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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-23PA03327

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-23PA03327

vendredi 29 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-23PA03327
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantHMS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

L'association " Groupement des radios associatives libres " a demandé à la cour administrative d'appel de Paris d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 9 octobre 2019 par lesquelles le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), devenu l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM), a rejeté sa demande d'autorisation d'exploiter le service de radio de catégorie A par voie hertzienne terrestre en mode numérique dénommé Emergence FM dans l'allotissement local de Bordeaux et a accordé une autorisation d'exploiter aux sociétés NRJ Réseau, Chérie FM Réseau et Radio Nostalgie Réseau, et d'enjoindre au CSA de réexaminer sa candidature sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de deux mois.

Par un arrêt n° 19PA04089 du 25 mars 2021, la cour administrative d'appel de Paris a rejeté sa demande.

Par une décision n° 453012 du 19 juillet 2023, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a annulé l'arrêt du 25 mars 2021 de la cour administrative d'appel de Paris et lui a renvoyé l'affaire.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, un mémoire de production et des mémoires enregistrés le 18 décembre 2019, les 3 janvier et 16 novembre 2020, et après cassation, le 30 janvier 2024, l'association " Groupement des radios associatives libres " (GRAL), représentée par la Selarl HMS Avocats, puis par la SCP Gaschignard, Loiseau, Massignon, avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, demande à la Cour :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 9 octobre 2019 par laquelle le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a rejeté sa candidature pour la diffusion du service de radio dénommé Emergence FM en catégorie A par voie hertzienne terrestre en mode numérique dans l'allotissement local de Bordeaux ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision n° 2019-469 du 9 octobre 2019 par laquelle le CSA a autorisé la SAS NRJ Réseau à exploiter un service de radio de catégorie C par voie hertzienne terrestre en mode numérique dénommé NRJ Bordeaux dans cet allotissement ;

3°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision n° 2019-470 du 9 octobre 2019 par laquelle le CSA a autorisé la SAS Chérie FM Réseau à exploiter un service de radio de catégorie C par voie hertzienne terrestre en mode numérique dénommé Chérie FM Bordeaux dans cet allotissement ;

4°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision n° 2019-471 du 9 octobre 2019 par laquelle le CSA a autorisé la SAS Radio Nostalgie Réseau à exploiter un service de radio de catégorie C par voie hertzienne terrestre en mode numérique dénommé Nostalgie Bordeaux dans cet allotissement ;

5°) d'enjoindre à l'ARCOM de réexaminer sa candidature dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'ARCOM le versement d'une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- elle abandonne les moyens qui ne sont pas repris dans son mémoire produit après cassation ;

- la procédure d'attribution des autorisations est entachée d'irrégularité dès lors que l'étude d'impact réalisée sur le fondement des articles 28-4 et 31 de la loi du 30 septembre 1986 est entachée d'insuffisances en ce qu'elle ne doit pas se limiter à l'impact économique de la délivrance de nouvelles autorisations, qu'elle est purement descriptive et n'a pas pris en compte les opérateurs de catégorie A ;

- le CSA a méconnu les impératifs prioritaires de diversification des opérateurs et de lutte contre les abus de position dominante en autorisant, dans la catégorie C, les radios NRJ Bordeaux, Chérie FM Réseau et Radio Nostalgie Réseau appartenant au groupe NRJ sur l'allotissement Bordeaux local alors que ces services de radio sont autorisés au titre de la catégorie D sur une couche métropolitaine et diffusent donc dans la zone de Bordeaux ; la circonstance que ces stations procèdent à des décrochages locaux est sans incidence dès lors qu'ils ne permettent que de diffuser de la publicité locale ;

- les critères mentionnés aux 6° et 7° de l'article 29 de la loi du 30 septembre 1986 s'appliquent à l'ensemble des autorisations pour l'usage des fréquences hertziennes ; en tout état de cause, la nécessaire préservation de la part des services associatifs découle des impératifs prioritaires relatifs à la sauvegarde de sauvegarde du pluralisme des courants d'expression socioculturels et de diversification des opérateurs ; le CSA a méconnu ces objectifs en n'attribuant des fréquences qu'à 9 associations seulement sur 63 services présents ou autorisés dans la zone de Bordeaux ;

