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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02712

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02712

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02712
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

I. La commune de Saint-Germain-en-Laye a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Yvelines a refusé de faire droit à sa demande tendant, d'une part, à l'indemnisation des sommes indûment prélevées sur ses recettes fiscales au titre du prélèvement au fonds national de garantie individuelle des ressources (FNGIR) des années 2011 à 2018, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 128 688 euros en réparation du préjudice subi à raison de la surévaluation fautive du montant de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), assortie des intérêts de retard au taux légal avec capitalisation des intérêts et revalorisation annuelle pour tenir compte du taux d'inflation, d'enjoindre à l'Etat de procéder au réajustement du montant de prélèvement FNGIR pour les années à venir, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

II. La commune de Saint-Germain-en-Laye a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler la décision, révélée à l'expiration du mois de décembre 2019, fixant le montant définitif de prélèvement opéré au titre du FNGIR 2019, à la somme de 7 390 245 euros indûment majorée de la somme de 1 391 086 euros, d'enjoindre à l'Etat de procéder au reversement de la somme de 1 391 086 euros au titre du FNGIR 2019, d'enjoindre à l'Etat de procéder au recalcul du montant de prélèvement opéré au titre du FNGIR 2019 pour les années à venir en tenant compte d'un montant de CVAE diminué de la somme de 1 391 086 euros diminuant d'autant le montant de FNGIR légalement dû, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

III. La commune de Saint-Germain-en-Laye a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler la décision du 16 janvier 2020 par laquelle le préfet des Yvelines a fixé le montant provisoire de prélèvement opéré au titre du FNGIR pour l'année 2020 à la somme de 7 390 245 euros, indûment majorée de la somme de 1 391 086 euros, et la décision du 17 avril 2020 fixant le montant du prélèvement définitif du FNGIR pour l'exercice 2020 à la somme de 7 390 245 euros, d'enjoindre à l'Etat de procéder au versement de la somme de 1 391 086 euros au titre du FNGIR 2020, d'enjoindre à l'Etat de procéder au recalcul du montant de prélèvement opéré au titre du FNGIR pour les années à venir en tenant compte d'un montant de CVAE diminué de la somme de 1 391 086 euros, diminuant d'autant le montant du prélèvement de FNGIR légalement dû, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 1807611, 2002228, 2002362 du 13 juillet 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté les demandes de la commune de Saint-Germain-en-Laye.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 septembre 2021 et le 20 juillet 2023, la commune de Saint-Germain-en-Laye, représentée par Me Seban avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler ces décisions ;

3°) de condamner l'Etat, en réparation du préjudice subi compte tenu de la surévaluation fautive du montant de CVAE commise dans le calcul du prélèvement de FNGIR de la commune des années 2011 à 2018, le versement à la commune de Saint-Germain-en-Laye de la somme de 11 128 688 euros indûment prélevée sur ses recettes fiscales au titre du prélèvement du FNGIR des années 2011 à 2018, assortie des intérêts sur les sommes dues au taux légal, ainsi que la capitalisation de ces intérêts, auxquels il conviendra d'ajouter la revalorisation annuelle tenant compte du taux de l'inflation ;

4°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au réajustement du montant de prélèvement de FNGIR de la commune des années à venir, pour tenir compte de l'erreur de calcul, par la suppression du montant pris en compte au titre du produit exceptionnel dans le montant de la CVAE, commise dans l'assiette prise en compte dans le panier de ressources théoriques de la commune et la répercussion de cette erreur dans le montant du prélèvement de FNGIR depuis 2011 ;

5°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au versement de la somme de 1 391 086 euros au titre du FNGIR 2019 et au versement de la somme de 1 391 086 euros au titre du FNGIR 2020 assortie des intérêts sur les sommes dues au taux légal ainsi que la capitalisation de ces intérêts, en ajoutant la revalorisation annuelle tenant compte du taux de l'inflation ;

6°) d'enjoindre à l'Etat de procéder au recalcul du montant de prélèvement opéré au titre du FNGIR pour les années à venir en tenant compte d'un montant de CVAE diminué de la somme de 1 391 086 euros diminuant d'autant le prélèvement de FNGIR légalement dû ;

7°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- le jugement est irrégulier dès lors qu'il ne fait pas mention de l'audience du 9 mars 2021 ;

- il est irrégulier en ce que les premiers juges ont commis une erreur dans l'identification des moyens invoqués ;

- ses requêtes n'ont pas eu pour objet de contester la régularité des actes de notification au regard de l'article 1586 sexies du code général des impôts (CGI) ou d'exciper de l'illégalité de la décision imposant à la société Cerestar à la CVAE au titre de l'exercice 2010 ;

- les requêtes n° 2002228 et 2002362 se bornent au contraire à démontrer l'irrégularité fautive de la décision de l'Etat s'agissant du montant du FNGIR pour les années 2019 et 2020 au regard de l'erreur de calcul du panier de ressources théoriques en 2010 du fait de la prise en compte d'un montant surévalué de CVAE pour parvenir au montant notifié ;

- le jugement est entaché d'une erreur de droit, d'une part, en ce qu'il a considéré que le délai de reprise était fixé au 30 juin 2011, d'autre part, en ce qu'il n'a pas pris en compte les circonstances particulières qui auraient dû alerter l'administration et la conduire à rectifier le montant du FNGIR ;

- l'Etat a commis une erreur fautive dans l'établissement du FNGIR ;

- la commune maintient l'ensemble des moyens et arguments déjà développés devant le tribunal administratif en première instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022 le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 octobre 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôt et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2009-1673 du 30 décembre 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cozic,

- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,

- et les observations de Me Davrainville pour la commune de Saint-Germain-en-Laye.

