jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE02395 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP LACOURTE RAQUIN TATAR |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société par actions simplifiées (SAS) EDPR France Holding a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2018 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer une autorisation d'exploitation d'un parc éolien composé de six aérogénérateurs et d'un poste de livraison, au lieu-dit " Les Champs Tors ", sur le territoire de la commune d'Ermenonville-la-Grande.
Par un jugement n° 1802002 du 10 juin 2021, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 9 août 2021, la SAS EDPR France Holding, représentée par Me Guinot, avocat, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2018 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée ;
3°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir de lui délivrer l'autorisation sollicitée, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à défaut, de statuer sur la demande d'autorisation unique, dans le délai de deux mois, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;
4°) à titre préliminaire, que les membres de la formation de jugement se transportent sur les lieux pour procéder à toute constatation utile, dans le cadre des dispositions de l'article R. 622-1 du code de justice administrative ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, dès lors que la préfète d'Eure-et-Loir s'est crue liée par le schéma départemental éolien, sans porter une appréciation particulière sur la situation du parc et sans se prononcer sur la nature et l'ampleur de cette co-visibilité ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 511-1 du code de l'environnement, dès lors qu'à supposer même qu'existe une co-visibilité, elle est particulièrement faible et non de nature à porter atteinte à la conservation des perspectives offertes sur la cathédrale de Chartres ;
- il est entaché d'une autre erreur de droit et d'appréciation, dès lors que la préfète s'est fondée sur la méconnaissance par le projet en cause des recommandations d'Eurobats, qui sont dépourvues de caractère réglementaire et qu'elle n'a pas tenu compte des mesures de bridage de l'éolienne E2 proposées.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2022, la ministre de la transition écologique et solidaire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention concernant la protection du patrimoine mondial, naturel et culturel ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,
- et les observations de Me Gauthier, substituant Me Guinot, pour la SAS EDPR France Holding.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiées (SAS) EDPR France Holding a présenté le 15 décembre 2016 une demande d'autorisation d'exploiter un parc éolien de six aérogénérateurs et un poste de livraison au lieu-dit " Les Champs Tors " sur le territoire de la commune d'Ermenonville-la-Grande (Eure-et-Loir). Par un arrêté du 30 janvier 2018, la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de délivrer l'autorisation d'exploiter sollicitée. La SAS EDPR France Holding fait appel du jugement n° 1802002 du 10 juin 2021 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la seule circonstance que la préfète d'Eure-et-Loir se réfère dans ses écritures de première instance au schéma régional éolien n'est pas de nature à établir qu'elle en aurait fait une application mécanique, alors même que ce schéma n'est pas visé dans l'arrêté attaqué. En tout état de cause, à supposer même que les préconisations de ce document soient dépourvues de valeur réglementaire, aucun texte ni aucun principe ne fait obstacle à ce que l'autorité administrative se réfère à ces préconisations pour analyser les risques qu'un projet présente pour la conservation des sites et monument environnants. Par suite, le moyen tiré ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit sur ce point ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement dans sa version applicable au litige : " I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas. () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code dans sa version applicable au litige : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique.() ".
4. Il résulte de l'article L. 511-1 du code de l'environnement précité que l'exigence de protection des paysages induite par ces dispositions, qui est définie de façon très large, peut conduire à refuser une autorisation d'implantation d'éoliennes afin de préserver un paysage. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage au sens de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée puis d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
5. Il est constant que la cathédrale de Chartres, classée au titre des monuments historiques depuis 1862, a été classée au patrimoine mondial de l'Humanité sur le fondement de la convention concernant la protection du patrimoine mondial, naturel et culturel par l'UNESCO en 1979. Une déclaration de l'UNESCO de juillet 2017 insiste sur l'importance des vues lointaines de la cathédrale qui occupe une position remarquable dans le paysage de la plaine de la Beauce, sa silhouette étant observable à plus de 25 km aux alentours. Il résulte de l'instruction, et notamment du photomontage numéro 60 joint à l'étude paysagère élaborée par la société requérante, des photomontages n° 78 et 79 supplémentaires réalisés à la demande de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, et d'une carte des " Vues majeures sur la cathédrale et enjeu de co-visibilité " produite en première instance par la préfète d'Eure-et-Loir, qui répertorie l'ensemble des vues sur la cathédrale, que les éoliennes du projet litigieux, dont la plus proche est située à 14 km de la cathédrale de Chartres et dans la " zone de sensibilité forte du point de vue des enjeux de préservation de la cathédrale de Chartres " identifiée par le schéma éolien départemental d'Eure-et-Loir, seront en situation de co-visibilité avec celle-ci. Par suite, les éoliennes projetées porteraient atteinte à la conservation des perspectives offertes sur la cathédrale de Chartres et donc au paysage au sens des dispositions précitées des articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation ne peut donc qu'être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser de délivrer l'autorisation environnementale sollicitée, la préfète d'Eure-et-Loir s'est également fondée sur la circonstance très imprécise qu'un des six aérogénérateurs du projet est situé à 150 mètres d'une lisière forestière, en méconnaissance des recommandations de l'accord sur la conservation des populations de chauve-souris européennes (EUROBATS). Ce motif très général, qui se fonde sur la méconnaissance d'une simple recommandation dépourvue de valeur juridique et qui est sans incidence sur 5 des 6 aérogénérateurs, ne peut fonder la décision contestée. Il résulte cependant des pièces du dossier que la préfète aurait pris la même décision de refus d'autorisation en se fondant sur la seule atteinte à la conservation des perspectives offertes sur la cathédrale de Chartres et donc au paysage au sens des dispositions précitées des articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS EDPR France Holding n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté ses demandes. Par voie de conséquence, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une visite des lieux sur le fondement des dispositions de l'article R. 622-1 du code de justice administrative, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société EDPR France Holding est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société EDPR France Holding et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète d'Eure-et-Loir.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Even, président de chambre,
M. Mauny, président assesseur,
Mme Houllier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.
Le président-rapporteur,
B. A
L'assesseur le plus ancien,
O. MAUNY
La greffière,
C. RICHARD
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026