Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01315

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01315
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantMOUHEB AMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... H... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler l’arrêté du 2 avril 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de l’interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre par le tribunal correctionnel de Strasbourg le 6 juin 2025.

Par un jugement n° 2604121 du 12 mai 2026, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2026, M. H..., représenté par Me Mouheb, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 12 mai 2026 ;

2°) d’annuler les décisions du 2 avril 2026 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;

3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



Il soutient que :
- l’arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il a été pris en méconnaissance de son droit d’être entendu et assisté d’un avocat ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entaché d’erreur manifeste d’appréciation.

M. H... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. H..., ressortissant algérien, a été condamné par un jugement du 10 juin 2024 du tribunal correctionnel de Strasbourg à une peine d’emprisonnement de quatre mois avec sursis pour vol aggravé. Par un jugement du 6 juin 2025, ce même tribunal l’a condamné à une peine de douze mois d’emprisonnement et à une interdiction du territoire français d’une durée de cinq ans, pour des faits de séquestration ou détention arbitraire suivie d’une libération avant le septième jour et violences habituelles sur conjoint n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail supérieure à huit jours. Par un arrêt du 23 septembre 2025, la cour d’appel de Colmar a porté à dix ans la durée de l’interdiction du territoire français. Par un arrêté du 2 avril 2026, le préfet du Bas-Rhin a fixé le pays à destination duquel l’intéressé sera reconduit en exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français. M. H... fait appel du jugement du 12 mai 2026 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (...) les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : (...) 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n’est pas tenue d’inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».


3. En premier lieu, l’arrêté du 2 avril 2026 en litige, qui se borne à fixer le pays à destination duquel M. H... sera reconduit en exécution de l’interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre, ne comporte aucune décision de refus de titre de séjour ni aucune décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions tendant à l’annulation de ces décisions inexistantes doivent être rejetées comme irrecevables.

4. En deuxième lieu, par un arrêté du 6 février 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Bas‑Rhin a donné délégation, en cas d’absence ou d’empêchement de M. C... E..., directeur des migrations et de l’intégration et de Mme G... D..., cheffe du bureau de l’asile et de la lutte contre l’immigration irrégulière, à Mme B... F..., adjointe à la cheffe du bureau, à l’effet de signer la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E... et Mme D... n’auraient pas été absents ou empêchés à la date de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des mentions de l’arrêté attaqué que le préfet du Bas-Rhin, après avoir visé l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et constaté l’interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de dix ans prononcée à l’encontre de M. H..., mentionne la nationalité de l’intéressé et indique qu’il n’a pas allégué être exposé à des risques de traitement prohibé par les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. L’arrêté en litige comporte ainsi l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est dès lors suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration que la décision fixant le pays de destination prise en exécution d’une interdiction judiciaire de territoire, laquelle constitue une mesure de police, doit, sauf urgence ou circonstances exceptionnelles, être précédée d’une procédure contradictoire permettant à l’intéressé de présenter utilement ses observations sur le ou les pays à destination desquels l’autorité administrative envisage de l’éloigner.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier du 13 mars 2026 du préfet du Bas-Rhin que M. H... a été informé qu’il était susceptible de faire l’objet d’une décision fixant le pays de destination et qu’il pouvait présenter les observations qu’il estimait utiles dans un délai de quarante-huit heures. Dans ces conditions, M. H..., qui n’a formulé aucune observation et a refusé de signer ce courrier, a été mis en mesure de présenter ses observations sur le pays à destination duquel il était envisagé de l’éloigner et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien‑être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
9. Si M. H... soutient que le préfet du Bas-Rhin a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, l'atteinte à ce droit résulte, en tout état de cause, non de la décision en litige qui se borne à prévoir le renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine, mais du prononcé par le juge pénal de la peine d'interdiction du territoire, qui emporte reconduite à la frontière de l’intéressé et fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire de la République française et lui interdit d'y revenir. En tout état de cause, en se bornant à se prévaloir de son mariage avec une ressortissante française, de ce qu’il dispose d’un logement et d’une promesse d’embauche ainsi que de ce qu’il maîtrise la langue française, sans produire le moindre élément, il ne démontre pas avoir noué des liens intenses et stables sur le territoire français ni ne justifie d’une insertion particulière dans la société française. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. H... est irrecevable en ce qui concerne les prétendues décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français, et manifestement dépourvue de fondement pour le surplus. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. H... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... H... et à Me Mouheb.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Bas-Rhin.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,


Signé : S. Barteaux


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme
La greffière,

A. Bailly