Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01609
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-26NC01609 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | AXIO AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... A... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler, d’une part, la décision implicite par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, d’autre part, l’arrêté du 5 mars 2025 par lequel le même préfet l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans.
Par un jugement nos 2405373, 2501965 du 19 juin 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2026, M. A..., représenté par Me Merll de la Selarl Axio Avocats, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 19 juin 2026 ;
2°) d’annuler l’arrêté du 5 mars 2025 ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa demande dans un délai d’un mois à compter du prononcé de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 700 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il ne répond à aucun des critères de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision implicite de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- il pouvait prétendre à la délivrance d’un titre de séjour au regard de son activité salariée.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant algérien, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 18 juillet 2017. Après avoir fait l’objet d’un refus de titre de séjour assorti d’une mesure d’éloignement par arrêté du 30 juin 2021, il a sollicité, le 3 mars 2024, son admission au séjour sur le fondement de l’article 7b) de l’accord franco-algérien et, à titre subsidiaire, du pouvoir discrétionnaire du préfet. Le 5 mars 2025, il a été interpellé puis placé en garde-à-vue pour des faits de faux et usage de faux documents administratifs. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Moselle l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. M. A... fait appel du jugement du 19 juin 2026 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour qui serait née du silence gardé par l’administration et de cet arrêté du 5 mars 2025.
2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
Sur les conclusions tendant à l’annulation de la décision qui serait née du silence gardé sur sa demande de titre de séjour :
3. Par le jugement attaqué du 19 juin 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté comme irrecevables les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision qui serait née du silence gardé par le préfet de la Moselle sur la demande de titre de séjour formée par une lettre du 3 mars 2024, dès lors que cette demande a été irrégulièrement présentée et n’a pas eu pour conséquence de faire naître une décision faisant grief susceptible de faire l’objet d’un recours. Il n'appartient pas au juge d'appel, devant lequel l'appelant ne conteste pas l’irrecevabilité relevée par les premiers juges, de rechercher d'office si cette fin de non‑recevoir a été soulevée à bon droit. A l’appui de sa requête d’appel, M. A... se borne à invoquer des moyens tirés de l’illégalité de la décision implicite de refus de titre de séjour qu’il entend à nouveau contester. Par suite, à supposer qu’il ait entendu solliciter l’annulation de cette décision, de telles conclusions, qui ne sont assorties d’aucun moyen contestant l’irrecevabilité qui leur a été opposée en première instance, doivent en tout état de cause être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 5 mars 2025 :
4. En premier lieu, il ressort des mentions de l’arrêté en litige que le préfet de la Moselle, après avoir constaté l’entrée et le maintien irréguliers de M. A... sur le territoire français et considéré que son comportement représentait une menace pour l’ordre public, a examiné l’ensemble de sa situation personnelle et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu’aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d’éloignement fondée sur les dispositions des 1° et 5° de l’article L. 611‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. S’agissant de la décision de refus de départ volontaire, cet arrêté vise notamment les articles L.612-2 et L.612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionne que le comportement de M. A... constitue une menace pour l’ordre public et qu’il existe un risque qu’il se soustrait à la mesure d’éloignement dès lors qu’il est entré et se maintient irrégulièrement sur le territoire et qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. S’agissant de la décision fixant le pays de destination, cet arrêté vise notamment l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et indique qu’il n’établit pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans son pays d’origine. S’agissant enfin de la décision portant interdiction de retour, l’arrêté vise notamment les articles L. 612‑6 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionne les éléments dont il a été tenu compte pour fixer la durée de cette interdiction, relatifs à la durée de sa présence en France, à ses liens sur le territoire, à la circonstance qu’il a déjà fait l’objet d’une mesure d’éloignement et qu’il représente une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, et alors que l’autorité administrative n’est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l’étranger qu’elle oblige à quitter le territoire français, l’arrêté en litige comporte l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation des décisions en litige doit, en conséquence, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
6. M. A... se prévaut notamment de la durée de son séjour en France, de la présence de sa tante sur le territoire français et de son insertion professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si M. A... était présent en France depuis près de huit ans à la date de la décision en litige, il n’établit pas y avoir tissé des liens d’une intensité ou d’une ancienneté particulière. A cet égard, il n’apporte aucun élément permettant d’établir l’intensité des liens qu’il entretiendrait avec sa tante qui était présente sur le territoire avant son arrivée. Par ailleurs, s’il se prévaut de sa maitrise de la langue française, de ses démarches en vue d’une régularisation de sa situation, de l’exercice d’une activité professionnelle en qualité d’employé polyvalent de restauration entre janvier 2023 et juillet 2024 et d’une promesse d’embauche du 11 mai 2026 pour le même emploi, au demeurant postérieure à l’arrêté en litige, ces circonstances ne suffisent pas à démontrer une intégration professionnelle particulière, ni à établir qu’il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’a pas porté au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612‑2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l’article L. 612‑1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / (…) 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet ». Aux termes de l’article L. 612‑3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l’article L. 612‑2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 1° L’étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; / (…) 8° L’étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu’il ne peut présenter des documents d’identité ou de voyage en cours de validité, (…) qu’il ne justifie pas d’une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ».