Une note en délibéré présentée pour la commune de Saint-Germain-en-Laye a été enregistrée le 4 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Saint-Germain-en-Laye a, par un courrier du 3 juillet 2018, adressé au préfet des Yvelines une demande tendant à lui verser la somme de 11 128 688 euros, en réparation du préjudice allégué, résultant selon elle de l'erreur commise par l'administration fiscale dans le calcul de l'assiette de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) prise en compte dans la détermination du montant du prélèvement du fonds national de garantie individuelle de ressources (FNGIR) pour les années 2011 à 2018. Par ce même courrier, la commune de Saint-Germain-en-Laye a également demandé au préfet des Yvelines de procéder au réajustement du montant du prélèvement de FNGIR pour les années suivantes. L'administration ayant conservé le silence durant plus de deux mois suivant la réception de cette demande, celle-ci a été implicitement rejetée. Par une demande enregistrée sous le n° 1807611, la commune a sollicité du tribunal administratif de Versailles l'annulation de cette décision, et la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 11 128 688 euros en réparation des préjudices allégués, assortie des intérêts au taux légal et la capitalisation des intérêts. Par une seconde demande enregistrée sous le n°2002228, la commune de Saint-Germain-en-Laye a sollicité du tribunal administratif l'annulation de la décision de fixer le montant du prélèvement définitif du FNGIR pour l'exercice 2019, révélée par les prélèvements opérés mensuellement sur les douzièmes de fiscalité versés par l'Etat, s'élevant à la somme de 7 390 245 euros. Enfin, par une demande enregistrée sous le n°2002362, la commune de Saint-Germain-en-Laye a sollicité du tribunal administratif de Versailles l'annulation de la décision du 16 janvier 2020 par laquelle le préfet des Yvelines a fixé à 7 390 245 euros le montant du prélèvement provisoire FNGIR pour l'exercice 2020. Le tribunal administratif de Versailles a joint ces trois requêtes et les a rejetées par un jugement du 13 juillet 2021. Dans sa requête, la commune de Saint-Germain-en-Laye demande à la cour d'annuler ce jugement et de faire droit à ses demandes.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 741-2 du code de justice administrative : " La décision mentionne que l'audience a été publique, sauf s'il a été fait application des dispositions de l'article L. 731-1. Dans ce dernier cas, il est mentionné que l'audience a eu lieu ou s'est poursuivie hors la présence du public. / Elle contient le nom des parties, l'analyse des conclusions et mémoires ainsi que les visas des dispositions législatives ou réglementaires dont elle fait application. / Mention y est faite que le rapporteur et le rapporteur public et, s'il y a lieu, les parties, leurs mandataires ou défenseurs ainsi que toute personne entendue sur décision du président en vertu du troisième alinéa de l'article R. 732-1 ont été entendus. / Lorsque, en application de l'article R. 732-1-1, le rapporteur public a été dispensé de prononcer des conclusions, mention en est faite. / Mention est également faite de la production d'une note en délibéré. / La décision fait apparaître la date de l'audience et la date à laquelle elle a été prononcée. ".

3. Les dispositions précitées de l'article R. 741-2 du code de justice administrative recensent l'ensemble des mentions substantielles que doit comporter une décision, sous peine d'irrégularité. Parmi ces mentions ne figurent pas celles relatives à d'éventuelles audiences précédentes à l'issue desquelles l'affaire aurait été rayée et l'instruction rouverte. Par suite, la circonstance que le jugement attaqué ne vise pas la première audience, qui a eu lieu le 9 mars 2021 et au cours de laquelle ont été examinées les requêtes de la commune de Saint-Germain-en-Laye, est sans incidence sur sa régularité.

4. En second lieu, la commune soutient que le tribunal s'est mépris sur la portée et le contenu de certains moyens invoqués par elle dans les instances enregistrées sous les n° 2002228 et 2002362. Ce faisant, la commune n'invoque ni ne se prévaut d'aucune erreur sur la portée de ses conclusions, ni d'un défaut de réponse à l'un des moyens par elle invoqués, mais demande à la cour d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis. Or un tel examen ne relève pas de l'office du juge d'appel, qui doit se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée, dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, la commune requérante ne peut utilement se prévaloir de l'erreur qu'auraient commis les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué sur le terrain de la régularité.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement ou de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard d'une collectivité territoriale ou de toute autre personne publique si elle lui a directement causé un préjudice. Un tel préjudice peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et notamment du fait de ne pas avoir perçu des impôts ou taxes qui auraient dû être mis en recouvrement. L'administration peut invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur d'indemnité, comme cause d'atténuation ou d'exonération de sa responsabilité.

