Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01822
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-26NC01822 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | ECA |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... A... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler l’arrêté du 14 novembre 2025 par lequel le préfet du Haut-Rhin l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d’une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2509498 du 28 juillet 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 4 août 2026, M. A..., représenté par Me Eca, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 28 juillet 2026 ;
2°) d’annuler l’arrêté du 14 novembre 2025 ;
3°) de lui allouer le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article L. 233-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est privée de base légale en raison de l’annulation de la procédure de garde‑à‑vue par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du 19 novembre 2025 ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est illégale en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant roumain, a été interpellé puis placé en garde à vue le 13 novembre 2025 pour des faits d’exécution d’un travail dissimulé par emploi d’un mineur soumis à l’obligation scolaire, tentative d’escroquerie et exécution d’un travail dissimulé. Par un arrêté du 14 novembre 2025, le préfet du Haut‑Rhin l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d’une durée de deux ans. M. A... fait appel du jugement du 28 juillet 2026 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président (…) ». Aux termes de l’article 36 du décret du 28 décembre 2020 : « A l'exception des situations dans lesquelles un avocat est désigné ou commis d'office, l'aide juridictionnelle ou l'aide à l'intervention de l'avocat est demandée avant la fin de l'instance ou de la procédure concernée (…) ».
3. M. A..., en dépit d’une demande en ce sens, adressée à son conseil, n’a pas justifié, dans le délai imparti, avoir déposé auprès du bureau d’aide juridictionnelle une demande d’aide juridictionnelle complète. Par suite, en l’absence d’urgence, les conclusions tendant à ce que soit prononcée l’admission provisoire de l’intéressé au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
5. En premier lieu, aux termes de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ». Aux termes de l’article L. 233-1 du même code : « Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; (…) ».
6. Pour obliger M. A... à quitter le territoire français, le préfet du Haut-Rhin s’est notamment fondé sur les dispositions du 3° de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en constatant que le séjour de l’intéressé, parce qu’il effectue des allers‑retours réguliers entre son pays d’origine et la France et qu’il ne remplit pas les conditions pour séjourner plus de trois mois sur le territoire français, était constitutif d’un abus de droit. Si le requérant soutient qu’il bénéficiait du droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois dès lors qu’il exerce une activité professionnelle et qu’il dispose d’un revenu mensuel de 2 000 euros, la seule production de l’extrait Kbis de la société de son frère ne permet pas de l’établir. Alors que l’intéressé n’établit pas, par ailleurs, satisfaire à l’une des autres conditions de l’article L. 233-1 précité, et qu’il ne conteste pas renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir en France, le préfet a pu considérer que le séjour de M. A... était constitutif d’un abus de droit et l’obliger, pour ce seul motif, à quitter le territoire français. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin aurait fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 233-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en l’obligeant à quitter le territoire français.
7. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
8. M. A... se prévaut de la présence en France de son épouse, compatriote de nationalité roumaine, de son insertion professionnelle et de la scolarisation de l’un de ses enfants mineurs. Il ressort toutefois du procès-verbal de l’audition menée le 13 novembre 2025 par les services de gendarmerie que l’intéressé a déclaré être entré en France trois semaines avant son interpellation. Par ailleurs, s’il produit le certificat de scolarité de l’un de ses enfants mineurs pour l’année 2025-2026, il n’établit pas l’impossibilité de reconstituer la cellule familiale dans son pays d’origine avec son épouse de même nationalité alors, au demeurant, qu’il s’est prévalu lors de son audition de la présence en Roumanie de ses deux enfants et d’une concubine. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne peut être regardée comme portant au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En troisième lieu, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne constitue pas une mesure d’application d’une procédure de garde‑à‑vue et ne trouve pas dans celle-ci sa base légale. Dans ces conditions, M. A... ne peut utilement soutenir que la mesure d’éloignement en litige devrait être annulée en conséquence de l’ordonnance du 19 novembre 2025 par laquelle le juge des libertés et de la détention a déclaré nulle la procédure de garde-à-vue du 13 novembre 2025.
10. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 251-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l’obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d’un délai de départ volontaire d’un mois à compter de la notification de la décision. / L’autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu’en cas d’urgence et ne peut l’allonger qu’à titre exceptionnel ».
