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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA01400

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA01400

vendredi 17 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA01400
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMATTEI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société ADS Démantèlement Assainissement a notamment demandé au tribunal administratif de Montreuil, d’une part, de prononcer la résiliation des marchés de travaux publics n° 93 00011070/19 (lot n° 1) et n° 93 00011071/19 (lot n° 2) conclus le 9 avril 2019 avec l’Office public de l’habitat Seine-Saint-Denis Habitat et, d’autre part, de condamner l’Office à lui verser, avec intérêts au taux légal à compter du 26 octobre 2020, les sommes de 251 976,02 euros TTC au titre des travaux de désamiantage (lot n° 1) effectués selon le devis n° 19-026 A, de 556 576,80 euros TTC au titre des prestations d’installation, d’entretien et de gardiennage du chantier (lot n° 2) et de 90 000 euros à titre de dommages et intérêts du fait de l’arrêt du chantier.

Par un jugement n° 2108848 du 4 janvier 2024, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté la demande de la société ADS Démantèlement Assainissement.


Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2024, la société ADS Démantèlement Assainissement, représentée par Me Mattei, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement du 4 janvier 2024 du tribunal administratif de Montreuil ;

2°) de prononcer la résiliation des marchés de travaux publics n° 93 00011070/19 (lot n° 1) et n° 93 00011071/19 (lot n° 2) ;

3°) de condamner l’Office public de l’habitat Seine-Saint-Denis Habitat à lui verser, avec intérêts au taux légal à compter du 26 octobre 2020, les sommes de 251 976,02 euros TTC au titre des travaux de désamiantage effectués selon le devis n° 19-026 A, de 556 576,80 euros TTC au titre des prestations d’installation, d’entretien et de gardiennage du chantier et de 90 000 euros à titre de dommages et intérêts du fait de l’arrêt du chantier.

4°) de mettre à la charge de l’Office public de l’habitat Seine-Saint-Denis Habitat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que c’est à tort que le tribunal a rejeté sa demande indemnitaire comme irrecevable dès lors le courrier du 26 octobre 2020 fait office de mémoire en réclamation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, l’Office public de l’habitat Seine-Saint-Denis Habitat, représenté par Me Vandepoorter, demande à la cour :

1°) de rejeter la requête ;

2°) de mettre à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- la requête d’appel est tardive ;
- la requête d’appel est irrecevable en l’absence de conclusions dirigées contre le jugement du tribunal administratif de Montreuil ;
- la demande n’est pas fondée, en l’absence d’un mémoire en réclamation, postérieur au décompte de liquidation, qui respecte le formalisme nécessaire et qui aurait été communiqué au maître d’œuvre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales relatif aux marchés publics de travaux ;
- l’arrêté du 3 mars 2014 modifiant l’arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Laforêt, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Naudin, rapporteure publique,
- les observations de Me Goachet pour l’Office public de l’habitat Seine-Saint-Denis Habitat.


Considérant ce qui suit :

Dans le cadre d’un marché portant travaux de démolition d’un immeuble de 36 logements sociaux (R+8) à la cité « Le Clos Saint Lazare » à Stains, l’Office public de l’habitat Seine-Saint-Denis Habitat (OPH) a confié à la société ADS Démantèlement Assainissement, par deux actes d’engagement du 9 avril 2019, les lots n° 1 « Pré curage – désamiantage – curage » pour un montant de 548 904 euros HT et n° 2 « Démolition du bâtiment » pour un montant de 442 654, 64 euros HT. L’exécution des travaux, initialement fixée à quinze semaines à compter du 15 mai 2019, a été retardée en raison, notamment, de la découverte de nouveaux matériaux d’amiante. L’OPH a, par ordre de service du 16 septembre 2018, accordé un délai supplémentaire de huit semaines et augmenté le montant des lots de respectivement 593 504 euros HT et 71 356 euros HT. A la suite de nouveaux diagnostics d’amiante, la société ADS Démantèlement Assainissement a présenté quatre nouveaux devis pour un montant global de 863 297 euros HT. Après avoir accepté partiellement ces devis, l’OPH Seine-Saint-Denis Habitat a toutefois indiqué, par un courriel en date du 21 novembre 2019, suspendre temporairement la validation de ces devis. Par des courriers du 26 octobre 2020 la société ADS Démantèlement Assainissement a demandé notamment la résiliation des marchés et l’indemnisation de certains préjudices. Par un courrier du 11 juin 2021, reçu le 18 juin 2021, l’OPH a résilié pour faute les deux marchés et a notifié les décomptes de liquidation provisoire. La société ADS Démantèlement Assainissement a demandé au tribunal administratif de Montreuil la résiliation des deux lots et la condamnation de l’OPH à l’indemniser de divers préjudices. Par la présente requête, la société doit être regardée comme demandant l’annulation du jugement du 4 janvier 2024 qui rejette ses demandes.