8. Pour refuser à M. A... un délai de départ volontaire, le préfet de la Moselle s’est fondé sur le fait que son comportement constitue une menace pour l’ordre public et qu’il existe un risque que l’intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu’il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour et qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en l’absence de document d’identité ou de voyage en cours de validité et de justificatif d’une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. En se bornant à invoquer la durée de sa présence en France et sa situation personnelle et familiale, sans contester les motifs ainsi retenus, M. A... n’établit pas que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
9. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes du premier alinéa de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ».
10. Si M. A... résidait en France depuis presque huit ans à la date de l’arrêté attaqué, il ne justifie pas y avoir tissé des liens d’une ancienneté ou intensité particulière. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu’il s’est déjà soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement. Enfin, dès lors qu’il ressort des pièces du dossier, notamment du bulletin n°2 de son casier judiciaire et du fichier de traitement des antécédents judiciaires, que l’intéressé a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel du 17 janvier 2022, pour des faits de vol, à une peine d’emprisonnement de deux mois avec sursis, et a été mis en cause pour des faits, qu’il a reconnus, de détention et d’usage de faux documents administratifs, la menace pour l’ordre public est, contrairement à ce qu’il allègue, suffisamment démontrée. Dans ces conditions, M. A... n’établit pas que le préfet de la Moselle aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour d’une durée de trois ans à son encontre.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A... et à Me Merll.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Moselle.
Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.
Le magistrat désigné,
Signé : S. Barteaux
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
M. B...
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... A... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler, d’une part, la décision implicite par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, d’autre part, l’arrêté du 5 mars 2025 par lequel le même préfet l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans.
Par un jugement nos 2405373, 2501965 du 19 juin 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2026, M. A..., représenté par Me Merll de la Selarl Axio Avocats, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 19 juin 2026 ;
2°) d’annuler l’arrêté du 5 mars 2025 ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa demande dans un délai d’un mois à compter du prononcé de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 700 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il ne répond à aucun des critères de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision implicite de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- il pouvait prétendre à la délivrance d’un titre de séjour au regard de son activité salariée.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant algérien, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 18 juillet 2017. Après avoir fait l’objet d’un refus de titre de séjour assorti d’une mesure d’éloignement par arrêté du 30 juin 2021, il a sollicité, le 3 mars 2024, son admission au séjour sur le fondement de l’article 7b) de l’accord franco-algérien et, à titre subsidiaire, du pouvoir discrétionnaire du préfet. Le 5 mars 2025, il a été interpellé puis placé en garde-à-vue pour des faits de faux et usage de faux documents administratifs. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Moselle l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. M. A... fait appel du jugement du 19 juin 2026 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour qui serait née du silence gardé par l’administration et de cet arrêté du 5 mars 2025.
