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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA02576

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA02576

mercredi 2 avril 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA02576
TypeDécision
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a saisi le tribunal administratif de Paris d'une demande tendant à titre principal à l'annulation de l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Par un jugement n° 2405678/8 du 15 mai 2024, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2024, M. A, représenté par Me Boudjellal, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du 15 mai 2024 du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté mentionné ci-dessus du 9 février 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour mention "vie privée et familiale" ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est irrégulier pour insuffisance de motivation dans la réponse au moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa demande ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations du 2) et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet de police n'a pas examiné sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pagès a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 23 mai 2019, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet de police avait rejeté la demande de délivrance de titre de séjour de M. B A, ressortissant algérien né le 29 octobre 1985, l'avait obligé à quitter le territoire français et a enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé. En exécution de ce jugement, il a été muni, d'une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'au 13 juin 2023. Le 14 mars 2023, M. A a sollicité un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ainsi que son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 février 2024, le préfet de police a rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. A a saisi le tribunal administratif de Paris d'une demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Par un jugement du 15 mai 2024, dont M. A relève appel, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Comme il a été dit ci-dessus, le requérant a sollicité, outre le bénéfice des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, son admission exceptionnelle au séjour. Or, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police ne s'est pas prononcé sur cette admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, Monsieur A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen complet de sa demande et à demander, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, son annulation.

3. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent arrêt, eu égard au motif d'annulation retenu, n'implique pas nécessairement que le préfet de police délivre un titre de séjour au requérant mais seulement qu'il réexamine sa situation administrative. Il y a, dès lors, en vertu de l'article L. 911-2 du code de justice administrative d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent arrêt.

Sur les frais du litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1 : Le jugement n° 2405678/8 du 15 mai 2024 du tribunal administratif de Paris et l'arrêté du préfet de police du 9 février 2024 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation administrative de M. A dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent arrêt.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025 à laquelle siégeaient :

- Mme Bonifacj, présidente de chambre,

- M. Niollet, président assesseur,

- M. Pagès, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2025.

Le rapporteur,

D. PAGES La présidente,

J. BONIFACJ

La greffière,

E. TORDO

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24PA02576

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