Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01449
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-26NC01449 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | ANNIE LEVI-CYFERMAN - LAURENT CYFERMAN |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler, d’une part, l’arrêté du 23 avril 2026 par lequel le préfet de l’Yonne a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de l’interdiction judiciaire définitive du territoire français prononcée à son encontre par la cour d’assises d’appel de la Drôme le 9 décembre 2021 ainsi que, d’autre part, l’arrêté du 21 mai 2026 par lequel il a ordonné son maintien en rétention administrative.
Par un jugement nos 2604522, 2604565 du 24 juin 2026, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 25 juin et 15 septembre 2026, M. D..., représenté par Me Lévi-Cyferman, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler ce jugement du 24 juin 2026 ;
2°) d’annuler les arrêtés du 23 avril et 21 mai 2026 ;
3°) d’enjoindre au préfet de l’Yonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l’arrêté fixant le pays de destination n’est pas établie ;
- il est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu’il comprend ;
- il méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- il méconnait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’arrêté ordonnant son maintien en rétention administrative est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- sa demande d’asile n’avait pas pour objet de faire échec à son éloignement.
M. D... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D..., ressortissant cubain, est entré sur le territoire français le 17 octobre 2010. Le 9 décembre 2021, il a été condamné par la cour d’assises d’appel de la Drôme à une peine de treize ans de réclusion criminelle, assortie d’une peine complémentaire d’interdiction judiciaire définitive du territoire français. Par un arrêté du 23 avril 2026, le préfet de l’Yonne a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de cette interdiction judiciaire définitive du territoire français. Le 19 mai 2026, il a été placé en rétention administrative et, le lendemain, il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Par un arrêté du 21 mai 2026, le préfet a ordonné son maintien en rétention administrative. M. D... fait appel du jugement du 24 juin 2026 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses demandes tendant à l’annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
Sur la légalité de l’arrêté du 23 avril 2026 :
3. En premier lieu, l’arrêté en litige a été signé par Mme B... A..., directrice de la citoyenneté et de la légalité, à laquelle le préfet de l’Yonne a, par un arrêté n° PREF/SGAD/BCAAT/2026/0011 du 10 février 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, donné délégation, à l’effet de signer notamment les arrêtés fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des mentions de l’arrêté attaqué que le préfet de l’Yonne, après avoir visé l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et constaté l’interdiction judiciaire définitive du territoire français prononcée à l’encontre de M. D... par un arrêt de la cour d’assises d’appel de la Drôme du 9 décembre 2021, mentionne la nationalité de l’intéressé et indique qu’il n’établit pas être exposé à des risques de traitement prohibé par les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, et alors que l’autorité administrative n’est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation familiale de l’étranger dont elle fixe le pays de destination en application d’une peine d’interdiction judiciaire du territoire français, l’arrêté en litige comporte l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé. Cette motivation, qui n’est pas stéréotypée, révèle que le préfet de l’Yonne a procédé à un examen particulier de la situation de M. D.... Les moyens tirés de l’insuffisance de motivation de l’arrêté en litige et du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doivent, en conséquence, être écartés.
5. En troisième lieu, aucune disposition du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’impose au préfet de notifier une décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné en exécution d’une interdiction judiciaire du territoire français à son destinataire par l’intermédiaire d’un interprète ou dans une langue qu’il comprend. Ainsi, les conditions de notification d’une telle décision n’ont d’incidence que sur les voies et délais de recours contentieux mais n’affectent pas sa légalité. En tout état de cause, il est constant que M. D... parle et comprend la langue française. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué n’aurait pas été notifié à l’intéressé dans une langue qu’il comprend ne peut qu’être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien‑être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
7. Si M. D... soutient que le préfet de l’Yonne a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, l'atteinte à ce droit résulte, en tout état de cause, non de la décision en litige qui se borne à prévoir le renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine, mais du prononcé par le juge pénal de la peine d'interdiction du territoire, qui emporte reconduite à la frontière de l’intéressé et fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire de la République française et lui interdit d'y revenir. En tout état de cause, s’il ressort des pièces du dossier que l’intéressé était présent sur le territoire français depuis quinze ans et demi à la date de la décision contestée, il ne démontre pas y avoir noué les liens intenses et stables dont il se prévaut, ni être particulièrement intégré. Par ailleurs, il est constant que l’intéressé a été condamné, le 9 décembre 2021, par la cour d’assises d’appel de la Drôme à une peine de treize ans de réclusion criminelle pour des faits de viol commis sur une personne vulnérable, d’agression sexuelle imposée à une personne vulnérable et de détention de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne peut qu’être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle doit également être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».
