lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-23PA00906 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DARTOIS (AARPI CL AVOCATS) |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
L'association Ensemble pour la planète a demandé au Tribunal administratif de Nouvelle Calédonie, d'une part, d'annuler l'arrêté n° 3030-2021/ARR/DDDT du
2 novembre 2021 de la présidente de l'assemblée de la Province Sud autorisant la société Promed à exploiter au 27 bis rue des frères Terrasson à Nouméa un centre de traitement de déchets dangereux, de déchets non dangereux et de déchets d'activité de santé, ainsi que la décision implicite de rejet de sa demande de retrait de cet arrêté, d'autre part, d'enjoindre à la Province Sud de relocaliser l'incinérateur dans une zone éloignée des habitations, de réviser les valeurs limite de rejet pour les émissions atmosphériques de l'incinérateur et pour les effluents de la station d'épuration de l'incinérateur sur la base des meilleures techniques disponibles fixées par la Commission européenne, de réviser l'étude de danger en prenant en compte le périmètre de danger de la société SOGADEC, de réaliser une étude sur la ration alimentaire des habitants de la zone, indispensable à l'évaluation de leur exposition aux produits toxiques par voie alimentaire, de requérir des précisions sur les moyens financiers et humains que l'exploitant déploiera pour réhabiliter le site, enfin, subsidiairement, de réformer l'arrêté en corrigeant les prescriptions en matière de rejets atmosphériques, en complétant les prescriptions en matière de lutte contre les gaz à effet de serre ainsi que les prescriptions en matière d'effluents et d'intégrer les mesures de réduction et de compensation adéquates au regard des inconvénients de l'installation et de ses impacts résiduels.
Par une ordonnance n° 2300001 du 3 janvier 2023, le président du tribunal administratif de Nouvelle Calédonie a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 3 mars 2023 et un mémoire en réplique enregistré le
3 février 2024, l'association Ensemble pour la planète, représentée par le Cabinet Plaisant, demande à la Cour :
1°) d'annuler l'ordonnance n° 2300001 du 3 janvier 2023 du président du tribunal administratif de Nouvelle Calédonie ;
2°) de faire droit à ses conclusions de première instance ;
3°) de mettre à la charge de la Province Sud le versement de la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a qualité et intérêt à agir ;
- sa demande n'était pas tardive, contrairement à ce qu'a estimé le tribunal dès lors que sa requête n'est pas dirigée contre l'arrêté du 2 novembre 2021, mais contre le refus de la retirer ou de le réformer ;
- la célérité avec laquelle sa requête a été rejetée par le tribunal indique que celui-ci n'a pas examiné l'ensemble des éléments présentés ;
- elle a été privée d'un droit au recours effectif en violation de l'article 6-1 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- les dispositions métropolitaines relatives au délai de recours des tiers en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement doivent être applicables en Nouvelle Calédonie ;
- le tribunal a violé l'interdiction de juger infra petita, en violation de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative ;
- la demande n'était pas tardive dès lors que la décision implicite de rejet de son recours préalable par la Province Sud ne comportait pas l'indication des voies et délais de recours ;
- l'insuffisance de l'étude de dangers rendait nécessaire la réalisation d'une étude complémentaire en application de l'article 413-4 du code de l'environnement de la Province Sud ; les dangers relevés par la direction de l'industrie, des mines et l'énergie de Nouvelle Calédonie (DIMENC) devaient conduire à actualiser cette étude en application du principe de précaution ;
- l'étude d'impact écarte à tort tous dangers sur la qualité de l'air alors que l'autorisation d'exploiter permet de dépasser les nouvelles valeurs européennes limite en matière d'émission de particules fines ; le calcul du tonnage par jour de déchets dangereux traité par l'incinérateur est insuffisamment justifié ;
- la Province Sud aurait dû exiger la mise en œuvre de procédés moins polluants par un incinérateur situé en milieu urbanisé ;
- la Province Sud était tenue de fixer des valeurs limite pour les effluents qui seront déversés dans le lagon ;
- la Province Sud aurait dû recueillir l'avis des autorités sanitaires de Nouvelle Calédonie (DASS-NC) sur les risques d'exposition des populations résidentes aux polluants industriels et aux métaux lourds ; cette omission caractérise une insuffisance de l'étude d'impact ;
- le tribunal devait suspendre l'autorisation d'ouverture sur le fondement de l'article 416-6 du code de l'environnement de la Province Sud ;
- les risques de conflit d'intérêts auraient dû conduire la Province Sud à s'adresser à un bureau d'étude extérieur à la Nouvelle Calédonie pour garantir une expertise impartiale ;
- la Province Sud aurait dû exiger les éléments d'information sur les mesures mises en œuvre pour la réhabilitation des vestiges du patrimoine historique à laquelle le pétitionnaire s'était engagé ;
- l'ensemble de ces éléments auraient dû conduire le tribunal à enjoindre à la Province Sud de retirer ou réformer l'arrêté du 2 novembre 2021, sur le fondement de l'article 415-3 du code de l'environnement de la Province Sud 'en vue de corriger les prescriptions en matière de rejets atmosphériques, de compléter les prescriptions en matière d'effluents, et d'intégrer les mesures de réduction et de compensation adéquate au regard des inconvénients de l'installation et de ses impacts résiduels ;
- elle sollicite une expertise sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative, pour modéliser les effets sur les écosystèmes marins des rejets aqueux en continu dans la grande rade.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2024, la Province Sud représentée par Me Dartois, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association Ensemble pour la planète le versement de la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la demande est irrecevable faute d'intérêt à agir de l'association ;
- le recours était tardif comme l'a jugé à bon droit le tribunal ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement de la Province Sud ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Julliard,
- les conclusions de Mme Dégardin, rapporteure publique.
