Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01708

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01708
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantGALLAND YANNICK & KIEFFER EMMANUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C... B... et son épouse Mme A... B... ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler les arrêtés du 15 juillet 2025 par lesquels le préfet du Bas-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d’office à l’expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.

Par un jugement nos 2506103, 2506150 du 24 juin 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête enregistrée le 23 juillet 2026, sous le n° 26NC01708, M. B..., représenté par Me Galland, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 24 juin 2026 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 15 juillet 2025 ;

3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le même délai à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en cas de rejet de la demande d’aide juridictionnelle, à lui-même en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision de refus de séjour n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

II. Par une requête enregistrée le 23 juillet 2026, sous le n° 26NC01709, Mme B..., représentée par Me Galland, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 24 juin 2026 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 15 juillet 2025 ;

3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le même délai à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en cas de rejet de la demande d’aide juridictionnelle, à elle-même en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que son époux dans la requête n° 26NC01708.

M. et Mme B... ont été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par des décisions du 20 août 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B..., ressortissants arméniens, sont entrés sur le territoire français selon leurs déclarations en décembre 2019 afin d’y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d’asile ont été rejetées par des décisions de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 mars 2021, confirmées par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 21 octobre 2021. Par des arrêtés du 21 septembre 2021, la préfète du Bas-Rhin les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être renvoyés d’office à l’expiration de ce délai. Le 21 décembre 2022, M. B... a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 22 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d’office à l’expiration de ce délai. Par un jugement du 22 juillet 2024, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé cet arrêté et enjoint à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois. Le 21 février 2025, Mme B... a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que l’admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du même code. Par des arrêtés du 15 juillet 2025, le préfet du Bas-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d’office à l’expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par deux requêtes qu’il y a lieu de joindre, M. et Mme B... font appel du jugement du 24 juin 2026 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l’annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

3. En premier lieu, M. et Mme B... reprennent en appel sans apporter d’élément nouveau ni critiquer utilement les motifs du jugement, les moyens tirés de ce que les décisions de refus de séjour en litige n’ont pas été précédées d’un examen particulier de leurs situations personnelles. Il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 7 et 8 de leur jugement qui n’appellent aucune précision.

4. En deuxième lieu, s’il ressort des pièces du dossier que si M. et Mme B... étaient présents en France depuis plus de cinq ans à la date des décisions en litige, ils ne démontrent pas y avoir tissé des liens intenses et stables en dehors de leur fils qui fait également l’objet d’une mesure d’éloignement par un arrêté du 15 juillet 2025. Par ailleurs, s’ils se prévalent de l’état de santé de M. B..., la seule production d’ordonnances et de certificats médicaux se bornant à attester que l’intéressé souffre d’une pathologie cutanée chronique, d’une pathologie inflammatoire rachidienne active, de rhumatisme psoriasique, de diabète de type 2 « insulino requérant », de cardiopathie hypertensive sévère, d’une dyslipémie, de cirrhose virale C active avec un virus de l’hépatite C et de troubles psychiques invalidants avec vulnérabilité, ne suffit pas à démontrer qu’il ne pourrait pas bénéficier, comme l’a estimé le collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration dans son avis du 23 juin 2025 sur lequel s’est fondé le préfet, d’un traitement approprié à son état de santé dans son pays d’origine. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l’éloignement du requérant vers son pays d’origine s’opposerait à la prise en charge de son état de stress post traumatique. Enfin, si M. B... justifie de l’activité d’agent de production du 16 août 2024 au 30 juin 2025 et de la conclusion d’un contrat de travail à durée déterminée, ces circonstances ne suffisent pas à démontrer une insertion professionnelle particulière à la société française. Ainsi, les requérants n’établissent pas qu’ils auraient fixé en France le centre de leurs intérêts personnels et familiaux. Par suite, les moyens tirés de l’erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences des décisions de refus de séjour en litige sur leurs situations personnelles doivent être écartés.

5. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ».

6. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme B..., bien que présents en France depuis plus de cinq ans à la date des arrêtés en litige, ne démontrent pas y avoir noué des liens intenses et stables. En outre, ils ont chacun fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement en 2021. Dans ces conditions, quand bien même leur présence ne représente pas une menace pour l’ordre public, le préfet du Bas-Rhin n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à leur encontre une interdiction de retour d’une durée d’un an.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d’appel présentées par M. et Mme B... sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter, en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris leurs conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais de l’instance.


ORDONNE :


Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B... sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B..., Mme A... B... et à Me Galland.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Bas-Rhin.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,




Signé : S. Barteaux



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme
Le greffier,


A. Betti