Sur les conclusions aux fins de résiliation :

A supposer que la société ADS Démantèlement Assainissement persiste à demander la résiliation judiciaire des deux marchés la liant avec l’OPH, elle n’apporte aucun élément au soutien de sa requête d’appel permettant d’en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées, le tribunal administratif de Montreuil ayant par ailleurs constaté que les marchés en litige avaient déjà été résiliés avant même l’introduction de la demande de première instance.

Sur les conclusions indemnitaires :

D’une part, aux termes de l’article 45 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux), auquel se réfère le marché litigieux : « Le représentant du pouvoir adjudicateur peut mettre fin à l’exécution des prestations faisant l’objet du marché avant l’achèvement de celles-ci, soit de son fait ou de celui de son mandataire dans les conditions prévues à l’article 46.2, soit pour faute du titulaire dans les conditions prévues à l’article 46.3, soit dans le cas des circonstances particulières mentionnées à l’article 46.1. / Le pouvoir adjudicateur peut également mettre fin, à tout moment, à l’exécution des prestations pour un motif d’intérêt général. Dans ce cas, le titulaire a droit à être indemnisé du préjudice qu’il subit du fait de cette décision, selon les modalités prévues à l’article 46.4. / La décision de résiliation du marché est notifiée au titulaire. Sous réserve des dispositions particulières mentionnées à l’article 47, la résiliation prend effet à la date fixée dans la décision de résiliation ou, à défaut, à la date de sa notification. / Le règlement du marché est effectué alors selon les modalités prévues aux articles 13.3 et 13.4, sous réserve des stipulations de l’article 47. / L’article 46 précise, selon les cas, si le titulaire a droit à être indemnisé du fait de la décision de résiliation ». Aux termes de l’article 47 du CCAG-Travaux : « 47.2.1. En cas de résiliation du marché, une liquidation des comptes est effectuée. Le décompte de liquidation du marché, qui se substitue au décompte général prévu à l’article 13.4.2, est arrêté par décision du représentant du pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. / 47.2.3. Le décompte de liquidation est notifié au titulaire par le pouvoir adjudicateur, au plus tard deux mois suivant la date de signature du procès-verbal prévu à l’article 47.1.1. Cependant, lorsque le marché est résilié aux frais et risques du titulaire, le décompte de liquidation du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu’après règlement définitif du nouveau marché passé pour l’achèvement des travaux. Dans ce cas, il peut être procédé à une liquidation provisoire du marché, dans le respect de la règlementation en vigueur ».

D’autre part, aux termes de l’article 13 du CCAG-Travaux : « 13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. (…) 13.4.3. Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d’œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer ». L’article 50 du même CCAG-Travaux stipule : « 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d’œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d’œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n’ont pas fait l’objet d’un règlement définitif ».

Il résulte des stipulations précitées que les sommes correspondant aux éventuels préjudices subis par le cocontractant du fait d’une faute commise par la personne responsable du marché en cas de résiliation figurent au nombre des dépenses que doit comprendre le décompte de résiliation. Ces mêmes stipulations imposent une réclamation préalable en cas de différend avant saisine du juge administratif. Un mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme constituant une réclamation au sens du cahier des clauses administratives générales que s’il comporte l’énoncé d’un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d’une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d’autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées.


Ainsi qu’il a été indiqué au point 1, l’OPH a résilié pour faute les deux marchés en litige et a notifié les décomptes de liquidation provisoire par un courrier du 11 juin 2021, reçu le 18 juin 2021. Si la société ADS démantèlement Assainissement soutient, par une argumentation unique en appel, qu’elle a envoyé des courriers valant mémoires en réclamation le 26 octobre 2020, pour chacun des deux lots, ces courriers ont été, en tout état de cause, transmis antérieurement à la notification du décompte de liquidation et ne sauraient constituer des mémoires en réclamation à la suite des décomptes de liquidation. Au surplus, ces courriers qui avaient pour objet « résiliation du marché » et « mise en demeure », ne pouvaient constituer, au regard de leur contenu, des mémoires en réclamation motivés. La société ADS démantèlement Assainissement ne peut donc être regardée comme ayant contesté le décompte de liquidation, y compris sur le terrain indemnitaire, en adressant une réclamation préalable avant de saisir le juge administratif le 30 juin 2021.

Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de statuer sur la recevabilité de l’appel, la société ADS Démantèlement Assainissement n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Sur les frais liés au litige :

D’une part, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’OPH, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, verse une somme à la société ADS Démantèlement Assainissement au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D’autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société ADS Démantèlement Assainissement une somme de 1 500 euros au titre du même article.


DECIDE :


Article 1er : La requête de la société ADS Démantèlement Assainissement est rejetée.

Article 2 : La société ADS Démantèlement Assainissement versera à l’OPH une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société ADS Démantèlement Assainissement et à l’Office public de l’habitat Seine-Saint-Denis Habitat.

Délibéré après l’audience du 2 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Bonifacj, présidente de chambre,
- M. Niollet, président assesseur,
- M. Laforêt, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2025.

Le rapporteur,




E. Laforêt La présidente,




J. Bonifacj
La greffière,




A. Lounis
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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