- le critère tiré de la durée quotidienne du programme d'intérêt local (PIL) est inopérant dès lors que cette notion a été définie pour les conditions d'accès au marché publicitaire local pour les radios de catégories A, B et C mais ne donne aucune indication sur l'intérêt local des programmes ; en retenant ce critère pour départager les trois radios, le CSA a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation ;

- si le critère relatif aux informations et rubriques locales (IRL) est pertinent, le CSA a entaché sa décision d'une erreur de fait en considérant qu'Emergence FM ne propose que

2 heures d'IRL alors qu'elle en propose 4 ;

- en considérant que sa programmation musicale qui met en avant l'éclectisme des musiques électroniques était déjà représentée dans la zone, le CSA a commis une erreur d'appréciation dès lors que sa programmation musicale originale s'éloigne des standards commerciaux des radios Fun Radio (radio de chansons dancefloor ou latino), Virgin Radio (radio généraliste diffusant de la pop rock et de l'électro) et Radio Nova (radio spécialisée dans le rock alternatif, le pop-punk, la new wave, la techno et la pop anglaise).

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 mai 2020 et 11 janvier 2021, et après cassation, les 10 novembre 2023 et 11 avril 2024, le Conseil supérieur de l'audiovisuel devenu l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM), conclut au rejet de la requête.

L'ARCOM soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2020, et après cassation, le 29 mai 2024, la SAS NRJ Réseau, représentée par la SCP Spinozi et Sureau, avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, puis par Me Sureau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de l'association Groupement des radios associatives libres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2020, et après cassation, le 29 mai 2024, la SAS Chérie FM Réseau, représentée par la SCP Spinozi et Sureau, avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, puis par Me Sureau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de l'association Groupement des radios associatives libres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2020, et après cassation, le 29 mai 2024, la SAS Radio Nostalgie Réseau, représentée par la SCP Spinozi et Sureau, avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, puis par Me Sureau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de l'association Groupement des radios associatives libres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Julliard,

- les conclusions de Mme Dégardin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gaschignard, avocat de l'association " Groupement des radios associatives libres ".

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 28 mars 2018, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), devenu au 1er janvier 2022 l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM), a procédé à un appel à candidatures pour l'édition de services de radio multiplexés diffusés par voie hertzienne terrestre en mode numérique à temps complet ou partagé en bande III dans le ressort des comités territoriaux de l'audiovisuel de Toulouse et de Bordeaux. L'association " Groupement des radios associatives libres " demande à la Cour d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 9 octobre 2019 par lesquelles le CSA a rejeté sa demande d'autorisation d'exploiter le service de radio de catégorie A par voie hertzienne terrestre en mode numérique dénommé Emergence FM dans l'allotissement local de Bordeaux, ainsi que les décisions du même jour par lesquelles le CSA a accordé une autorisation d'exploiter aux sociétés NRJ Réseau, Chérie FM Réseau et Radio Nostalgie Réseau, et d'enjoindre à l'ARCOM de réexaminer sa candidature sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de deux mois.

