Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01877

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01877
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantMURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg, d’une part, d’annuler l’arrêté du 22 juin 2026 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ainsi que, d’autre part, l’arrêté du même jour par lequel il l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2605814 du 13 juillet 2026, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 12 août 2026, M. A..., représenté par Me Muré, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 13 juillet 2026 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 22 juin 2026 ;

3°) d’enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière dès lors que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il justifie d’une résidence habituelle sur le territoire depuis plus de dix ans ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est disproportionnée ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée ;
- la décision portant assignation à résidence doit être annulée en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant sri-lankais, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 12 juillet 2010 afin d’y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d’asile a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 décembre 2010, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 29 juin 2011. Le 26 janvier 2026, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 22 juin 2026, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Haut-Rhin l’a assigné à résidence pour une durée de quarante‑cinq jours. M. A... fait appel du jugement du 13 juillet 2026 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ».

4. M. A... soutient que le préfet du Haut-Rhin aurait dû saisir la commission du titre de séjour dès lors qu’il justifie d’une durée de résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Toutefois, l’intéressé, qui ne produit aucune pièce pour justifier de sa présence continue sur le territoire au cours des années 2014, 2015 et 2016, n’établit pas avoir résidé de manière habituelle en France au cours des dix années ayant précédé la décision en litige. Dans ces conditions, en ne saisissant pas la commission du titre de séjour, faute pour l’intéressé d’établir, comme il lui incombe, sa présence continue en France au cours des dix dernières années, le préfet n’a pas entaché sa décision d’une erreur de droit, ni d’un vice de procédure et n’a, en conséquence, pas méconnu les dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

5. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

6. M. A... se prévaut de la durée de son séjour en France, de son insertion sociale et de ses relations personnelles. Si l’intéressé soutient être présent sur le territoire français depuis seize ans à la date de la décision contestée, il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi qu’il a été dit au point 4 de la présente ordonnance, qu’il ne justifie pas d’une présence continue sur le territoire français depuis plus de dix ans en l’absence de justificatifs pour les années 2014 à 2016. En outre, le requérant, célibataire et sans enfant, ne démontre pas avoir noué des liens intenses et stables sur le territoire, alors qu’il n’est pas dépourvu d’attaches familiales au Sri-Lanka où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt ans et où demeurent encore son père, son frère et sa sœur. Par ailleurs, s’il justifie de l’exercice d’une activité professionnelle en tant qu’aide-cuisinier du 1er septembre au 1er décembre 2017, cette circonstance ne suffit pas à démontrer une intégration particulière. Dans ces conditions, les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n’ont pas porté au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences des décisions en litige sur sa situation personnelle doit également être écarté.

7. En troisième lieu, l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour n’étant pas établie, M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En quatrième lieu, l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation, par voie de conséquence, ni de la décision fixant le pays de destination, ni de la décision portant assignation à résidence.

9. En cinquième lieu, aux termes de l’article L 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (…) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / (…) / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / (…) / ».

10. M. A... ne conteste pas avoir fait l’objet de deux précédentes mesures d’éloignement par des arrêtés des 5 novembre 2011 et 7 août 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Dans ces conditions, quand bien même la présence de l’intéressé sur le territoire ne constitue pas une menace pour l’ordre public et à supposer même qu’il réside en France de manière stable depuis seize ans, le préfet du Haut-Rhin pouvait, pour ce seul motif et sans entacher sa décision d’une erreur d’appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de cette décision doit être écarté.

11. En sixième lieu, il ressort des mentions de l’arrêté en litige que le préfet du Haut-Rhin, après avoir notamment visé l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, mentionne la nationalité du requérant et indique qu’il n’établit pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans son pays d’origine, dès lors qu’il n’apporte aucun document personnel ni même de récit détaillé à l’appui de telles craintes. Les termes mêmes de la décision fixant le pays de destination établissent ainsi que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. A..., au vu de l’ensemble des éléments dont il avait connaissance. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de l’intéressé doit être écarté.

12. En septième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes du premier alinéa de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ». Il résulte de ces dispositions que lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l’obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l’ancienneté des liens de l’intéressé avec la France, à l’existence de précédentes mesures d’éloignement et à la menace pour l’ordre public représentée par la présence en France de l’intéressé.

13. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A... était présent en France de manière depuis neuf ans à la date de l’arrêté en litige, il ne démontre pas y avoir noué des liens intenses et stables. Par ailleurs, il est constant qu’il a déjà fait l’objet de deux précédentes mesures d’éloignement. Dans ces conditions, quand bien même sa présence sur le territoire ne représente pas une menace pour l’ordre public, le préfet du Haut-Rhin n’a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à son encontre une interdiction de retour d’une durée d’un an.

14. En dernier lieu, en se bornant à soutenir qu’il est présent en France depuis 2010, M. A... n’établit pas que les modalités de contrôle de son assignation à résidence sont disproportionnées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....

Copie en sera adressée pour information au préfet du Haut-Rhin.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,




Signé : S. Barteaux



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme
La greffière,


A. Bailly