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Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01905

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01905
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg, d’une part, d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Bas-Rhin sur sa demande de titre de séjour du 1er août 2023 et, d’autre part, d’annuler l’arrêté du 20 juin 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’expiration de ce délai.

Par un jugement nos 2407419, 2505448 du 10 juin 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 août 2026, M. A..., représenté par Me Kling, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 10 juin 2026 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 20 juin 2025 ;

3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros TTC à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l’illégalité des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant nigérian, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 18 août 2018 afin d’y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Après le rejet de sa demande d’asile, il a sollicité, le 1er août 2023, son admission exceptionnelle au séjour. Le silence gardé par l’administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de refus de titre de séjour. Par un arrêté du 20 juin 2025, le préfet du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’expiration de ce délai. M. A... fait appel du jugement du 10 juin 2026 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg, après avoir constaté que la décision expresse de refus de titre de séjour du 20 juin 2025 s’était entièrement substituée à la décision implicite née du silence initialement gardé sur cette demande, a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423‑21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412‑1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Par ailleurs, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

4. M. A... se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence de son enfant né le 16 juillet 2019 d’une union avec une compatriote en situation régulière et de son insertion dans la société française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si le requérant était présent en France depuis près de sept ans à la date de l’arrêté en litige, il ne démontre pas y avoir des liens anciens et stables. Par ailleurs, alors qu’en vertu d’un jugement du tribunal judiciaire de Strasbourg du 11 septembre 2024, l’intéressé exerce l’autorité parentale conjointement avec la mère sur son enfant et dispose d’un droit de visite sans hébergement, il n’établit pas par les éléments versés au dossier de première instance, notamment l’attestation de la mère de son fils établie en juin 2023, un certificat de scolarité pour l’année scolaire 2022-2023, quelques photographies non datées, deux certificats médicaux de mars 2023, dont l’un reprend les propos de l’intéressé, entretenir avec lui des liens intenses et soutenus alors qu’il ressort des mentions du jugement précité du tribunal judiciaire de Strasbourg, qui a relevé que M. A... ne s’était pas présenté à l’audience, que la mère avait indiqué que jusqu’alors le requérant voyait ponctuellement son enfant, lorsqu’il se manifestait, et ne contribuait pas à son entretien et à son éducation. S’il est vrai que dans un courrier du 10 juin 2025, la caisse d’allocations familiales a mentionné verser l’allocation de soutien familial pour l’enfant en lieu et place du requérant qui n’est pas en mesure de payer la pension alimentaire fixée par le jugement précité, il n’apporte aucun élément justifiant de l’exercice de son droit de visite. Enfin, s’il suit des cours de français depuis mars 2025 et n’a jamais été condamné pénalement, ces circonstances ne permettent pas d’établir qu’il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour en litige ne peut être regardée comme portant au droit de M. A... au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni comme méconnaissant l’intérêt supérieur de son enfant mineur. Les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doivent, par suite, être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit également être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", "travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ».

6. Les éléments invoqués par le requérant, identiques à ceux exposés au point 4 de la présente ordonnance, ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant leur admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour n’étant pas établie, M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

8. En dernier lieu, l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas établie, M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. A... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter, en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte, et celles présentées au titre des frais de l’instance.



ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et à Me Kling.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Bas-Rhin.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,




Signé : S. Barteaux



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme
La greffière,


A. Bailly