2. Aux termes de l'article 28-4 de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, dans sa rédaction applicable au litige : " Préalablement aux attributions de droit d'usage de la ressource radioélectrique pour la diffusion en mode numérique de services de radio, le Conseil supérieur de l'audiovisuel procède à une consultation publique sur l'utilisation du spectre radioélectrique quand ces attributions sont susceptibles d'avoir un impact significatif sur le paysage radiophonique. Il rend publiques les conclusions de cette consultation. / () ". Aux termes de l'article 31 de la même loi, dans sa rédaction applicable : " Les autorisations relatives à l'usage de la ressource radioélectrique que le Conseil supérieur de l'audiovisuel peut accorder, dans les conditions prévues à la présente section, tiennent compte de la situation économique du marché des services de communication audiovisuelle concernés. / Si les décisions d'autorisation d'usage de la ressource radioélectrique sont susceptibles de modifier de façon importante le marché en cause, le Conseil supérieur de l'audiovisuel procède, préalablement au lancement des procédures prévues aux articles 29, 30, 30-1, 30-5 et 30-6, à une consultation publique. / () / Lorsqu'il procède aux consultations publiques prévues au deuxième alinéa et à l'article 28-4, le Conseil supérieur de l'audiovisuel procède également à une étude d'impact, notamment économique, des décisions d'autorisation d'usage de la ressource radioélectrique. Cette étude est rendue publique. / Si la consultation publique prévue au deuxième alinéa ou à l'article 28-4 ou l'étude d'impact prévue à l'avant-dernier alinéa du présent article font apparaître que la situation économique du marché des services de communication audiovisuelle concernés n'est pas favorable au lancement des procédures prévues aux articles 29, 29-1, 30-1, 30-5 et 30-6, le Conseil supérieur de l'audiovisuel peut différer ce lancement pour une durée maximale de deux ans, renouvelable une fois dans les mêmes conditions ". Il résulte des dispositions précitées de l'article 31, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 15 novembre 2013 relative à l'indépendance de l'audiovisuel public dont elles sont issues, que lorsqu'une étude d'impact est requise, cette étude, destinée à permettre au CSA d'apprécier notamment l'incidence économique de l'octroi de nouvelles autorisations d'usage de la ressource radioélectrique, doit porter, au minimum, sur les éléments économiques propres au marché des services de communication audiovisuelle concernés.

3. Il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'appel à candidatures du

28 mars 2018, le CSA a procédé, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, à une consultation publique sur l'utilisation du spectre radioélectrique et à une étude d'impact des décisions d'autorisation d'usage de la ressource radioélectrique, laquelle, complétant une étude d'impact antérieure, rappelle l'influence du niveau de l'équipement du public en récepteurs compatibles avec la radio numérique terrestre (RNT) sur l'évaluation des effets du déploiement de la RNT, étudie le potentiel d'enrichissement de l'offre radiophonique de l'allotissement étendu de Bordeaux et des allotissements locaux qui y sont inclus lié au déploiement de la RNT et, enfin, analyse la situation des marchés publicitaires locaux concernés.

4. L'association requérante soutient, en premier lieu, que la procédure d'attribution des autorisations est entachée d'irrégularité en raison des insuffisances dont serait entachée cette étude d'impact.

5. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article 31, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 15 novembre 2013 relative à l'indépendance de l'audiovisuel public dont elles sont issues, que lorsqu'une étude d'impact est requise, cette étude, destinée à permettre au CSA devenu l'ARCOM, d'apprécier notamment l'incidence économique de l'octroi de nouvelles autorisations d'usage de la ressource radioélectrique, doit porter, au minimum, sur les éléments économiques propres au marché des services de communication audiovisuelle concernés. L'association requérante ne saurait en revanche soutenir que l'étude d'impact serait entachée d'insuffisance faute d'envisager les impacts sociologiques, culturels, voire politiques, de la délivrance de nouvelles autorisations.

6. D'autre part, s'il ressort de cette étude d'impact qu'elle s'est bornée à procéder à une analyse des caractéristiques des marchés publicitaires locaux concernés en termes d'offres existantes, de parts d'audience et de marché publicitaire, l'association requérante ne saurait utilement soutenir qu'elle serait insuffisante faute de contenir d'analyse prospective, dès lors que cette étude a permis à l'autorité de vérifier qu'au vu de la situation économique, les conditions étaient réunies pour lancer la procédure d'attribution de nouvelles autorisations.