2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
Sur les conclusions tendant à l’annulation de la décision qui serait née du silence gardé sur sa demande de titre de séjour :
3. Par le jugement attaqué du 19 juin 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté comme irrecevables les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision qui serait née du silence gardé par le préfet de la Moselle sur la demande de titre de séjour formée par une lettre du 3 mars 2024, dès lors que cette demande a été irrégulièrement présentée et n’a pas eu pour conséquence de faire naître une décision faisant grief susceptible de faire l’objet d’un recours. Il n'appartient pas au juge d'appel, devant lequel l'appelant ne conteste pas l’irrecevabilité relevée par les premiers juges, de rechercher d'office si cette fin de non‑recevoir a été soulevée à bon droit. A l’appui de sa requête d’appel, M. A... se borne à invoquer des moyens tirés de l’illégalité de la décision implicite de refus de titre de séjour qu’il entend à nouveau contester. Par suite, à supposer qu’il ait entendu solliciter l’annulation de cette décision, de telles conclusions, qui ne sont assorties d’aucun moyen contestant l’irrecevabilité qui leur a été opposée en première instance, doivent en tout état de cause être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du 5 mars 2025 :
4. En premier lieu, il ressort des mentions de l’arrêté en litige que le préfet de la Moselle, après avoir constaté l’entrée et le maintien irréguliers de M. A... sur le territoire français et considéré que son comportement représentait une menace pour l’ordre public, a examiné l’ensemble de sa situation personnelle et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu’aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d’éloignement fondée sur les dispositions des 1° et 5° de l’article L. 611‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. S’agissant de la décision de refus de départ volontaire, cet arrêté vise notamment les articles L.612-2 et L.612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionne que le comportement de M. A... constitue une menace pour l’ordre public et qu’il existe un risque qu’il se soustrait à la mesure d’éloignement dès lors qu’il est entré et se maintient irrégulièrement sur le territoire et qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. S’agissant de la décision fixant le pays de destination, cet arrêté vise notamment l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et indique qu’il n’établit pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans son pays d’origine. S’agissant enfin de la décision portant interdiction de retour, l’arrêté vise notamment les articles L. 612‑6 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionne les éléments dont il a été tenu compte pour fixer la durée de cette interdiction, relatifs à la durée de sa présence en France, à ses liens sur le territoire, à la circonstance qu’il a déjà fait l’objet d’une mesure d’éloignement et qu’il représente une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, et alors que l’autorité administrative n’est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l’étranger qu’elle oblige à quitter le territoire français, l’arrêté en litige comporte l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation des décisions en litige doit, en conséquence, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
6. M. A... se prévaut notamment de la durée de son séjour en France, de la présence de sa tante sur le territoire français et de son insertion professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si M. A... était présent en France depuis près de huit ans à la date de la décision en litige, il n’établit pas y avoir tissé des liens d’une intensité ou d’une ancienneté particulière. A cet égard, il n’apporte aucun élément permettant d’établir l’intensité des liens qu’il entretiendrait avec sa tante qui était présente sur le territoire avant son arrivée. Par ailleurs, s’il se prévaut de sa maitrise de la langue française, de ses démarches en vue d’une régularisation de sa situation, de l’exercice d’une activité professionnelle en qualité d’employé polyvalent de restauration entre janvier 2023 et juillet 2024 et d’une promesse d’embauche du 11 mai 2026 pour le même emploi, au demeurant postérieure à l’arrêté en litige, ces circonstances ne suffisent pas à démontrer une intégration professionnelle particulière, ni à établir qu’il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’a pas porté au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612‑2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l’article L. 612‑1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / (…) 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet ». Aux termes de l’article L. 612‑3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l’article L. 612‑2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 1° L’étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; / (…) 8° L’étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu’il ne peut présenter des documents d’identité ou de voyage en cours de validité, (…) qu’il ne justifie pas d’une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ».
8. Pour refuser à M. A... un délai de départ volontaire, le préfet de la Moselle s’est fondé sur le fait que son comportement constitue une menace pour l’ordre public et qu’il existe un risque que l’intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu’il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour et qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en l’absence de document d’identité ou de voyage en cours de validité et de justificatif d’une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. En se bornant à invoquer la durée de sa présence en France et sa situation personnelle et familiale, sans contester les motifs ainsi retenus, M. A... n’établit pas que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
9. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes du premier alinéa de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ».
10. Si M. A... résidait en France depuis presque huit ans à la date de l’arrêté attaqué, il ne justifie pas y avoir tissé des liens d’une ancienneté ou intensité particulière. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu’il s’est déjà soustrait à l’exécution d’une précédente mesure d’éloignement. Enfin, dès lors qu’il ressort des pièces du dossier, notamment du bulletin n°2 de son casier judiciaire et du fichier de traitement des antécédents judiciaires, que l’intéressé a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel du 17 janvier 2022, pour des faits de vol, à une peine d’emprisonnement de deux mois avec sursis, et a été mis en cause pour des faits, qu’il a reconnus, de détention et d’usage de faux documents administratifs, la menace pour l’ordre public est, contrairement à ce qu’il allègue, suffisamment démontrée. Dans ces conditions, M. A... n’établit pas que le préfet de la Moselle aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant une interdiction de retour d’une durée de trois ans à son encontre.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A... et à Me Merll.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Moselle.
Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.
Le magistrat désigné,
Signé : S. Barteaux
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
M. B...
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