vendredi 15 avril 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-20VE00838 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABANES NEVEU & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La commune de Saint-Cloud a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2017 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé sa carence au titre de la période triennale 2014-2016 en application de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation ou, à défaut, de réduire le taux de majoration fixé à 2,7% du prélèvement appliqué par logement manquant prévu à l'article L. 302-7 du même code.
Par un jugement n° 1801111 du 7 janvier 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et deux mémoires enregistrés le 5 mars 2020, le 21 juin 2021 et le 22 mars 2022, la commune de Saint-Cloud, représentée par Me Cabanes, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ou, à titre subsidiaire, de réduire le taux de prélèvement appliqué ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Saint-Cloud soutient que :
- la commission départementale réunie le 9 mai 2017 n'a pas pris en compte les éléments avancés par la commune pour justifier par des raisons objectives le non-respect de son obligation triennale, méconnaissant ainsi son office en privant la commune d'une garantie essentielle ;
- le tribunal a entaché le jugement attaqué de contradictions de motifs ;
- la commune a effectivement rencontré des difficultés liées à la rareté et au prix du foncier disponible, comme le démontrent le faible nombre de constructions nouvelles et de permis de construire délivrés et le faible accroissement de la population depuis 1968 ;
- il est démontré que les recours formés à l'encontre des permis de construire liés à du logement social ont compromis la réalisation de l'objectif fixé par le préfet ;
- la compétence pour réviser le PLU, qui a été révisé en 2012 et modifié en 2015, a été transférée à l'établissement public territorial ;
- deux projets devant permettre la construction de logements sociaux ont été abandonnés par l'Etat et le département ;
- contrairement à ce que soutient le préfet, le PLU actuel ne s'oppose pas à la construction de logements sociaux ;
- la commune a mis en œuvre une série d'instruments pour favoriser la construction de logements sociaux : des garanties d'emprunts ou subventions, la mise en œuvre du droit de préemption urbain, la signature d'une convention avec l'EPFIF, le soutien de projets de construction par des tiers ;
- la loi n° 2022 du 21 février 2022 dite " 3DS " du 21 février 2022 laisse plus de temps aux communes en difficulté avec l'accord du préfet pour remplir leurs objectifs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2021, le ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Colrat,
- les conclusions de Mme Margerit, rapporteur public,
- et les observations de Me Pezin pour la commune de Saint-Cloud.
Une note en délibéré présentée pour la commune de Saint-Cloud a été enregistrée le 1er avril 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 7 décembre 2017, le préfet des Hauts-de-Seine, après avoir constaté que les engagements pris en matière de réalisation de logements sociaux pour la période triennale 2014-2016 n'avaient pas été respectés, a prononcé la carence de la commune de Saint-Cloud en application de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation et a fixé à 2,7% le taux de majoration du prélèvement par logement manquant à compter du 1er janvier 2018 pour une durée de trois ans. La commune de Saint-Cloud fait appel du jugement du 7 janvier 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté et, à titre subsidiaire, à la modération du prélèvement.
2. En premier lieu, si la commune de Saint-Cloud soutient que les premiers juges ont lié des considérations de fait n'ayant rien à voir les unes avec les autres et tiré de ces constatations des conclusions qui manifestent l'existence d'erreurs de raisonnement ayant entaché la manière dont le tribunal a écarté certains moyens, susceptibles d'être censurées par le juge d'appel à l'occasion de l'examen des moyens soulevés par la commune, une telle argumentation ne démontre pas l'existence de contradiction entre les différents motifs du jugement. Le moyen tiré d'une telle contradiction doit, par suite, être écarté.
3. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation : " En tenant compte de l'importance de l'écart entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale échue, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé pris après avis du comité régional de l'habitat et de l'hébergement et, le cas échéant, après avis de la commission mentionnée aux II et III de l'article L. 302-9-1-1, prononcer la carence de la commune. Cet arrêté prévoit, pendant toute sa durée d'application, le transfert à l'Etat des droits de réservation mentionnés à l'article L. 441-1, dont dispose la commune sur des logements sociaux existants ou à livrer, et la suspension ou modification des conventions de réservation passées par elle avec les bailleurs gestionnaires, ainsi que l'obligation pour la commune de communiquer au représentant de l'Etat dans le département la liste des bailleurs et des logements concernés. Cet arrêté peut aussi prévoir les secteurs dans lesquels le représentant de l'Etat dans le département est compétent pour délivrer les autorisations d'utilisation et d'occupation du sol pour des catégories de constructions ou d'aménagements à usage de logements listées dans l'arrêté. ".