7. Enfin, l'association requérante fait valoir que l'étude d'impact est insuffisante en l'absence d'inclusion, dans le volet économique, des services de radio de catégorie A. Il ressort des pièces du dossier que l'étude en cause a exclu de son champ d'étude les services de catégorie A en se fondant sur la méthodologie des études d'impact des décisions d'autorisation d'usage de la ressource radioélectrique en bande III à l'échelle locale qui justifie que les radios de catégorie A ne font pas l'objet d'une analyse de leurs états financiers en raison du caractère limité des revenus qu'elles tirent des marchés publicitaires locaux, et non en raison des caractéristiques propres des services de radio de catégorie A dans la zone considérée. Par suite, l'association requérante est fondée à soutenir que l'étude d'impact en cause est entachée d'un vice de nature à exercer une influence sur le sens de la décision du CSA de ne pas différer le lancement de l'appel à candidatures envisagé.

8. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que sur les six services de radio en catégorie A autorisées en FM dans la zone de Bordeaux à la date de la réalisation de l'étude d'impact, deux d'entre elles ne diffusaient pas de publicités locales, une autre pouvait en diffuser 1 minute et 30 secondes par jour et trois autres étaient autorisées à en diffuser quotidiennement respectivement jusqu'à 6, 20 et 30 minutes et que la part des recettes publicitaires dans le budget global de ces six services de radio s'élevait à 4,2 % en moyenne en 2016 et à 3,9 % en 2015. De plus, l'ARCOM fait valoir que le poids des services de radios sur un marché publicitaire, déterminé en calculant leur part d'audience locale commercialisable (PDALC), ne peut être évalué lorsque la part d'audience d'un service n'est pas significative et que, lors des vagues de mesures par Médiamétrie en septembre 2015 - juin 2016 et septembre 2016 - juin 2017, tous les services de catégorie A autorisés dans les zones de Bordeaux et Arcachon, ont enregistré une part d'audience non significative, à l'exception du service Enjoy 33 dans la zone de Bordeaux. Dans ces conditions, il n'est pas établi que l'autorisation de nouveaux services de radio en catégorie A aurait un impact significatif sur la situation économique des radios déjà autorisées dans la zone considérée. Par suite, le CSA n'aurait pas pris de décision différente s'il avait pris en compte les éléments propres aux services de radios de catégorie A et l'insuffisance de l'étude d'impact ne saurait être regardée comme ayant exercé une influence sur le sens des décisions attaquées.

9. Aux termes de l'article 29-1 de la loi du 30 septembre 1986 : " Sous réserve des articles 26 et 30-7, la diffusion de services de radio par voie hertzienne terrestre en mode numérique est soumise aux dispositions qui suivent lorsque ces services utilisent une même ressource radioélectrique. () II. - Le Conseil supérieur de l'audiovisuel accorde les autorisations d'usage de la ressource radioélectrique aux éditeurs de services en appréciant l'intérêt de chaque projet au regard des impératifs prioritaires mentionnés à l'article 29 et des critères mentionnés aux 1° à 5° du même article. () ". Aux termes de l'article 29 de la même loi, le CSA " accorde les autorisations en appréciant l'intérêt de chaque projet pour le public, au regard des impératifs prioritaires que sont la sauvegarde du pluralisme des courants d'expression socio-culturels, la diversification des opérateurs, et la nécessité d'éviter les abus de position dominante ainsi que les pratiques entravant le libre exercice de la concurrence. Il tient également compte : 1° De l'expérience acquise par le candidat dans les activités de communication ; 2° Du financement et des perspectives d'exploitation du service notamment en fonction des possibilités de partage des ressources publicitaires entre les entreprises de presse écrite et les services de communication audiovisuelle ; 3° Des participations, directes ou indirectes, détenues par le candidat dans le capital d'une ou plusieurs régies publicitaires ou dans le capital d'une ou plusieurs entreprises éditrices de publications de presse ; 4° Pour les services dont les programmes comportent des émissions d'information politique et générale, des dispositions envisagées en vue de garantir le caractère pluraliste de l'expression des courants de pensée et d'opinion, l'honnêteté de l'information et son indépendance à l'égard des intérêts économiques des actionnaires, en particulier lorsque ceux-ci sont titulaires de marchés publics ou de délégations de service public ; 5° De la contribution à la production de programmes réalisés localement ; () ".

