Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01570

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01570
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantAARPI GARTNER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... C... a demandé au tribunal administratif de Nancy d’annuler l’arrêté du 1er juin 2026 par lequel le préfet des Vosges l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2601993 du 17 juin 2026, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2026, M. C..., représenté par Me Choffé de la société AARPI Gartner et Associés, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 17 juin 2026 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 1er juin 2026 ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est irrégulier dès lors que la magistrate désignée n’a pas tenu compte des éléments produits postérieurement à la clôture d’instruction ;
- il est entaché d’erreurs de fait et d’une erreur de qualification juridique des faits ;
- la magistrate désignée a omis de répondre au moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ;
- le jugement est entaché d’erreur d’appréciation ;
- l’arrêté en litige méconnaît l’article L. 732-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- il n’a pas été précédé d’un examen approfondi de sa situation personnelle ;
- il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation.

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C..., ressortissant géorgien, a fait l’objet, le 21 septembre 2023, d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 1er juin 2026, le préfet des Vosges l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C... fait appel du jugement du 17 juin 2026 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ce dernier arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, si M. C... soutient que le jugement est entaché d’erreurs de fait, d’erreur de qualification juridique des faits et d’erreur d’appréciation, de tels moyens, qui concernent le bien-fondé du jugement, sont sans incidence sur sa régularité.

4. En deuxième lieu, lorsque le juge administratif est saisi, postérieurement à la clôture de l’instruction et au prononcé des conclusions du rapporteur public, d’une note en délibéré émanant d’une des parties à l’instance, il lui appartient dans tous les cas d’en prendre connaissance avant la séance au cours de laquelle sera rendue la décision. S’il a toujours la faculté, dans l’intérêt d’une bonne justice, de rouvrir l’instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans la note en délibéré, il n’est tenu de le faire à peine d’irrégularité de sa décision que si cette note contient soit l’exposé d’une circonstance de fait dont la partie qui l’invoque n’était pas en mesure de faire état avant la clôture de l’instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d’une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d’office.

5. Le requérant soutient que la magistrate désignée n’a pas tenu compte des éléments produits postérieurement à la clôture d’instruction prononcée à l’issue de l’audience du 12 juin 2026 alors que n’ayant pu bénéficier de l’assistance d’un interprète entre la date d’édiction de l’arrêté en litige et l’audience, il n’a pas été en mesure de connaître la procédure et de déterminer les documents utiles au soutien de sa requête. Toutefois, en admettant même qu’il n’a pas pu être assisté par un interprète avant l’audience devant le tribunal, M. C... n’établit pas de ce seul fait qu’il n’aurait pas été en mesure de produire ces éléments antérieurement à la clôture de l’instruction. Dans ces conditions, en se bornant à viser la note et les pièces produites en délibéré sans les analyser, le tribunal, dont il n’est pas établi qu’il n’aurait pas pris connaissance de ces éléments, n’a entaché son jugement d’aucune irrégularité.

6. En dernier lieu, s’il ressort des termes de la requête de première instance que M. C... soutenait devant le tribunal qu’il n’avait pas bénéficié de l’assistance d’un interprète lors de la notification de l’arrêté en litige, il ne ressort pas de l’argumentation développée en première instance que le requérant aurait ainsi entendu invoquer le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire en l’absence de l’assistance d’un interprète préalablement à l’intervention de l’arrêté contesté. Par suite, la magistrate désignée n’a pas omis de statuer sur un tel moyen qui n’était pas expressément soulevé.

Sur la légalité de l’arrêté du 1er juin 2026 :

7. En premier lieu, en admettant qu’il a entendu soulever un tel moyen, M. C... qui a été assigné à résidence sur le fondement du 1° de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut utilement se prévaloir de l’irrégularité de la procédure au motif tiré de ce que le préfet n’a pas sollicité l’avis du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration en application de l’article R. 731-1 du même code, dès lors que ce dernier régit la situation de l’étranger assigné à résidence sur le fondement du 1° de l’article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui invoque une impossibilité de quitter le territoire français pour des raisons médicales graves.

8. En deuxième lieu, M. C... qui a été entendu avant l’édiction de la mesure d’éloignement, ne peut utilement soutenir, sur le fondement des droits de la défense, que l’assignation à résidence serait entachée de vice de procédure en l’absence de procédure contradictoire préalable, qui n’est imposée par aucun texte ni aucun principe. En tout état de cause, la circonstance que M. C... n’a pas pu présenter les éléments relatifs à son état de santé avant l’édiction de l’arrêté attaqué, lesquels font notamment état d’un suivi médical hors du territoire des Vosges, n’a pas été susceptible d’exercer une influence sur le sens de l’arrêté en litige dès lors que l’article 1er de cet arrêté précise que M. C... peut être autorisé à quitter le département des Vosges. Pour les mêmes motifs, et alors qu’il ne ressort pas des documents médicaux que l’état de santé du requérant ferait obstacle à l’existence d’une perspective raisonnable d’éloignement à la date de l’arrêté attaqué, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté en toutes ses branches.

9. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ». Aux termes de l’article L. 732-3 du même code : « L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante‑cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ».

10. S’il ressort de l’article 1er du dispositif de l’arrêté attaqué que le préfet de la Moselle a assigné M. C... à résidence jusqu’à son départ du territoire français, l’article 5 de cet arrêté précise que « La présente décision a une durée de validité de 45 jours renouvelable deux fois ». Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la durée de la décision en litige serait supérieure à la durée maximale prévue par les dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 732-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit, en conséquence, être écarté.

11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C... souffre d’un mélanome irien droit ayant impliqué la réalisation, en février 2026, d’une énucléation primaire de l’œil droit. Si le requérant justifie de la nécessité un suivi spécialisé en ophtalmologie et une surveillance hépatique, notamment à Nancy et à Paris, il ne ressort pas des termes de l’arrêté en litige, qui précise que l’intéressé peut être autorisé à sortir du territoire des Vosges, que cette assignation à résidence rendrait impossible son suivi médical. Par ailleurs, il ne ressort pas des documents médicaux produits que l’état de santé du requérant ferait obstacle à l’exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre. Enfin, si M. C... soutient que la préfecture ne justifie pas avoir entrepris des diligences en vue de son éloignement, il n’est pas contesté que l’intéressé dispose d’un passeport géorgien en cours de validité et que des liaisons aériennes existent entre la France et la Géorgie. Dans ces conditions, M. C... n’établit pas que son éloignement ne constituait pas une perspective raisonnable à la date de l’arrêté attaqué. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que le préfet des Vosges aurait fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ordonnant son assignation à résidence.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. C... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C... et à Me Choffé.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Vosges.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,




Signé : S. Barteaux



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme
La greffière,


M. B...