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Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-26NC01914

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-26NC01914
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C... B... A... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler l’arrêté du 19 mars 2025 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2505403 du 13 mai 2026, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 18 août 2026, M. B... A..., représenté par Me Berry, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 13 mai 2026 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 19 mars 2025 ;

3°) d’enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d’examen des risques encourus en cas de retour dans son pays d’origine ;
- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

M. B... A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juillet 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné M. Barteaux, président‑assesseur, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., ressortissant congolais, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 29 novembre 2021 afin d’y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Après le rejet de sa demande d’asile et une première mesure d’éloignement prise à son encontre, il a sollicité, le 20 janvier 2025, la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 19 mars 2025, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office à l’expiration de ce délai. M. B... A... fait appel du jugement du 13 mai 2026 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ». Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

4. M. B... A... se prévaut de la durée de son séjour, de la présence de son épouse et de leurs trois enfants, qui sont scolarisés en France, et de la circonstance qu’il ne dispose plus d’attaches dans son pays d’origine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant était présent en France depuis moins de quatre ans à la date de la décision en litige et il n’établit pas y avoir tissé des liens intenses et anciens, en dehors de sa cellule familiale. A cet égard, il est constant que son épouse, de même nationalité, est également en situation irrégulière et n’a pas vocation à se maintenir durablement en France, alors, en tout état de cause, que par une ordonnance du 17 septembre 2026, la cour administrative d’appel de Nancy a confirmé le jugement du 10 mars 2026 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté le recours formé par l’intéressée contre la mesure d’éloignement prise à son encontre. En outre, la décision de refus de titre de séjour en litige n’a ni pour objet ni pour effet de séparer l’intéressé de ses enfants mineurs, qui ont vocation à le suivre dans son pays d’origine, où il n’est pas établi, en particulier pour la benjamine, eu égard à son jeune âge, qu’ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité et où la cellule familiale à vocation à se reconstituer. Enfin, les circonstances que M. B... A... ait quitté son pays d’origine depuis plus de vingt ans dès lors qu’il a bénéficié du statut de réfugié en Afrique du Sud en 2013 et qu’il ne disposerait plus d’attaches dans son pays d’origine dès lors que sa sœur résiderait en Afrique du Sud, que son frère résiderait en Corée et que sa mère serait décédée, ne permettent pas de démontrer qu’il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour en litige ne peut être regardée comme portant au droit de M. B... A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni comme méconnaissant l’intérêt supérieur de ses enfants mineurs. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour n’étant pas établie, M. B... A... n’est pas fondé à demander l’annulation, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 de la présente ordonnance.

7. En quatrième lieu, s’agissant de la décision fixant le pays de destination, l’arrêté en litige vise les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, mentionne la nationalité du requérant et indique qu’il n’a produit aucun élément permettant d’établir qu’il serait exposé à des traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d’origine. Cette décision comporte l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B... A.... Les moyens tirés de l’insuffisante motivation de la décision fixant le pays de destination et du défaut d’examen des risques encourus par l’intéressée en cas de retour dans son pays d’origine doivent, en conséquence, être écartés.

8. En cinquième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « (…) Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».

9. M. B... A... soutient qu’il serait exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Congo dès lors qu’il y a été agressé et blessé par balle et a ensuite bénéficié du statut de réfugié en Afrique du Sud. Toutefois, en se bornant à produire un certificat de reconnaissance du statut de réfugié valable du 2 décembre 2013 au 2 décembre 2017 et une carte de réfugié valable du 24 mai 2018 au 1er décembre 2021, délivrés par les autorités sud-africaines, il n’apporte aucune précision quant à la nature des risques ainsi invoqués, ni aucun élément de nature à en établir la réalité et l’actualité. Par suite, et alors au demeurant que sa demande d’asile a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d’asile, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 721‑4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté

10. En dernier lieu, la seule circonstance que ses deux enfants encore mineurs n’aient jamais vécu au Congo n’est pas de nature à faire regarder la décision fixant le pays de destination comme ayant été prononcée en méconnaissance de leur intérêt supérieur.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d’appel présentée par M. B... A... est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter, en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte, et celles présentées au titre des frais de l’instance.



ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. B... A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B... A... et à Me Berry.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Haut-Rhin.


Fait à Nancy, le 1er octobre 2026.


Le magistrat désigné,



Signé : S. Barteaux


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme
La greffière,


A. Bailly