10. L'association requérante soutient, en deuxième lieu, qu'en accordant aux sociétés NRJ, Chérie FM et Radio Nostalgie, appartenant toutes au groupe NRJ, trois autorisations d'exploiter des services de catégorie C " DAB+ " dans la zone de Bordeaux alors qu'elles bénéficient déjà d'une autorisation d'exploiter des services de radios de catégorie D en DAB+ sur une couche métropolitaine, l'ARCOM a méconnu les impératifs prioritaires que sont la diversification des opérateurs et la lutte contre les abus de position dominante. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le groupe NRJ dispose sur la couche métropolitaine de sept autorisations correspondant à 12,7 % du total des autorisations délivrées aux radios privées. En outre, contrairement à ce que soutient l'association requérante, les décrochages locaux auxquels procèdent les radios de catégorie C ne se limitent pas à des messages publicitaires locaux. Le moyen doit être écarté.

11. En troisième lieu, l'association requérante ne peut utilement soutenir que le CSA aurait méconnu, d'une part, les dispositions du 6° de l'article 29 de la loi du 30 septembre 1986 aux termes desquels " Pour les services dont les programmes musicaux constituent une proportion importante de la programmation, des dispositions envisagées en faveur de la diversité musicale au regard, notamment, de la variété des œuvres, des interprètes, des nouveaux talents programmés et de leurs conditions de programmation " et, d'autre part, l'objectif également mentionné par ce même article et tiré de ce que, " sur l'ensemble du territoire, une part suffisante des ressources en fréquences soit attribuée aux services édités par une association et accomplissant une mission de communication sociale de proximité, entendue comme le fait de favoriser les échanges entre les groupes sociaux et culturels, l'expression des différents courants socioculturels, le soutien au développement local, la protection de l'environnement ou la lutte contre l'exclusion ", dès lors qu'en vertu du II de l'article 29-1 de la même loi, les autorisations de services de radio par voie hertzienne terrestre en mode numérique sont délivrées au regard des seuls impératifs prioritaires mentionnés à l'article 29 et des critères mentionnés aux 1° à 5° du même article.

12. L'association requérante soutient, en quatrième lieu, qu'en retenant le critère tiré de la durée quotidienne de diffusion du programme d'intérêt local pour départager les candidatures, le CSA a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation. Il ressort des pièces du dossier que le rejet de la candidature d'Emergence FM du 9 octobre 2019, est notamment fondé sur la circonstance que cette radio proposait de diffuser un programme d'intérêt local d'une durée quotidienne de 23 heures, durée inférieure à celle des programmes d'intérêt local proposés par quatre candidats retenus dans la même catégorie, Radio Nos Cultures, Radio Campus Bordeaux, Enjoy 33 et La Cité des Ondes, d'une durée quotidienne moyenne respective de 23h30, 23h34, 23h40 et 24 heures et que dès lors, Emergence FM s'avère susceptible de contribuer dans une moindre mesure à la sauvegarde du pluralisme des courants d'expression socioculturels que ces candidats. Contrairement à ce que soutient l'association requérante, le CSA pouvait légalement se fonder sur cet élément en application du 5° de l'article 29 de la loi de 1986 qui prévoit que les autorisations sont accordées en tenant compte notamment " de la contribution à la production de programmes réalisés localement ". Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation lequel n'est pas assorti de précision, ne peuvent qu'être écartés.