11. Pour refuser d’accorder à M. A... un délai de départ volontaire, le préfet du Haut-Rhin s’est fondé sur le fait que les circonstances de l’espèce, à savoir l’absence d’adresse personnelle et stable et la menace à l’ordre public qu’il représente, caractérisent une situation d’urgence. S’il ressort des pièces du dossier que le requérant est locataire d’un logement, dont le bail est établi au nom de sa compagne, et que l’un de leurs enfants mineurs est scolarisé en France, il ressort également des pièces du dossier que l’intéressé, d’une part, a été condamné à 500 euros d’amende par un jugement du tribunal correctionnel de Metz du 16 juin 2022 pour des faits d’obtention d’un paiement ou d’une contrepartie avant la fin d’un délai de sept jours à compter de la conclusion du contrat hors établissement et de non remise au consommateur d’un exemplaire conforme du contrat conclu hors établissement et, d’autre part, a été interpellé le 13 novembre 2025 pour des faits d’exécution d’un travail dissimulé par emploi d’un mineur soumis à l’obligation scolaire, tentative d’escroquerie et exécution d’un travail. La circonstance qu’il n’a pas été condamné pour ces derniers faits ne s’oppose pas à leur prise en compte par l’autorité préfectorale pour apprécier si son comportement constitue une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, compte tenu des faits délictueux commis par l’intéressé et dont il ne conteste pas la matérialité, M. A... n’établit pas que le préfet du Haut-Rhin aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que l’urgence justifiait de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire.
12. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu’être écarté.
13. En sixième lieu, aux termes de l’article L. 251-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ». Par ailleurs, aux termes du sixième alinéa de l’article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux interdictions de circulation en vertu de l’article L. 251-6 du même code : « L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ».
14. Il ressort des pièces du dossier que M. A... a déclaré n’être présent en France que depuis moins de trois semaines à la date de l’arrêté en litige et il ne démontre pas y avoir noué des liens intenses et stables en dehors de sa propre cellule familiale, qui pourra se reconstituer en Roumanie. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu’il a été condamné à 500 euros d’amende par un jugement du tribunal correctionnel de Metz du 16 juin 2022 et qu’il a été interpellé le 13 novembre 2025 pour des faits d’exécution d’un travail dissimulé par emploi d’un mineur soumis à l’obligation scolaire, tentative d’escroquerie et exécution d’un travail. Dans ces conditions, le préfet du Bas-Rhin n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de circulation d’une durée de deux ans.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A... et à Me Eca.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Haut-Rhin.
Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.
Le magistrat désigné,
Signé : S. Barteaux
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
M. B...
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... A... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler l’arrêté du 14 novembre 2025 par lequel le préfet du Haut-Rhin l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d’une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2509498 du 28 juillet 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 4 août 2026, M. A..., représenté par Me Eca, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 28 juillet 2026 ;
2°) d’annuler l’arrêté du 14 novembre 2025 ;
3°) de lui allouer le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article L. 233-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est privée de base légale en raison de l’annulation de la procédure de garde‑à‑vue par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du 19 novembre 2025 ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est illégale en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant roumain, a été interpellé puis placé en garde à vue le 13 novembre 2025 pour des faits d’exécution d’un travail dissimulé par emploi d’un mineur soumis à l’obligation scolaire, tentative d’escroquerie et exécution d’un travail dissimulé. Par un arrêté du 14 novembre 2025, le préfet du Haut‑Rhin l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d’une durée de deux ans. M. A... fait appel du jugement du 28 juillet 2026 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président (…) ». Aux termes de l’article 36 du décret du 28 décembre 2020 : « A l'exception des situations dans lesquelles un avocat est désigné ou commis d'office, l'aide juridictionnelle ou l'aide à l'intervention de l'avocat est demandée avant la fin de l'instance ou de la procédure concernée (…) ».
3. M. A..., en dépit d’une demande en ce sens, adressée à son conseil, n’a pas justifié, dans le délai imparti, avoir déposé auprès du bureau d’aide juridictionnelle une demande d’aide juridictionnelle complète. Par suite, en l’absence d’urgence, les conclusions tendant à ce que soit prononcée l’admission provisoire de l’intéressé au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
4. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
5. En premier lieu, aux termes de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ». Aux termes de l’article L. 233-1 du même code : « Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; (…) ».
6. Pour obliger M. A... à quitter le territoire français, le préfet du Haut-Rhin s’est notamment fondé sur les dispositions du 3° de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en constatant que le séjour de l’intéressé, parce qu’il effectue des allers‑retours réguliers entre son pays d’origine et la France et qu’il ne remplit pas les conditions pour séjourner plus de trois mois sur le territoire français, était constitutif d’un abus de droit. Si le requérant soutient qu’il bénéficiait du droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois dès lors qu’il exerce une activité professionnelle et qu’il dispose d’un revenu mensuel de 2 000 euros, la seule production de l’extrait Kbis de la société de son frère ne permet pas de l’établir. Alors que l’intéressé n’établit pas, par ailleurs, satisfaire à l’une des autres conditions de l’article L. 233-1 précité, et qu’il ne conteste pas renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir en France, le préfet a pu considérer que le séjour de M. A... était constitutif d’un abus de droit et l’obliger, pour ce seul motif, à quitter le territoire français. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin aurait fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 233-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en l’obligeant à quitter le territoire français.
7. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
8. M. A... se prévaut de la présence en France de son épouse, compatriote de nationalité roumaine, de son insertion professionnelle et de la scolarisation de l’un de ses enfants mineurs. Il ressort toutefois du procès-verbal de l’audition menée le 13 novembre 2025 par les services de gendarmerie que l’intéressé a déclaré être entré en France trois semaines avant son interpellation. Par ailleurs, s’il produit le certificat de scolarité de l’un de ses enfants mineurs pour l’année 2025-2026, il n’établit pas l’impossibilité de reconstituer la cellule familiale dans son pays d’origine avec son épouse de même nationalité alors, au demeurant, qu’il s’est prévalu lors de son audition de la présence en Roumanie de ses deux enfants et d’une concubine. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne peut être regardée comme portant au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En troisième lieu, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne constitue pas une mesure d’application d’une procédure de garde‑à‑vue et ne trouve pas dans celle-ci sa base légale. Dans ces conditions, M. A... ne peut utilement soutenir que la mesure d’éloignement en litige devrait être annulée en conséquence de l’ordonnance du 19 novembre 2025 par laquelle le juge des libertés et de la détention a déclaré nulle la procédure de garde-à-vue du 13 novembre 2025.
10. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 251-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l’obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d’un délai de départ volontaire d’un mois à compter de la notification de la décision. / L’autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu’en cas d’urgence et ne peut l’allonger qu’à titre exceptionnel ».
11. Pour refuser d’accorder à M. A... un délai de départ volontaire, le préfet du Haut-Rhin s’est fondé sur le fait que les circonstances de l’espèce, à savoir l’absence d’adresse personnelle et stable et la menace à l’ordre public qu’il représente, caractérisent une situation d’urgence. S’il ressort des pièces du dossier que le requérant est locataire d’un logement, dont le bail est établi au nom de sa compagne, et que l’un de leurs enfants mineurs est scolarisé en France, il ressort également des pièces du dossier que l’intéressé, d’une part, a été condamné à 500 euros d’amende par un jugement du tribunal correctionnel de Metz du 16 juin 2022 pour des faits d’obtention d’un paiement ou d’une contrepartie avant la fin d’un délai de sept jours à compter de la conclusion du contrat hors établissement et de non remise au consommateur d’un exemplaire conforme du contrat conclu hors établissement et, d’autre part, a été interpellé le 13 novembre 2025 pour des faits d’exécution d’un travail dissimulé par emploi d’un mineur soumis à l’obligation scolaire, tentative d’escroquerie et exécution d’un travail. La circonstance qu’il n’a pas été condamné pour ces derniers faits ne s’oppose pas à leur prise en compte par l’autorité préfectorale pour apprécier si son comportement constitue une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, compte tenu des faits délictueux commis par l’intéressé et dont il ne conteste pas la matérialité, M. A... n’établit pas que le préfet du Haut-Rhin aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que l’urgence justifiait de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire.
12. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu’être écarté.
13. En sixième lieu, aux termes de l’article L. 251-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ». Par ailleurs, aux termes du sixième alinéa de l’article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux interdictions de circulation en vertu de l’article L. 251-6 du même code : « L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ».
14. Il ressort des pièces du dossier que M. A... a déclaré n’être présent en France que depuis moins de trois semaines à la date de l’arrêté en litige et il ne démontre pas y avoir noué des liens intenses et stables en dehors de sa propre cellule familiale, qui pourra se reconstituer en Roumanie. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu’il a été condamné à 500 euros d’amende par un jugement du tribunal correctionnel de Metz du 16 juin 2022 et qu’il a été interpellé le 13 novembre 2025 pour des faits d’exécution d’un travail dissimulé par emploi d’un mineur soumis à l’obligation scolaire, tentative d’escroquerie et exécution d’un travail. Dans ces conditions, le préfet du Bas-Rhin n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de circulation d’une durée de deux ans.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions présentées au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A... et à Me Eca.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Haut-Rhin.
Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.
Le magistrat désigné,
Signé : S. Barteaux
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
M. B...
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