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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02535

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02535

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02535
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDUMAINE-MARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Me Michèle Lebossé, administrateur judiciaire, Mme D B et Mme A E ont demandé au tribunal administratif de Versailles, d'une part, d'annuler les délibérations du conseil municipal de Forges-les-Bains des 16 avril 2015 portant prescription du plan local d'urbanisme, 13 juin 2018 arrêtant le projet de révision du plan local d'urbanisme et 20 décembre 2018 portant approbation du plan local d'urbanisme révisé et, d'autre part, de donner acte à Me Lebossé, agissant en qualité d'administrateur provisoire de la succession de M. C de ce qu'elle demandera la réparation du préjudice subi par l'indivision, qui ne saurait être inférieur à 1 000 000 d'euros.

Par un jugement n° 1902082 du 28 juin 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 août 2021, le 6 février 2023, le 7 juin 2023 et le 25 septembre 2023, Me Michèle Lebossé, administrateur judiciaire, Mme D B et Mme A E, représentées par Me Dumaine-Martin, avocat, demandent à la cour, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler ces délibérations ainsi que, par voie de conséquence, la délibération du 6 juillet 2022 par laquelle le conseil municipal de Forges-les-Bains a approuvé la modification n° 1 du plan local d'urbanisme ;

3°) de donner acte à Me Lebossé, agissant en qualité d'administrateur provisoire de la succession de Monsieur C, de ce qu'elle demandera la réparation du préjudice subi par l'indivision, qui ne saurait être inférieur à 1 000 000 d'euros ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Forges-les-Bains la somme de 25 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Les requérantes soutiennent que :

- la délibération du 16 avril 2015 prescrivant la révision du plan local d'urbanisme est illégale dès lors que les objectifs de la révision n'ont pas été suffisamment définis ;

- la délibération du 13 juin 2018 tirant le bilan de la concertation et arrêtant le projet de révision du plan local d'urbanisme n'a pas été précédée d'une concertation suffisante;

- il n'est pas justifié de ce que les conseillers municipaux ont été convoqués dans les délais et ont obtenu une note explicative de synthèse préalablement à la séance du conseil municipal au cours de laquelle la délibération du 13 juin 2018 a été adoptée ;

- la délibération du 20 décembre 2018 a été prise au terme d'une procédure irrégulière faute pour les conseillers municipaux d'avoir été convoqués dans les délais et rendus destinataires d'une note de synthèse explicative suffisante, en méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;

- il n'est pas établi que la composition du dossier soumis à enquête publique est conforme à l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme aurait dû faire l'objet d'une procédure de modification et non de révision conformément aux articles L. 153-31 et suivants du code de l'urbanisme ;

- le classement des parcelles n° 449 et 487 en zone naturelle est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le zonage est contradictoire avec les orientations d'aménagement et de programmation ainsi qu'avec les objectifs fixés par le projet d'aménagement et de développement durables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, la commune de Forges-les-Bains, représentée par Me Guarrigues, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Me Lebossé et autres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable et que les moyens des requérantes ne sont pas fondés.

Me Lebossé et autres ont produit un mémoire le 8 octobre 2023 qui n'a pas été communiqué.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt à intervenir est susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés d'une part de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la délibération du 6 juillet 2022 comme nouvelles en appel et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions aux fins qu'il soit donné acte à Me Lebossé, agissant en qualité d'administrateur provisoire de la succession de Monsieur C, de ce qu'elle demandera la réparation du préjudice subi par l'indivision, qui ne saurait être inférieur à 1 000 000 d'euros, qu'il n'appartient pas au juge administratif de prononcer.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aventino,

- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,

- et les observations de Me Weiss, substituant Me Dumaine-Martin, pour les requérantes et de Me Garrigues pour la commune de Forges-les-Bains.

