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Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01484

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01484
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSCP GRILLON - BROCARD - GIRE - TRONCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A... B... a demandé au tribunal administratif de Besançon d’annuler la décision du 18 mai 2026 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration de Besançon lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.

Par un jugement n° 2601313 du 3 juin 2026, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2026, Mme B..., représentée par Me Grillon de la SCP CGBG, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 3 juin 2026 ;

2°) d’annuler la décision du 18 mai 2026 ;

3°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de son état de vulnérabilité.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., ressortissante kosovare née le 23 avril 2002, est entrée sur le territoire français pour la première fois, accompagnée de sa mère alors qu’elle était mineure, le 10 décembre 2014. La première demande d’asile présentée par sa mère a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 juin 2015, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 30 mai 2016. Le 21 avril 2026, elle est entrée de nouveau sur le territoire français et, le 23 avril 2026, elle a sollicité le réexamen de sa demande d’asile. Par une décision du 18 mai 2026, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Mme B... fait appel du jugement du 3 juin 2026 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cette décision.

2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

3. Aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; (…) / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ».

4. En premier lieu, il ressort des mentions de la décision en litige que l’OFII, après avoir rappelé la date d’enregistrement de la demande d’asile de Mme B... et mentionné l’examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, a constaté qu’elle avait présenté une demande de réexamen de sa demande d’asile. La décision en litige comporte ainsi l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée. Les termes mêmes de cette décision établissent ainsi que l’OFII a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B..., y compris au regard de sa vulnérabilité, dès lors qu’une évaluation a été menée en ce sens le 27 avril 2026. Les moyens tirés de l’insuffisante motivation de la décision en litige et du défaut d’examen particulier de sa situation manquent en fait et doivent, en conséquence, être écartés.

5. En second lieu, si Mme B... se prévaut de son état de santé et si elle soutient qu’il la rend particulièrement vulnérable et qu’il nécessite qu’elle dispose d’un hébergement décent, il ressort toutefois des pièces du dossier que l’intéressée est hébergée auprès d’une plateforme d’accueil des demandeurs d’asile depuis le 23 avril 2026 et si, dans son avis du 5 mai 2026, le médecin de l’OFII a estimé qu’elle était prioritaire pour un hébergement, il a précisé que cette priorité était sans caractère d’urgence. Par ailleurs, si Mme B... produit un certificat médical du 10 juin 2026 et un compte rendu d’hospitalisation du centre clinique universitaire du Kosovo, au demeurant non traduit, ces documents ne permettent pas d’établir qu’elle était dans une situation de particulière vulnérabilité à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la directrice territoriale de l’OFII de Besançon a commis une erreur d’appréciation en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil en application des dispositions précitées de l’article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par Mme B... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et à Me Grillon.

Copie en sera adressée pour information à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,




Signé : S. Barteaux



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme
La greffière,


M. C...