13. En cinquième lieu, l'association requérante soutient que le rejet de sa candidature est entaché d'erreur de fait quant à la durée de diffusion des informations et rubriques locales (IRL) dès lors qu'il a considéré qu'Emergence FM ne proposait que 2 heures d'IRL alors que l'annexe II de son dossier de candidature fait état de 2 heures d'IRL réalisés par le titulaire et 2 heures d'IRL fournies par un autre service de catégorie A autorisé dans le ressort du même CTA ou d'un CTA contigu. Toutefois, dès lors que l'association requérante n'établit ni même n'allègue que les informations issues du GRAL, groupes de radios limousines, seraient des informations spécifiques à la zone de Bordeaux, elle n'établit pas qu'en visant dans sa décision de rejet les 2 heures d'IRL diffusées par Emergence FM " pour la zone de Bordeaux ", à l'exclusion des deux heures de programme fournies par le GRAL, le CSA aurait entaché sa décision d'une erreur de fait.

14. L'association requérante soutient, enfin, qu'en considérant que sa programmation musicale, qui met en avant l'éclectisme des musiques électroniques, était déjà représentée dans la zone, le CSA a commis une erreur d'appréciation.

15. Il ressort du dossier de candidature que le service Emergence FM proposait un programme musical axé sur la dance-électro, accordant une place importante à la diffusion de titres nouveaux (entre 80 et 90%) émanant d'une " très large palette d'artistes électro, ainsi que des artistes venant d'autres univers musicaux qui empruntent rythmiques, boucles répétitives, nappes et autres ambiances sonores aux musiques électroniques ", que son projet éditorial était notamment de permettre la diffusion de " formes nouvelles de créations sonores " ou de toutes autres formes d'écritures et que le public visé était un public jeune-adulte. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que le genre musical " dance-électro " était déjà représenté par des services de radio autorisés à émettre par voie hertzienne terrestre en mode numérique sur une couche métropolitaine le 24 avril 2019 dont les programmes étaient par voie de conséquence reçus dans l'allotissement de Bordeaux local. Ainsi, le service Fun Radio diffuse un programme musical principalement axé sur la dance-électro (plus de 70%), comportant majoritairement des titres nouveaux et visant un public jeune et jeune-adulte (13-35 ans) et le service Virgin Radio consacre également son programme musical à la dance-électro à hauteur de 22 % avec une place importante à la diffusion de titres nouveaux qui vise aussi un public jeune-adulte (20-40 ans). En outre, le service Radio Nova Bordeaux autorisé sur l'allotissement étendu de Bordeaux et diffusé par voie de conséquence dans l'allotissement Bordeaux local propose également en partie de la dance-électro. Ainsi, eu égard à l'offre déjà diversifiée en matière de dance-électro proposée au public de l'allotissement Bordeaux local, et quand bien même la programmation musicale de Emergence FM s'éloignait des standards commerciaux de ce genre musical, le CSA n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la programmation musicale de ce service de radio était en partie représentée dans la zone.

16. Il résulte de tout ce qui précède que l'association requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du CSA du 9 octobre 2019 rejetant sa candidature à fin d'exploiter le service de radio de catégorie A dénommé Emergence FM par voie hertzienne terrestre en mode numérique dans l'allotissement local de Bordeaux et des décisions

nos 2019-469, 2019-470 et 2019-471 du CSA du même jour autorisant respectivement les services de radio de catégorie C NRJ Bordeaux, Chérie FM Bordeaux et Nostalgie Bordeaux à émettre dans cette zone. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de la requête de l'association Groupement des radios associatives libres entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais de l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ARCOM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande l'association Groupement des radios associatives libres au titre des frais de l'instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière la somme que demandent la SAS NRJ Réseau, la SAS Chérie FM Réseau et la SAS Radio Nostalgie Réseau au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Groupement des radios associatives libres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions des autres parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à l'association Groupement des radios associatives libres, à l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, à la SAS NRJ Réseau, à la SAS Chérie FM Réseau et à la SAS Radio Nostalgie Réseau.

Copie en sera adressée à la ministre de la culture.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Marianne Julliard, présidente,

- Mme Marie-Isabelle Labetoulle, première conseillère,

- Mme Mélanie Palis De Koninck, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

M. JULLIARD

L'assesseure la plus ancienne,

M-I. LABETOULLELa greffière,

N. DAHMANI

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

04/05/2026

CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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