en France qui ne ressort pas des pièces du dossier, est célibataire et sans attache familiale sur le territoire national, ses parents et sa fratrie résidant en Tunisie. Par ailleurs, Mme B... ne se prévaut pas utilement de la circulaire susvisée dès lors que celle-ci ne contient que de simples orientations générales et n’est pas opposable à l’administration.
7. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. (…) ».
8. Comme exposé au point 6, pour méritoire que soit le parcours scolaire, universitaire et professionnel mené par Mme B... depuis son arrivée en France en 2016, l’intégration socioprofessionnelle particulière dont elle fait état ne ressort pas des pièces du dossier alors que par ailleurs, elle est célibataire et sans vie familiale sur le territoire national tandis que ses parents et sa fratrie vivent en Tunisie. Dès lors, la violation des stipulations citées au point 7 n’est pas caractérisée. Pour les mêmes motifs, Mme B... n’est pas non plus fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation qu’aurait commise le préfet quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
9. Il résulte de ce qui précède qu’aucun des moyens soulevés par Mme B... à l’encontre de la décision de refus de titre de séjour n’est fondé. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision soulevée à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas fondée et doit ainsi être écartée.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, les moyens tirés de l’insuffisante motivation de l’obligation de quitter le territoire français, du défaut d’examen sérieux que révéleraient les termes de cette décision qui par ailleurs violerait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B... doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Sa requête doit, dès lors, être rejetée, y compris ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d’instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme C..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
M. Hameau
La présidente,
L. C...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler l’arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour et l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Par un jugement n° 2309991 du 14 mai 2024, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, Mme B..., représentée par Me Besse, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté du 23 juin 2023 du préfet du Val-d’Oise ;
3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
• le refus de délivrance d’un titre de séjour est insuffisamment motivé ; il ne mentionne notamment pas son parcours scolaire ;
• il révèle un défaut d’examen particulier de sa situation, en ne faisant pas état de la qualité de son intégration sociale, mais en se bornant à décompter le nombre de ses bulletins de salaire ;
• en ne l’admettant pas au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel, en dépit de son intégration professionnelle, le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation et a méconnu les orientations de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
• le refus de délivrance d’un titre de séjour méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
• l’obligation de quitter le territoire français doit être annulée par exception d’illégalité du refus de délivrance de titre de séjour ;
• elle est insuffisamment motivée ;
• elle révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
• elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Hameau a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B..., ressortissante tunisienne née en 1999, est entrée en France le 14 août 2016, munie d’un visa de type « C ». Le 29 mars 2023, Mme B... a demandé son admission au séjour sur le fondement de l’article 3 de l’accord franco‑tunisien du 17 mars 1988. Par un arrêté du 23 juin 2023, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B... fait appel du jugement du 14 mai 2024 par lequel le tribunal administratif de Cergy- Pontoise a rejeté sa demande en annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° (…) constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : / (…) 3° L’étranger s’est vu refuser la délivrance d’un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour (…) ». Aux termes de l’article L. 613-1 de ce code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l’article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’a pas à faire l’objet d’une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l’interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ».
3. L’arrêté contesté comporte les éléments de droit qui le fondent, et vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l’accord franco-tunisien susvisé et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne que Mme B... ne produit ni visa de long séjour ni contrat de travail visé, qu’elle travaille depuis le mois de septembre 2021 mais ne produit pas un nombre de bulletins de salaires faisant état d’une quotité de travail supérieure à un mi-temps mensuel, que l’ancienneté de séjour dont elle allègue n’est par elle-même pas suffisante pour obtenir le titre de séjour qu’elle demande et qu’elle est célibataire et sans charge de famille en France tandis que ses parents et la plus grande partie de sa fratrie résident en Tunisie. Si l’arrêté en litige ne fait pas état de l’ensemble des éléments caractérisant la situation de Mme B..., et notamment pas son parcours scolaire ou l’intégration sociale dont elle allègue, il considère toutefois la situation de l’intéressée prise dans son ensemble, sans se borner au décompte de ses bulletins de salaires qui n’est que l’un des éléments d’appréciation retenus. Il est suffisamment motivé, en des termes dont il ne ressort pas que le préfet n’aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de l’intéressée.
4. Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / (…) ».
5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 de cet accord. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d’observer que ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
6. Mme B... fait valoir qu’arrivée en France le 14 août 2016 où elle a été hébergée par un oncle, elle a entamé sa scolarité en classes de seconde, puis première et terminale scientifiques, où l’excellence de ses résultats scolaires, obtenus à force de travail et malgré l’obstacle de la langue française qu’elle ne maîtrisait pas, a été unanimement reconnu par ses professeurs. Elle a obtenu son baccalauréat en 2019. Inscrite en licence de mathématiques à l’Université Paris 8, elle en est sortie titulaire de ce diplôme en 2022. Elle a alors été embauchée à temps plein, au mois de juillet 2022, comme assistante de gestion par la société Force Consulting, qui l’avait déjà recrutée comme stagiaire pour trois mois en 2021 puis comme salariée à temps partiel de 2021 à 2022. Pour tout à fait méritoire que soit le parcours scolaire, universitaire et professionnel de Mme B..., il ne présente pas de caractère exceptionnel susceptible de caractériser l’erreur manifeste dont il est allégué qu’elle a été commise par le préfet en refusant de l’admettre au séjour, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation alors que par ailleurs l’intéressée, alléguant d’une intégration sociale particulière en France qui ne ressort pas des pièces du dossier, est célibataire et sans attache familiale sur le territoire national, ses parents et sa fratrie résidant en Tunisie. Par ailleurs, Mme B... ne se prévaut pas utilement de la circulaire susvisée dès lors que celle-ci ne contient que de simples orientations générales et n’est pas opposable à l’administration.
7. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. (…) ».
8. Comme exposé au point 6, pour méritoire que soit le parcours scolaire, universitaire et professionnel mené par Mme B... depuis son arrivée en France en 2016, l’intégration socioprofessionnelle particulière dont elle fait état ne ressort pas des pièces du dossier alors que par ailleurs, elle est célibataire et sans vie familiale sur le territoire national tandis que ses parents et sa fratrie vivent en Tunisie. Dès lors, la violation des stipulations citées au point 7 n’est pas caractérisée. Pour les mêmes motifs, Mme B... n’est pas non plus fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation qu’aurait commise le préfet quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
9. Il résulte de ce qui précède qu’aucun des moyens soulevés par Mme B... à l’encontre de la décision de refus de titre de séjour n’est fondé. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision soulevée à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas fondée et doit ainsi être écartée.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, les moyens tirés de l’insuffisante motivation de l’obligation de quitter le territoire français, du défaut d’examen sérieux que révéleraient les termes de cette décision qui par ailleurs violerait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B... doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Sa requête doit, dès lors, être rejetée, y compris ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d’instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme C..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
M. Hameau
La présidente,
L. C...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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