mardi 5 avril 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-21PA06479 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PIRIOU QUINQUIS BAMBRIDGE-BABIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société Pacific Alu Industrie a demandé au Tribunal administratif de la Polynésie française d'annuler le marché concernant le lot n°7 " Menuiserie aluminium " relatif à la reconstruction de l'école élémentaire Matairea de la commune de Teva I Uta, ainsi que la décision de la commune du 4 août 2020 portant rejet de son offre.
Par un jugement n°2000614 du 19 octobre 2021, le Tribunal administratif de la
Polynésie française a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2021, et par un mémoire complémentaire, enregistré le 26 janvier 2022, la société Pacific Alu Industrie, représentée par Me Balat, avocat aux Conseils, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du Tribunal administratif de la Polynésie française du
19 octobre 2021 ;
2°) d'annuler la décision de la commune de Teva I Uta du 4 août 2020 portant rejet de son offre, ainsi que le marché mentionné ci-dessus ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Teva I Uta une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement attaqué ne vise pas et n'analyse pas les écritures des parties, et a ainsi été rendu en méconnaissance de l'article R. 741-2 du code de justice administrative ;
- il a été rendu en méconnaissance du principe du contradictoire et des articles L. 5 et
R. 611-1 de ce code, sans que toutes les écritures des défendeurs ne lui aient été communiquées ;
- le tribunal administratif n'était pas composé régulièrement ;
- son jugement n'est pas suffisamment motivé ;
- il aurait dû préciser qu'elle demandait l'annulation de la décision de la commune de Teva I Uta du 4 août 2020 portant rejet de son offre, et qu'elle avait produit cette décision ; il ne pouvait donc rejeter sa demande comme irrecevable ;
- elle avait également produit l'avis d'attribution du marché publié au journal officiel de la Polynésie française, ce qui faisait aussi obstacle au rejet de sa demande comme irrecevable ;
- elle avait par ailleurs demandé copie du marché à la commune avant la clôture de l'instruction, ce qui faisait aussi obstacle à ce rejet ;
- elle en avait informé le tribunal dans sa note en délibéré enregistrée le 8 octobre 2021, et lui avait alors communiqué le contrat que la commune lui avait fait parvenir le
6 octobre précédent, lendemain de l'audience ; le tribunal aurait donc dû rouvrir l'instruction ;
- son jugement a donc été rendu en méconnaissance des articles R. 412-1 et R. 613-1 du code de justice administrative ;
- il a en outre violé l'article 6, paragraphe 1, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- en l'absence de toute fin de non-recevoir soulevée par les défendeurs, il ne pouvait retenir l'irrecevabilité de la demande sans mettre en œuvre la procédure de l'article R. 611-7 du code de justice administrative ;
- elle se réfère à ses écritures de première instance ;
- la commune de Teva I Uta aurait dû écarter l'offre de la société Océanienne pour les Matériaux Aluminium (SOMALU), comme irrégulière au regard de l'article 7 du règlement de la consultation, faute d'être accompagnée des " fiches produits " et des précisions exigées ;
- les critères de sélection ont été privés de leur portée ;
- la commune aurait dû s'interroger sur le caractère anormalement bas de l'offre de la société SOMALU.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2022, la commune de Teva I Uta, représentée par Me Quinquis, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de
350 000 francs CFP soit mise à la charge de la société Pacific Alu Industrie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la société Pacific Alu Industrie ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, la société SOMALU, représentée par Me Guedikian, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Pacific Alu Industrie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la société Pacific Alu Industrie ne sont pas fondés.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 9 mars 2022, la société Pacific Alu Industrie conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
Par une ordonnance du 28 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
10 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 ;
- le code polynésien des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Niollet,
- et les conclusions de Mme Mach, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Pacific Alu Industrie a demandé au Tribunal administratif de la Polynésie française d'annuler le marché concernant le lot n°7, " Menuiserie aluminium ", relatif à la reconstruction de l'école élémentaire Matairea de la commune de Teva I Uta, conclu le
28 août 2020 avec la société Océanienne pour les Matériaux Aluminium (SOMALU), ainsi que la décision de la commune du 4 août 2020 portant rejet de son offre. Elle fait appel du jugement du 19 octobre 2021 par lequel le tribunal a rejeté sa demande comme irrecevable au regard de l'article R. 412-1 du code de justice administrative.
2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ". Ces dispositions sont applicables au recours intenté par un tiers pour contester la validité d'un contrat administratif et imposent au demandeur de produire le contrat qu'il conteste ou de justifier de l'impossibilité d'en obtenir communication par la personne publique.
3. D'autre part, lorsqu'il est saisi, postérieurement à la clôture de l'instruction et au prononcé des conclusions du rapporteur public, d'une note en délibéré émanant d'une des parties à l'instance, il appartient dans tous les cas au juge administratif d'en prendre connaissance avant de rendre sa décision. S'il a toujours la faculté, dans l'intérêt d'une bonne justice, de rouvrir l'instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans la note en délibéré, il n'est tenu de le faire à peine d'irrégularité de sa décision que si cette note contient soit l'exposé d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office.
4. Il ressort des pièces du dossier de première instance qu'à la suite de la demande de régularisation l'invitant à produire le contrat contesté que le tribunal administratif lui avait adressée le 7 septembre 2021, la société Pacific Alu Industrie a, par lettre du 15 septembre 2021, demandé au maire de la commune de Teva I Uta de lui communiquer le contrat conclu avec la société SOMALU, que le maire ne lui a transmis ce contrat que le 6 octobre 2021, soit le lendemain de l'audience devant le tribunal, et qu'elle l'a elle-même produit avec sa note en délibéré le 8 octobre suivant. Cette note contenait ainsi des éléments de fait dont la société Pacific Alu Industrie n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le tribunal ne pouvait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts. La société est donc fondée à soutenir qu'en s'abstenant de rouvrir l'instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans sa note en délibéré, le tribunal administratif a entaché son jugement d'irrégularité, et à demander l'annulation de ce jugement.
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de renvoyer l'affaire devant le Tribunal administratif de la Polynésie française pour qu'il soit à nouveau statué sur la demande de la société Pacific Alu Industrie.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la société Pacific Alu Industrie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que la commune de Teva I Uta et la société SOMALU demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de la société Pacific Alu Industrie présentées sur le fondement des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2000614 du Tribunal administratif de la Polynésie française du 19 octobre 2021 est annulé.
Article 2 : la société Pacific Alu Industrie est renvoyée devant le Tribunal administratif de la Polynésie française pour qu'il soit à nouveau statué sur la demande.
Article 3 : Les conclusions des parties, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la société Pacific Alu Industrie, à la commune de Teva I Uta et à la société Océanienne pour les Matériaux Aluminium.
Copie en sera adressée au ministre des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Célérier, président de chambre,
- M. Niollet, président-assesseur,
- Mme Labetoulle, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 avril 2022.
Le rapporteur,
J-C. NIOLLETLe président,
T. CELERIER
La greffière,
Z. SAADAOUI
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Polynésie française en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026