- et les observations de Me de Metz-Pazzis, représentant la Province Sud.
Considérant ce qui suit :
Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :
1. D'une part, l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que : " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée " et aux termes de l'article R. 421-2 dudit code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. ".
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. () " et aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : " 1° Lorsque la demande ne tend pas à l'adoption d'une décision présentant le caractère d'une décision individuelle () ".
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions de la requête de l'association tendant à l'annulation de la décision de rejet de la demande de retrait de l'arrêté du
2 novembre 2021 :
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 2 novembre 2021 a été publié au Journal officiel de la Nouvelle Calédonie le 11 novembre 2021 et que l'association requérante a adressé une demande de retrait de cet arrêté par courrier reçu le 14 octobre 2022 par la Province Sud. Par suite, ce recours gracieux, introduit postérieurement au délai de deux mois, ouvert à compter de la publication de l'arrêté litigieux, n'a pas eu pour effet d'interrompre les délais de recours contentieux à l'égard de cet arrêté. Il en résulte que c'est à bon droit que le tribunal a rejeté son recours comme tardif.
4. Par suite, c'est à bon droit que le président du tribunal a rejeté comme manifestement irrecevables, sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les conclusions de la requête de l'association Ensemble pour la planète tendant à l'annulation de la décision de rejet de la demande de retrait de l'arrêté du 2 novembre 2021, sans qu'elle puisse utilement se prévaloir de la violation de l'article 6-1 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions de la requête de l'association tendant à l'annulation des décisions de rejet de la demande de mise en œuvre des pouvoirs prévus par l'article 415-3 du code de l'environnement de la Province Sud et de suspension de l'exploitation de l'usine sur le fondement de l'article 416-6 du même code :
5. L'association Ensemble pour la planète soutient que les conclusions de sa requête tendaient également à l'annulation des décisions de rejet de ses demandes tendant à ce que la présidente de l'assemblée de la Province Sud mette en œuvre les pouvoirs qu'elle tient des dispositions de l'article 415-3 du code de l'environnement de la Province Sud et suspende l'exploitation de l'usine sur le fondement de l'article 416-6 du même code. Il ressort en effet de la première page de sa requête qu'elle y indique qu'elle est dirigée contre " la décision implicite de rejet de la province Sud opposée à la demande de retrait de l'arrêté du 2 novembre 2021, de suspension de l'autorisation, de relocalisation de l'installation d'incinération et de révision de ses prescriptions environnementales ". Par suite, dès lors que ces demandes présentées dans un courrier reçu par la Province Sud le 14 octobre 2022 ont fait naître une décision de rejet implicite le 14 décembre 2022, les conclusions de sa requête enregistrée au greffe du tribunal le 2 janvier 2023 n'étaient pas tardives. Il en résulte que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, le président du tribunal les a rejetées comme irrecevables.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'ordonnance attaquée en tant qu'elle a rejeté les conclusions de la requête de l'association Ensemble pour la planète tendant à l'annulation des décisions implicites de rejet de ses demandes tendant à ce que la présidente de l'assemblée de la Province Sud mette en œuvre les pouvoirs qu'elle tient des dispositions de l'article 415-3 du code de l'environnement de la Province Sud et suspende l'exploitation de l'usine sur le fondement de l'article 416-6 du même code, de renvoyer au tribunal administratif de Nouvelle Calédonie le jugement du litige et de rejeter le surplus des conclusions de la requête.
Sur les frais de l'instance :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'ordonnance n° 2300001 du 3 janvier 2023 du président du tribunal administratif de Nouvelle Calédonie est annulée en tant qu'elle a rejeté les conclusions de la requête de l'association Ensemble pour la planète tendant à l'annulation des décisions implicites de rejet de ses demandes tendant à ce que la présidente de l'assemblée de la Province Sud mette en œuvre les pouvoirs qu'elle tient des dispositions de l'article 415-3 du code de l'environnement de la Province Sud et suspende l'exploitation de l'usine sur le fondement de l'article 416-6 du même code.
Article 2 : L'affaire est renvoyée au tribunal administratif de Nouvelle Calédonie.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association Ensemble pour la planète est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la Province Sud présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à l'association Ensemble pour la planète et à la Province Sud.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Ivan Luben, président de chambre,
- Mme Marianne Julliard, première conseillère,
- Mme Gaëlle Mornet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.
La rapporteure,
M. JULLIARDLe président,
I. LUBEN
La greffière,
N. DAHMANI
La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
23PA00906
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026