Considérant ce qui suit :

1. Le conseil municipal de Forges-les-Bains a, par une délibération du 16 avril 2015, prescrit la révision du plan local d'urbanisme de la commune. Par une délibération du 13 juin 2018, le conseil municipal a tiré le bilan de la concertation et approuvé le projet de plan local d'urbanisme révisé. Le conseil municipal de Forges-les-Bains a, par une délibération du 20 décembre 2018, approuvé la révision du plan local d'urbanisme, puis par une délibération du 6 juillet 2022 approuvé la modification n°1 du plan local d'urbanisme révisé. Me Lebossé et autres demandent à la cour d'annuler le jugement n° 1902082 du 28 juin 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté leur demande tendant à l'annulation des délibérations du conseil municipal de Forges-les-Bains des 16 avril 2015 portant prescription du plan local d'urbanisme, 13 juin 2018 arrêtant le projet de révision du plan local d'urbanisme et 20 décembre 2018 portant approbation du plan local d'urbanisme révisé et à ce qu'il soit donné acte à Me Lebossé, agissant en qualité d'administrateur provisoire de la succession de M. C de ce qu'elle demandera la réparation du préjudice subi par l'indivision, qui ne saurait être inférieur à 1 000 000 d'euros. Ils demandent à la cour l'annulation par voie de conséquence de la délibération du 6 juillet 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Les conclusions dirigées contre la décision du 6 juillet 2022 par laquelle le conseil municipal de Forges-les-Bains a approuvé la modification n°1 du plan local d'urbanisme ont été présentées pour la première fois en appel. Par suite, elles sont irrecevables.

3. En outre, il n'appartient pas au juge administratif de donner acte à Me Lebossé, agissant en qualité d'administrateur provisoire de la succession de Monsieur C, de ce qu'elle demandera la réparation du préjudice subi par l'indivision, qui ne saurait être inférieur à 1 000 000 d'euros. Par suite, ces conclusions sont irrecevables.

Sur le fond :

En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance de la concertation :

4. L'article L. 300-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction en vigueur à la date de la délibération du 16 avril 2015, dispose que : " I. ' Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° L'élaboration ou la révision du schéma de cohérence territoriale ou du plan local d'urbanisme ; () II. ' Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : () 2° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. () ". Il est précisé en outre au IV de ce même article que la légalité d'une délibération approuvant un plan local d'urbanisme ne saurait être contestée au regard des modalités de la concertation qui l'a précédée dès lors que celles-ci ont respecté les modalités définies par la délibération prescrivant l'élaboration de ce plan local d'urbanisme.

5. Il résulte de ces dispositions que l'adoption ou la révision du plan local d'urbanisme doit être précédée d'une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. Le conseil municipal doit, avant que ne soit engagée la concertation avec les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées, délibérer et au moins dans leurs grandes lignes, sur les objectifs poursuivis par la commune en projetant d'élaborer ou de réviser un document d'urbanisme, et sur les modalités de la concertation. La méconnaissance de cette obligation est de nature à entraîner l'illégalité du document d'urbanisme approuvé. Si cette délibération est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir, son illégalité ne peut, en revanche, eu égard à son objet et à sa portée, être utilement invoquée contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. Ainsi que le prévoit l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme précité, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par cet article et par la délibération prescrivant la révision du document d'urbanisme demeurent par ailleurs invocables à l'occasion d'un recours contre le plan local d'urbanisme approuvé.

6. Dès lors, en premier lieu, le moyen tiré de ce que la délibération du 16 avril 2015 portant prescription de la révision du plan local d'urbanisme fixe des objectifs de celle-ci qui ne sont pas suffisamment définis doit être écarté comme étant inopérant.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que le projet de plan local d'urbanisme, tel que soumis à la concertation et arrêté par une première délibération du 19 décembre 2017, a ensuite fait l'objet de modifications portant notamment sur les orientations d'aménagement et de programmation, avant d'être arrêté par une nouvelle délibération du conseil municipal du 13 juin 2018 à l'issue d'une concertation de nouveau ouverte par la délibération du 19 mars 2018 ayant rapporté la délibération du 19 décembre 2017. Il ressort également du procès-verbal de la séance du conseil municipal de Forges-les-Bains du 13 juin 2018 et d'un courriel d'une association de la commune qu'une rencontre informelle avec une vingtaine d'habitants du Hameau d'Ardillières a eu lieu préalablement à cette séance, pour échanger sur l'orientation d'aménagement et de programmation concernant ce secteur. Au surplus, il ressort des modifications opérées, portant sur deux orientations d'aménagement et de programmation, l'une supprimée et l'autre amendée, ainsi que sur quelques évolutions de zonage et l'extension de certaines dispositions sur les clôtures dans le règlement, que les modifications ainsi apportées au projet de plan local d'urbanisme ne portaient pas atteinte à l'économie générale de celui-ci et, par suite, ne rendaient pas nécessaire une nouvelle concertation avant que le projet soit à nouveau arrêté par le conseil municipal en vue d'être soumis à enquête publique. Le moyen tiré de l'insuffisance de la concertation doit donc être écarté.

