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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA01774

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA01774

lundi 22 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA01774
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHAMPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme F B C a demandé au tribunal administratif de d'annuler l'arrêté du

24 octobre 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2226600/3-3 du 28 mars 2023, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 et le 28 avril 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 8 mars 2024, Mme B C, représentée par Me Champain, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Paris du 28 mars 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 24 octobre 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative qui sera versée à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le jugement est entaché d'une méconnaissance du principe du contradictoire en l'absence de communication du second mémoire du préfet de police ;

- il est entaché d'une omission à statuer sur le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié du caractère collégial de la délibération du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est entaché d'une omission à statuer sur le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire sont entachées d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreurs de droit, d'erreur de fait, d'erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux des pièces produites au dossier ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement.

Le préfet de police a produit un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Paris en date du 12 juin 2023, Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Julliard,

- et les observations de Me Champain, représentant Mme B C.

Une note en délibéré présentée pour Mme B C, par Me Champain, a été enregistrée le 4 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F B C, ressortissante tunisienne née le 16 décembre 1976, est entrée en France le 1er octobre 2021 selon ses déclarations. Le 25 avril 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 octobre 2022, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Mme B C relève appel du jugement du 28 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois () Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à Mme B C un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de police s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 6 octobre 2022, selon lequel si l'état de santé de la fille de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier d'un suivi adapté en Tunisie. Pour contester cet avis, Mme B C soutient que le traitement et le suivi médical requis par l'état de santé de sa fille mineure n'est pas disponible en Tunisie. Il ressort des pièces du dossier que la fille de Mme B C bénéficie actuellement d'un suivi régulier en France en endocrinologie et en hématologie pour une insuffisance gonadique périphérique causée par des médicaments administrés lors d'une allogreffe pratiquée en 2013 afin de traiter une myélodysplasie et que son traitement médicamenteux consiste en la prise de Fempsept. Il ressort également des pièces du dossier qu'elle doit faire régulièrement des échographies pelviennes et souffre de dorsalgies chroniques qui nécessitent des séances de kinésithérapie et d'ostéopathie. Le préfet de police a produit en première instance un document de la Direction de la Pharmacie et du Médicament du ministère de la santé tunisien indiquant que l'estradiol, substance active du Femsept, est disponible en Tunisie notamment sous forme de comprimés. Mme B C soutient toutefois que l'estradiol n'est pas disponible en Tunisie sous forme de patchs, seule forme du traitement prescrit à sa fille et produit à l'appui de ses allégations un certificat du

22 juin 2023 du docteur D, médecin endocrinologue au sein de l'Assistance publique -Hôpitaux de Paris, selon lequel le traitement de l'insuffisance gonadique de la fille de la requérante par patch d'estradiol - "voie transdermique uniquement et progestérone orale " - " ne semble pas être disponible facilement en Tunisie ", alors qu'il est indispensable à son bon développement pubertaire et osseux, avec un suivi endocrinologique tous les six mois jusqu'à l'âge adulte dans le centre de référence des maladies rares de la croissance, une attestation du

6 avril 2023 du docteur A qui certifie que les médicaments Oesclim et Femseptvo et " ni autre forme d'Estradiol en patch ne sont disponibles dans les pharmacies en Tunisie ", une attestation du 3 avril 2023 d'un pharmacien installé à Sfax, selon lequel les médicaments Oesclim et Femseptvo, ni autre forme d'Estradiol en patch ne sont disponibles auprès de la pharmacie centrale de Tunisie, " institution, détenant le monopole d'importation des médicaments, ni auprès des grossistes répartiteurs locaux ", une attestation identique du 16 mai 2023, délivrée par une pharmacie de Soliman ainsi qu'un certificat médical du 18 septembre 2023 d'un médecin généraliste, le docteur E, qui certifie que les mêmes médicaments ne sont pas disponibles auprès de la pharmacie centrale de Tunisie. Dans ces conditions, dès lors que le préfet de police n'apporte pas en appel la preuve contraire, ainsi qu'il le lui incombe, Mme B C est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité du jugement attaqué et de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B C est fondée soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2022 du préfet de police rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Les motifs du présent arrêt qui s'attachent à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 24 octobre 2022, impliquent nécessairement que le préfet de police délivre à

Mme B C une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent arrêt.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au conseil de Mme B C sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement n° 2226600/3-3 du tribunal administratif de Paris du 28 mars 2023 et l'arrêté du préfet de police du 24 octobre 2022, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B C une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition du présent arrêt.

Article 3 : L'Etat versera au conseil de Mme F B C une somme de 1 000 euros sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme F B C, au préfet de police et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience publique du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Ivan Luben, président de chambre,

- Mme Marianne Julliard, présidente-assesseure,

- Mme Gaëlle Mornet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La rapporteure,

M. JULLIARDLe président,

I. LUBEN

La greffière,

N. DAHMANI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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