9. Si M. D... soutient qu’il serait exposé à des risques de traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour à Cuba en raison de risques de discrimination et de violence à son encontre et s’il fait valoir la situation des libertés et des droits fondamentaux dans ce pays, il ne produit toutefois aucune pièce au soutien de ses allégations et n’établit ainsi pas la réalité et le caractère personnel des risques qu’il invoque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la légalité de l’arrêté du 21 mai 2026 :
10. En premier lieu, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que le préfet de l’Yonne, après avoir notamment visé l’article L. 754-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionné le parcours administratif antérieur de M. D... et son placement en rétention administrative le 19 mai 2026, a estimé que sa demande d’asile présentée postérieurement à son placement en rétention devait être regardée comme ayant été introduite dans le seul but de faire échec à son éloignement. Cette décision comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée. Cette motivation, qui n’est pas stéréotypée, révèle que le préfet de l’Yonne a procédé à un examen particulier de sa situation. Les moyens tirés de l’insuffisance de motivation de l’arrêté en litige et du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doivent, en conséquence, être écartés.
11. En second lieu, aux termes de l’article L. 754-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ ».
12. Ainsi qu’il a été dit au point 9 de la présente ordonnance, M. D... n’établit pas encourir des risques de traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Par ailleurs, il est constant que l’intéressé, entré en France le 17 octobre 2010 et en situation irrégulière depuis le 18 mars 2017, n’avait jamais sollicité la reconnaissance du statut de réfugié avant le lendemain de son placement en rétention administrative, le 20 mai 2026. Enfin, il n’établit pas qu’il lui a été demandé d’attendre la fin de sa détention pour solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Dans ces conditions, et quand bien même l’intéressé a formé un recours contre la décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 mai 2026 rejetant cette demande du 20 mai 2026, c’est sans faire une inexacte application des dispositions précitées que le préfet de l’Yonne a estimé que sa demande d’asile était présentée dans le seul but de faire échec à son éloignement. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. D... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E... et à Me Lévi-Cyferman.
Copie en sera adressée pour information au préfet de l’Yonne.
Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.
Le magistrat désigné,
Signé : S. Barteaux
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
M. C...
Procédure contentieuse antérieure :
M. E... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler, d’une part, l’arrêté du 23 avril 2026 par lequel le préfet de l’Yonne a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de l’interdiction judiciaire définitive du territoire français prononcée à son encontre par la cour d’assises d’appel de la Drôme le 9 décembre 2021 ainsi que, d’autre part, l’arrêté du 21 mai 2026 par lequel il a ordonné son maintien en rétention administrative.
Par un jugement nos 2604522, 2604565 du 24 juin 2026, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 25 juin et 15 septembre 2026, M. D..., représenté par Me Lévi-Cyferman, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler ce jugement du 24 juin 2026 ;
2°) d’annuler les arrêtés du 23 avril et 21 mai 2026 ;
3°) d’enjoindre au préfet de l’Yonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l’arrêté fixant le pays de destination n’est pas établie ;
- il est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- il ne lui a pas été notifié dans une langue qu’il comprend ;
- il méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- il méconnait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’arrêté ordonnant son maintien en rétention administrative est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- sa demande d’asile n’avait pas pour objet de faire échec à son éloignement.
M. D... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D..., ressortissant cubain, est entré sur le territoire français le 17 octobre 2010. Le 9 décembre 2021, il a été condamné par la cour d’assises d’appel de la Drôme à une peine de treize ans de réclusion criminelle, assortie d’une peine complémentaire d’interdiction judiciaire définitive du territoire français. Par un arrêté du 23 avril 2026, le préfet de l’Yonne a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit en exécution de cette interdiction judiciaire définitive du territoire français. Le 19 mai 2026, il a été placé en rétention administrative et, le lendemain, il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Par un arrêté du 21 mai 2026, le préfet a ordonné son maintien en rétention administrative. M. D... fait appel du jugement du 24 juin 2026 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté ses demandes tendant à l’annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
Sur la légalité de l’arrêté du 23 avril 2026 :
3. En premier lieu, l’arrêté en litige a été signé par Mme B... A..., directrice de la citoyenneté et de la légalité, à laquelle le préfet de l’Yonne a, par un arrêté n° PREF/SGAD/BCAAT/2026/0011 du 10 février 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, donné délégation, à l’effet de signer notamment les arrêtés fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des mentions de l’arrêté attaqué que le préfet de l’Yonne, après avoir visé l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et constaté l’interdiction judiciaire définitive du territoire français prononcée à l’encontre de M. D... par un arrêt de la cour d’assises d’appel de la Drôme du 9 décembre 2021, mentionne la nationalité de l’intéressé et indique qu’il n’établit pas être exposé à des risques de traitement prohibé par les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, et alors que l’autorité administrative n’est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation familiale de l’étranger dont elle fixe le pays de destination en application d’une peine d’interdiction judiciaire du territoire français, l’arrêté en litige comporte l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé. Cette motivation, qui n’est pas stéréotypée, révèle que le préfet de l’Yonne a procédé à un examen particulier de la situation de M. D.... Les moyens tirés de l’insuffisance de motivation de l’arrêté en litige et du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doivent, en conséquence, être écartés.