En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales :

8. Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. (). ".

9. Un requérant qui soutient que les délais légaux d'envoi des convocations à un conseil municipal n'ont pas été respectés alors que, selon les mentions du registre des délibérations du conseil municipal, ces délais ont été respectés, doit apporter des éléments circonstanciés au soutien de son moyen. En l'absence de tels éléments, ses allégations ne sauraient conduire à remettre en cause les mentions factuelles précises du registre des délibérations qui, au demeurant, font foi jusqu'à preuve du contraire.

10. En premier lieu, il ressort des indications figurant dans le procès-verbal de la séance du conseil municipal du 13 juin 2018, signé par la maire, que les conseillers municipaux de Forges-les-Bains ont été convoqués le 5 juin 2018 et que " tous les élus ont pu disposer de l'ensemble du dossier du projet ainsi que d'un tableau retraçant les évolutions apportées, depuis le premier arrêt, ceci afin de faciliter la lecture et la compréhension. ". Cette même date de convocation est précisée dans le courrier de convocation produit et figure également dans l'extrait du registre des délibérations lequel fait foi jusqu'à preuve du contraire. La production d'une copie de la note de synthèse que la commune déclare avoir adressée aux conseillers municipaux retrace la chronologie de la procédure et indique qu'un lien de téléchargement des pièces du dossier sera adressé aux élus. Cette dernière transmission effectuée par courriel le 6 juin 2018 a permis aux conseillers municipaux de bénéficier d'une information suffisante pour exercer utilement leur mandat. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales par la délibération du 13 juin 2018 doit être écarté dans ses deux branches.

11. En second lieu, il ressort des indications figurant dans le procès-verbal de la séance du conseil municipal du 20 décembre 2018, que les conseillers municipaux de Forges-les-Bains ont été convoqués le 13 décembre précédant à leur domicile. Par ailleurs, ainsi que le précisent les convocations et les termes de l'extrait du registre des délibérations, les conseillers municipaux ont été convoqués le 13 décembre 2018 à cette séance. Il ressort en outre des pièces du dossier que la convocation des conseillers municipaux était accompagnée d'une note de synthèse qui comportait un lien de téléchargement permettant aux élus d'accéder au rapport et conclusions du commissaire enquêteur, ainsi qu'aux tableaux de la commune synthétisant les réponses apportées par la commune à ces conclusions et aux observations des personnes publiques associées. Par un courriel séparé du 13 décembre 2018, la commune a également adressé aux conseillers municipaux deux liens permettant d'accéder à l'ensemble des documents composant le projet du plan local d'urbanisme à approuver. Dès lors, les conseillers municipaux doivent être regardés comme ayant bénéficié d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Il en résulte que le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales par la délibération du 20 décembre 2018 doit être écarté dans ses deux branches.

En ce qui concerne le contenu du dossier soumis à enquête publique :

12. Aux termes de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique est composé des pièces mentionnées à l'article R. 123-8 du code de l'environnement et comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure. Il peut, en outre, comprendre tout ou partie des pièces portées à la connaissance de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou de la commune par le préfet. ".

13. Si les requérants soutiennent qu'il devra être produit toutes justifications sur la composition du dossier soumis à l'enquête publique, au regard des dispositions de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la procédure de révision du plan local d'urbanisme :

14. Aux termes de l'article L. 153-31 du code de l'urbanisme, dans sa version alors applicable : " Le plan local d'urbanisme est révisé lorsque () la commune décide : / 1° Soit de changer les orientations définies par le projet d'aménagement et de développement durables ; / 2° Soit de réduire un espace boisé classé, une zone agricole ou une zone naturelle et forestière ; / 3° Soit de réduire une protection édictée en raison des risques de nuisance, de la qualité des sites, des paysages ou des milieux naturels, ou d'une évolution de nature à induire de graves risques de nuisance. () ". Aux termes de l'article L. 153-36 du même code : " Sous réserve des cas où une révision s'impose en application de l'article L. 153-31, le plan local d'urbanisme est modifié lorsque () la commune décide de modifier le règlement, les orientations d'aménagement et de programmation ou le programme d'orientations et d'actions ".

15. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport de présentation, que les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du plan local d'urbanisme relatives notamment à la protection des espaces naturels et à l'urbanisme maîtrisé ont été renforcées et précisées, afin de prendre en compte les dispositions de la charte du Parc naturel régional de la Haute vallée de Chevreuse et les orientations du Schéma directeur de la région d'Ile-de-France. Ce PADD fixe ainsi un nouvel objectif de réalisation de 150 logements par comblement des dents creuses et identifie plusieurs sites devant recevoir des opérations d'ensemble traduites en secteur à orientations d'aménagement et de programmation. La régularité de la procédure de révision mise en œuvre ne saurait ainsi s'apprécier qu'au regard de la seule évolution du classement en zone naturelle des parcelles en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité administrative aurait dû recourir à une procédure de modification du plan local d'urbanisme en application des dispositions précitées des articles L. 153-31 et L. 153-36 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne la cohérence des documents composant le plan local d'urbanisme :

16. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

17. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

18. Il ressort du rapport de présentation du plan local d'urbanisme litigieux que les auteurs de ce dernier ont prévu, afin de permettre la construction d'environ 150 logements à l'horizon 2030, de développer l'habitat exclusivement par la densification de zones déjà urbanisées. Si les requérants soutiennent que le zonage du plan litigieux, en modifiant le classement des parcelles dont ils sont propriétaires en zone naturelle, n'est pas cohérent avec l'orientation consistant à urbaniser les dents creuses, cet objectif doit en tout état de cause s'articuler avec celui de protéger et valoriser les espaces boisés. Ainsi, les zones choisies pour développer l'urbanisation l'ont été en tenant compte des impacts sur les espaces naturels et sur les capacités d'accueil des hameaux. Dès lors, le moyen tiré de ce que le règlement ne serait pas cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité du classement des parcelles anciennement cadastrées D 449 et D 487 :

19. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ". Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

20. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation, sur ces différents points, ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

21. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles anciennement cadastrées D 449 et D 487 ont été classées en zone naturelle. La zone N du règlement du plan local d'urbanisme contesté correspond aux " espaces naturels boisés de grande qualité et aux espaces paysagers à valoriser ", en conformité avec le projet d'aménagement et de développement durables qui fixe comme orientation " La protection et valorisation des espaces naturels " dont les espaces boisés. Le rapport de présentation justifie que ces parcelles anciennement classées pour partie en zone UB sur lesquelles se situent des boisements sont reclassées en zone naturelle pour " s'assurer de la préservation de la zone de lisière boisée et concentrer le développement de nouvelles habitations en particulier au plus près du centre du hameau ". S'il est en outre constant que ces parcelles sont desservies par la rue de Chantereine, sont situées en périphérie du centre du hameau d'Ardillières, qui est peu urbanisé et sont situées à proximité de parcelles bâties au Sud et à l'Ouest, elles jouxtent une vaste zone boisée, sont elles-mêmes boisées et ne supportent aucune construction. La seule circonstance que ces parcelles ont pu, sous l'empire d'un précédent document d'urbanisme, être classées pour partie dans les zones urbanisées de la commune ne fait pas obstacle à ce qu'elles puissent être classées pour l'avenir en zone naturelle. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la circonstance que les espèces végétales présentes sur les terrains ne présenteraient pas d'intérêt particulier justifiant leur préservation et que la commune bénéficie d'une zone naturelle étendue alors que le hameau d'Ardillières est éloigné de toute zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique, ne serait pas inclus dans le périmètre d'un espace naturel sensible et ne ferait pas partie de la trame verte et bleue visée dans le schéma régional de cohérence écologique d'Ile-de-France est sans incidence sur la légalité de ce classement. Par suite, les moyens tirés de l'existence d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation concernant le classement de ces parcelles en zone naturelle doivent être écartés.

22. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune tirée de l'irrecevabilité de la requête d'appel, que Me Lebossé et autres ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté leurs demandes.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Forges-les-Bains, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Me Lebossé et autres demandent à ce titre. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de Me Lebossé et autres une somme globale de 1 500 euros à verser à la commune de Forges-les-Bains sur le fondement des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Me Lebossé, Mme B et Mme E est rejetée.

Article 2 : Me Michèle Lebossé, Mme B et Mme E verseront une somme globale de 1 500 euros à la commune de Forges-les-Bains en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Me Michèle Lebossé, à Mme D B, à Mme A E et à la commune de Forges-les-Bains.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Even, président de chambre,

Mme Aventino, première conseillère,

M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

La rapporteure,

B. AVENTINOLe président,

B. EVEN

La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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