4. Aux termes de l'article L. 302-9-1-1 du code de la construction et de l'habitation : " I. Pour les communes n'ayant pas respecté la totalité de leur objectif triennal, le représentant de l'Etat dans le département réunit une commission chargée de l'examen du respect des obligations de réalisation de logements sociaux. Cette commission, présidée par le représentant de l'Etat dans le département, est composée du maire de la commune concernée, du président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière d'habitat si la commune est membre d'un tel établissement, des représentants des bailleurs sociaux présents sur le territoire de la commune et des représentants des associations et organisations dont l'un des objets est l'insertion ou le logement des personnes défavorisées, œuvrant dans le département. / Cette commission est chargée d'examiner les difficultés rencontrées par la commune l'ayant empêchée de remplir la totalité de ses objectifs, d'analyser les possibilités et les projets de réalisation de logements sociaux sur le territoire de la commune et de définir des solutions permettant d'atteindre ces objectifs. / Si la commission parvient à déterminer des possibilités de réalisation de logements sociaux correspondant à l'objectif triennal passé sur le territoire de la commune, elle peut recommander l'élaboration, pour la prochaine période triennale, d'un échéancier de réalisations de logements sociaux permettant, sans préjudice des obligations fixées au titre de la prochaine période triennale, de rattraper le retard accumulé au cours de la période triennale échue./ Si la commission parvient à la conclusion que la commune ne pouvait, pour des raisons objectives, respecter son obligation triennale, elle saisit, avec l'accord du maire concerné, une commission nationale placée auprès du ministre chargé du logement. ".
5. Il ressort du procès-verbal de la commission départementale, réunie le 9 mai 2017 en application des dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation, que les éléments exposés par le maire de Saint-Cloud pour expliquer les raisons qui, selon lui, n'ont pas permis à la commune de Saint-Cloud d'atteindre les objectifs fixés par le préfet des Hauts-de-Seine s'agissant de la construction de logements sociaux pour la période 2014-2016 ont été énumérés et analysés de façon précise et exhaustive. La commune de Saint-Cloud ne justifie pas précisément quelles omissions entacheraient le procès-verbal de cette réunion et seraient de nature à démontrer que le défaut de saisine de la commission nationale prévue par les dispositions précitées, si la commission départementale parvient à la conclusion que des raisons objectives ont empêché la commune de réaliser ses objectifs, entacherait l'arrêté litigieux d'une irrégularité procédurale.
6. Il résulte de l'instruction que le nombre de logements locatifs sociaux réalisés sur le territoire de la commune de Saint-Cloud au titre du bilan triennal 2014-2016 est de vingt-neuf pour un objectif de réalisation de cent-soixante-quatorze logements, soit un taux de réalisation de 16,7%. La commune de Saint-Cloud fait valoir que, malgré les efforts consentis pour mener une politique volontaire de création de logements respectueuse des objectifs légaux de mixité sociale de l'habitat, la rareté et le prix élevé du foncier, la multiplication des recours dirigés contre certains permis de construire, le transfert de la politique de l'habitat à l'établissement de coopération intercommunale auquel elle appartient et la défection de l'Etat pour mener à bien certains projets ont constitué des obstacles à la réalisation des objectifs qui lui ont été assignés en application des dispositions précitées. Toutefois, la commune de Saint-Cloud ne justifie pas avoir utilisé certains instruments comme l'inscription d'emplacements réservés au logement social, la mise en œuvre de quotas de logements sociaux dans les programmes immobiliers ou la mobilisation du programme local de l'habitat, fût-il transféré à l'établissement public territorial de Paris-Ouest La-Défense. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le retard pris dans la réalisation de logements sociaux dans le cadre de programmes de réhabilitation de deux bâtiments situés dans le domaine national de Saint-Cloud, dont la commune soutient qu'il serait imputable à l'Etat, ne saurait avoir eu un impact réel sur la période triennale 2014-2016 mais sur la période suivante. Enfin, la commune de Saint-Cloud ne peut utilement faire valoir certaines facilités introduites au bénéfice des communes en difficulté par la loi dite " 3DS " du 21 février 2022 pour conclure des contrats avec le préfet afin de justifier le faible taux de réalisation de ses objectifs au titre de la période triennale en cause. Par suite, en dépit du versement par la commune de subventions d'équipements et de surcharge foncière, la commune de Saint-Cloud, eu égard au très faible taux de réalisation des objectifs fixés et à la portée des difficultés alléguées, ne démontre pas que le constat de carence dressé par le préfet des Hauts-de-Seine serait entaché d'une erreur d'appréciation.
7. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le taux de majoration fixé à 2,7% en application l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation par le préfet des Hauts-de-Seine, après avoir constaté la carence de la commune, alors que la loi lui permettait de fixer un taux maximal de 5%, revêtirait un caractère disproportionné au regard du très faible taux de réalisation des objectifs fixés pour la période en cause. Par suite, les conclusions de la commune de Saint-Cloud tendant à la réduction du taux de majoration du prélèvement par logement manquant défini à l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation doivent être rejetées.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Saint-Cloud n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la commune de Saint-Cloud est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la commune de Saint-Cloud et au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2022, à laquelle siégeaient :
M. Even, président de chambre,
Mme Colrat, première conseillère,
M. Frémont, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2022.
La rapporteure,
S. COLRATLe président,
B. EVENLa greffière,
C. RICHARD
La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026