5. En troisième lieu, aucune disposition du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’impose au préfet de notifier une décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné en exécution d’une interdiction judiciaire du territoire français à son destinataire par l’intermédiaire d’un interprète ou dans une langue qu’il comprend. Ainsi, les conditions de notification d’une telle décision n’ont d’incidence que sur les voies et délais de recours contentieux mais n’affectent pas sa légalité. En tout état de cause, il est constant que M. D... parle et comprend la langue française. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué n’aurait pas été notifié à l’intéressé dans une langue qu’il comprend ne peut qu’être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien‑être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
7. Si M. D... soutient que le préfet de l’Yonne a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, l'atteinte à ce droit résulte, en tout état de cause, non de la décision en litige qui se borne à prévoir le renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine, mais du prononcé par le juge pénal de la peine d'interdiction du territoire, qui emporte reconduite à la frontière de l’intéressé et fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire de la République française et lui interdit d'y revenir. En tout état de cause, s’il ressort des pièces du dossier que l’intéressé était présent sur le territoire français depuis quinze ans et demi à la date de la décision contestée, il ne démontre pas y avoir noué les liens intenses et stables dont il se prévaut, ni être particulièrement intégré. Par ailleurs, il est constant que l’intéressé a été condamné, le 9 décembre 2021, par la cour d’assises d’appel de la Drôme à une peine de treize ans de réclusion criminelle pour des faits de viol commis sur une personne vulnérable, d’agression sexuelle imposée à une personne vulnérable et de détention de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne peut qu’être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle doit également être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».
9. Si M. D... soutient qu’il serait exposé à des risques de traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour à Cuba en raison de risques de discrimination et de violence à son encontre et s’il fait valoir la situation des libertés et des droits fondamentaux dans ce pays, il ne produit toutefois aucune pièce au soutien de ses allégations et n’établit ainsi pas la réalité et le caractère personnel des risques qu’il invoque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la légalité de l’arrêté du 21 mai 2026 :
10. En premier lieu, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que le préfet de l’Yonne, après avoir notamment visé l’article L. 754-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionné le parcours administratif antérieur de M. D... et son placement en rétention administrative le 19 mai 2026, a estimé que sa demande d’asile présentée postérieurement à son placement en rétention devait être regardée comme ayant été introduite dans le seul but de faire échec à son éloignement. Cette décision comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée. Cette motivation, qui n’est pas stéréotypée, révèle que le préfet de l’Yonne a procédé à un examen particulier de sa situation. Les moyens tirés de l’insuffisance de motivation de l’arrêté en litige et du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doivent, en conséquence, être écartés.
11. En second lieu, aux termes de l’article L. 754-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ ».
12. Ainsi qu’il a été dit au point 9 de la présente ordonnance, M. D... n’établit pas encourir des risques de traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Par ailleurs, il est constant que l’intéressé, entré en France le 17 octobre 2010 et en situation irrégulière depuis le 18 mars 2017, n’avait jamais sollicité la reconnaissance du statut de réfugié avant le lendemain de son placement en rétention administrative, le 20 mai 2026. Enfin, il n’établit pas qu’il lui a été demandé d’attendre la fin de sa détention pour solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Dans ces conditions, et quand bien même l’intéressé a formé un recours contre la décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 mai 2026 rejetant cette demande du 20 mai 2026, c’est sans faire une inexacte application des dispositions précitées que le préfet de l’Yonne a estimé que sa demande d’asile était présentée dans le seul but de faire échec à son éloignement. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. D... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E... et à Me Lévi-Cyferman.
Copie en sera adressée pour information au préfet de l’Yonne.
Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.
Le magistrat désigné,
Signé : S. Barteaux
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
M. C...
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