Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01592

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01592
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantSGRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Nancy d’annuler l’arrêté du 26 avril 2026 par lequel le préfet de la Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de cinq ans.

Par un jugement n° 2601546 du 11 mai 2026, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2026, M. A..., représenté par Me Sgro, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 11 mai 2026 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 26 avril 2026 ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour l’autorisant à travailler dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sans délai sa situation administrative et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et n’a pas été précédée de la vérification de son droit au séjour, en méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les dispositions du 5° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l’ordre public ;
- elle méconnait l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l’ordre public ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juillet 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant algérien, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2017. Le 24 avril 2026, il a été placé en garde-à-vue pour des faits de violences sur conjoint, menace de mort réitérée et harcèlement. Par un arrêté du 26 avril 2026, le préfet de la Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de cinq ans. M. A... fait appel du jugement du 11 mai 2026 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

3. En premier lieu, M. A... reprend en appel sans apporter d’élément nouveau ni critiquer utilement les motifs du jugement, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté en litige. Il y a lieu de l’écarter par adoption des motifs retenus par la magistrate désignée au point 2 de son jugement qui n’appelle aucune précision.

4. En deuxième lieu, il ressort des mentions de l’arrêté en litige que le préfet de la Marne, après avoir constaté l’entrée irrégulière de M. A... sur le territoire, les précédentes mesures d’éloignement prises à son encontre en février 2020 et mai 2023, et la circonstance que son comportement représente une menace pour l’ordre public, a examiné l’ensemble de sa situation et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu’aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d’éloignement fondée sur les dispositions des 1° et 5° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et alors que l’autorité administrative n’est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de l’étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte ainsi l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ».

6. Il ressort des motifs de l’arrêté en litige, qui rappelle les conditions d’entrée et de séjour de l’intéressé sur le territoire et sa situation personnelle et familiale, notamment les circonstances qu’il se déclare célibataire et qu’il est sans enfant à charge dès lors que son fils est placé à l’aide sociale à l’enfance, que le préfet de la Marne a procédé à un examen particulier de la situation de M. A... et à la vérification de son droit au séjour, qui lui incombe en vertu des dispositions précitées de l’article L. 613‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, avant de prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre, notamment en précisant qu’au vu de sa situation, il n’entre dans aucun cas de délivrance d’un titre de séjour de plein droit et que la décision ne méconnaît pas les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, les moyens tirés du défaut d’examen de son droit au séjour et de la méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre de la vie privée et familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par les stipulations similaires de l’article 6 paragraphe 5 de l’accord franco‑algérien, M. A... ne peut utilement invoquer la méconnaissance de cet article L. 423-23.

8. En cinquième lieu, l’admission exceptionnelle au séjour, prévue par les dispositions précitées ne constitue pas un cas d’attribution de plein droit d’un titre de séjour. Dès lors que M. A... n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur ce fondement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;(…) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (…) ».

10. Il ressort des motifs de l’arrêté contesté que le préfet de la Marne a décidé d’obliger M. A... à quitter le territoire français à la fois sur le fondement des dispositions du 1° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en relevant qu’il était entré irrégulièrement sur le territoire et s’y était maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité et sur celles du 5° de ce même article, en considérant que son comportement constituait une menace pour l’ordre public dès lors qu’il a été condamné le 1er août 2020 par le tribunal correctionnel de Paris à douze mois d’emprisonnement pour des faits de vol aggravé par trois circonstances et qu’il a été interpellé de nombreuses fois depuis 2017, notamment pour des faits de vol aggravé, de vente et usage de stupéfiants et de violences sur conjoint. Si le requérant fait valoir que son comportement ne représente pas une menace pour l’ordre public, il ressort de la fiche pénale, produite en première instance par le préfet, qu’il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 1er août 2020 à douze mois d’emprisonnement pour des faits de vol aggravé par trois circonstances. De plus, il ressort des pièces du dossier, notamment du traitement des antécédents judiciaires, que depuis 2017 il a été interpellé de nombreuses fois, sous diverses identités, notamment pour des faits de vol, vol aggravé, revente et usage de stupéfiants, violence sur conjoint, et en dernier lieu, le 24 avril 2026 pour des faits de violence sur conjoint, menace de mort réitérée et harcèlement. Si l’intéressé fait valoir que le préfet se prévaut de ses 26 interpellations, sans justifier de leur réalité, de leurs motifs et de leur suite, il ne conteste pas leur matérialité. Par ailleurs, s’ils n’ont pas nécessairement donné lieu à une condamnation pénale, cette circonstance ne s’oppose pas à leur prise en compte par l’autorité préfectorale pour apprécier la menace à l’ordre public. Enfin, s’il se prévaut de l’ancienneté de sa condamnation pénale de 2020, les faits à son origine s’inscrivent dans une continuité d’actes délictueux. Par suite, et alors que M. A... ne conteste pas en outre l’autre motif retenu par le préfet, qui à lui seul justifie la mesure, il n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions des 1° et 5° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En septième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

12. M. A... se prévaut de la durée de sa présence en France, de la relation qu’il a nouée avec une ressortissante française et de la présence de son enfant mineur. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si l’intéressé était présent en France depuis neuf ans à la date de l’arrêté attaqué, il ne démontre pas y a voir noué des liens intenses et stables. Par ailleurs, la seule attestation d’hébergement non datée de sa compagne, qui se borne à préciser qu’elle l’héberge depuis le « 24 avril », ne permet pas d’établir qu’il entretiendrait encore des liens intenses avec elle alors qu’il a déclaré lors de son audition par les services de police le 24 avril 2026 qu’ils s’étaient séparés et qu’il était désormais célibataire. De plus, s’il fait valoir qu’il est le père d’un enfant né en France, il ne démontre pas qu’il contribuerait à son entretien et à son éducation, ni qu’il entretiendrait des liens particuliers avec lui, alors qu’il ressort de ses mêmes déclarations lors de son audition que l’enfant, âgé de trois ans, est placé à l’aide sociale à l’enfance et que l’intéressé ne dispose d’aucun droit de visite, ni ne démontre avoir entamé des démarches en ce sens. Par ailleurs, en dépit de l’ancienneté de sa présence, il ne justifie d’aucune insertion particulière dans la société française, ni être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où résident sa mère et sa sœur. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne peut être regardée comme portant au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

13. En huitième lieu, en admettant qu’il puisse être regardé comme s’en étant prévalu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’il aurait dû bénéficier d’un titre de séjour sur le fondement des stipulations du paragraphe 5 de l’article 6 de l’accord franco-algérien.

14. En neuvième lieu, faute d’établir l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. A... n’est pas fondé à soutenir que les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français seraient illégales en raison d’une telle illégalité.

15. En dixième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / (…) ».

16. Pour refuser d’accorder un délai de départ volontaire à M. A..., le préfet de la Marne s’est fondé sur la circonstance que son comportement constitue une menace pour l’ordre public. Il résulte de ce qui a été exposé au point 10 que la présence de l’intéressé représente une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient le requérant, il entrait dans le champ des dispositions du 1° de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s’ensuit que le préfet de la Marne n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

17. En onzième lieu, faute d’établir l’illégalité de la décision de refus de délai de départ volontaire, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour serait illégale en raison d’une telle illégalité.

18. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 12 de la présente ordonnance, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour le territoire français d’une durée de cinq ans méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter, en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction, et celles présentées au titre des frais de l’instance.



ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et à Me Sgro.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Marne.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,




Signé : S. Barteaux



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme
Le greffier,
A. Betti