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Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01514

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01514
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantHALIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D... B... et Mme E... B... née A... ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler les arrêtés du 6 juin 2025 par lesquels le préfet de la Moselle les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d’office à l’expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.

Par un jugement nos 2505533, 2505536 du 8 juin 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 3 juillet 2026 sous le n° 26NC01514, Mme B..., représentée par Me Halil, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 8 juin 2026 en ce qui la concerne ;

2°) d’annuler l’arrêté du 6 juin 2025 pris à son encontre ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de faire lever son signalement aux fins de non‑admission dans le système d’information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d’une durée de six mois ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l’arrêté en litige est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français n’a pas été précédée d’un examen attentif de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- les décisions fixant le délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être annulées par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n’a pas été précédée d’un examen attentif de sa situation ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.

II - Par une requête enregistrée le 3 juillet 2026 sous le n° 26NC01515, M. B..., représenté par Me Halil, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 8 juin 2026 en ce qui le concerne ;

2°) d’annuler l’arrêté du 6 juin 2025 pris à son encontre ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de faire lever son signalement aux fins de non‑admission dans le système d’information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d’une durée de six mois ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soulève les mêmes moyens que son épouse dans la requête n° 26NC01514.

M. et Mme B... ont été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par des décisions du 8 septembre 2026.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B..., ressortissants géorgiens, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 20 septembre 2024 afin d’y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d’asile ont été rejetées par des décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 mars 2025 statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l’article L. 531-24 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par des arrêtés du 6 juin 2025, le préfet de la Moselle les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d’office à l’expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. M. et Mme B... font appel du jugement du 8 juin 2026 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l’annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

3. En premier lieu, il ressort des mentions des arrêtés en litige que le préfet de la Moselle, après avoir rappelé le rejet des demandes d’asile présentées par M. et Mme B... par l’OFPRA, a examiné l’ensemble de leur situation et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu’aucune circonstance ne faisait obstacle à des mesures d’éloignement fondées sur les dispositions du 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. S’agissant des décisions fixant le pays de destination, ces arrêtés visent l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, mentionnent la nationalité des requérants et indiquent qu’ils n’allèguent pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans leur pays d’origine. S’agissant des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, ces arrêtés visent notamment les articles L. 612-8 et L. 612‑10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionnent les éléments dont il a été tenu compte pour fixer la durée de ces interdictions, relatifs à la durée du séjour des requérants, à la nature et l’ancienneté de leurs liens avec la France et à l’absence de précédente mesure d’éloignement et de menace à l’ordre public. Alors que l’autorité administrative n’est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l’étranger auquel elle fait obligation de quitter le territoire français, ces arrêtés comportent l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivés. Cette motivation révèle par ailleurs que le préfet de la Moselle a procédé à un examen particulier de la situation de M. et Mme B..., notamment au regard des risques encourus en cas de retour en Géorgie. Enfin, la circonstance que les arrêtés attaqués ne précisent pas que les requérants souhaitent assister à l’audience devant la CNDA alors, au demeurant, qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que cette information aurait été portée à la connaissance de l’administration, n’est pas de nature à révéler que le préfet n’aurait pas procédé à un examen particulier de leur situation. Les moyens tirés de l’insuffisante motivation des arrêtés en litige et du défaut d’examen particulier de la situation des intéressés doivent, en conséquence, être écartés.

4. En deuxième lieu, M. et Mme B... reprennent en appel, sans apporter d’élément nouveau ni critiquer utilement les motifs du jugement, les moyens tirés de ce que les arrêtés attaqués méconnaissent l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation. Il y a lieu d’écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 7 et 9 de leur jugement.

5. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen, tiré de ce que les décisions fixant le délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français devraient être annulées par voie de conséquence de l’annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu’être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

7. Les requérants soutiennent qu’ils seraient exposés à des risques de traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour en Géorgie. Toutefois, ils n’apportent aucune précision quant à la nature des risques ainsi invoqués ni aucun élément de nature à en établir la réalité, alors qu’au demeurant l’OFPRA a rejeté les demandes d’asile qu’ils avaient présentées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ».

9. Il ressort des pièces des dossier que M. et Mme B... n’étaient présents en France que depuis moins d’un an à la date des arrêtés en litige et ils ne démontrent pas y avoir tissé des liens intenses et stables. Dans ces conditions, et quand bien même ils n’ont pas fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement et que leur présence ne représente pas une menace pour l’ordre public, le préfet de la Moselle n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à leur encontre une interdiction de retour d’une durée d’un an.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d’appel présentées par M. et Mme B... sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris leurs conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.





ORDONNE :


Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B... sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E... B... née A..., à M. C... et à Me Halil.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Moselle.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,




Signé : S. Barteaux



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme
Le greffier,



A. Betti