6. D'une part, aux termes de l'article 1640 B du code général des impôts, dans sa rédaction initiale, issue du point 4.1 de l'article 2 de la loi du 30 décembre 2009 de finances pour 2010 : " () II. - 1. a) () les collectivités territoriales, à l'exception de la région Ile-de-France, et les établissements publics de coopération intercommunale dotés d'une fiscalité propre reçoivent au titre de l'année 2010, en lieu et place du produit de la taxe professionnelle, une compensation relais. / Le montant de cette compensation relais est, pour chaque collectivité ou établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, égal au plus élevé des deux montants suivants : - le produit de la taxe professionnelle qui résulterait pour cette collectivité territoriale ou cet établissement public de l'application, au titre de l'année 2010, des dispositions relatives à cette taxe dans leur version en vigueur au 31 décembre 2009. () / - le produit de la taxe professionnelle de la collectivité territoriale ou de l'établissement public au titre de l'année 2009. / (). III. Les services fiscaux opèrent sur les bases de taxe professionnelle de 2010 les contrôles qu'ils auraient opérés si la taxe professionnelle avait été acquittée en 2010. La compensation relais versée en 2010 en application du II fait l'objet d'une actualisation correspondant aux contrôles effectués jusqu'au 30 juin 2012. ".

7. D'autre part, aux termes du I du 1.4 de l'article 78 de la loi du 30 décembre 2009 de finances pour 2010, dans sa rédaction applicable : " I. - Une estimation du montant individuel de la dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle, ainsi que du prélèvement ou reversement du Fonds national de garantie individuelle des ressources est notifiée à chaque collectivité territoriale ou établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre pour le 15 mars 2011. / En tant que de besoin, le montant de la compensation relais prévue au II de l'article 1640 B du code général des impôts est corrigé sur la base des impositions à la taxe professionnelle et à la cotisation foncière des entreprises émises jusqu'au 30 juin 2011 et des dégrèvements de taxe professionnelle et de cotisation foncière des entreprises ordonnancés jusqu'à la même date. Le montant de la correction est, le cas échéant, notifié à la collectivité territoriale concernée pour le 31 juillet 2011. / () Le montant définitif des dotations, prélèvements et reversements mentionnés au premier alinéa du présent I est calculé à partir des impositions établies, des dégrèvements ordonnancés et des produits perçus jusqu'au 30 juin 2011 et actualisé en fonction des redressements opérés par les services fiscaux sur les bases de la taxe professionnelle de 2010, jusqu'au 30 juin 2012. ".

8. En outre, les dispositions du 1 de ce même article 78 de la loi du 30 décembre 2009 prévoient les modalités de calcul de la dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle, prenant en compte, notamment, le montant de la compensation relais définie au II de l'article 1640 B du code général des impôts, ainsi que le montant de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises perçu au titre de l'année 2010. Les dispositions du 2 de ce même article 78 prévoient, pour leur part, les modalités de détermination du montant de prélèvement ou de reversement au titre du fonds national de garantie individuelle des ressources communales et intercommunales, en référence aux calculs réalisés sur le fondement du 1 de ce même article.

9. Enfin, aux termes du 2 bis de ce même article 78 de la loi du 30 décembre 2009 : " 2 bis. Suite à la notification de la dotation de compensation de la réforme de taxe professionnelle définie au 1 et du prélèvement ou reversement du Fonds national de garantie individuelle des ressources défini au 2 au titre de l'exercice 2011, les collectivités territoriales et les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre ont jusqu'au 30 juin 2012 pour faire connaître à l'administration fiscale toute erreur qui entacherait le calcul détaillé au I des 1.1 à 1.3. / A l'issue des opérations de rectification d'erreurs dans les calculs individuels mentionnés aux mêmes 1.1 à 1.3 relevées par les collectivités territoriales et les établissements publics de coopération intercommunale et par l'administration des finances publiques, il est procédé à l'automne 2012, au titre de 2012 et des années suivantes, aux calculs mentionnés au 2 des II et III desdits 1.1 à 1.3 et au III des 2.1 à 2.3. / Le montant de dotation définie aux 1.1 à 1.3 et le montant de prélèvement ou reversement défini aux 2.1 à 2.3 rectifié sont notifiés aux collectivités territoriales et aux établissements publics de coopération intercommunale à l'issue des opérations de calcul global mentionnées au deuxième alinéa du présent 2 bis. () ".

10. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, dans le cadre de la réforme de la fiscalité locale, les collectivités territoriales et les établissements publics de coopération intercommunale dotés d'une fiscalité propre ont reçu au titre de l'année 2010, en lieu et place de la taxe professionnelle, une compensation relais prévue par le II de l'article 1640 B du code général des impôts. En outre, l'article 78 de cette même loi a institué, à compter de l'année 2011, une dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle (DCRTP) et créé un fonds national de garantie individuelle des ressources (FNGIR). En vertu du 1 et du 2 de ce dernier article, les montants de la DCRTP et des prélèvements et reversements au FNGIR sont déterminés en tenant compte, notamment, du montant de la compensation relais, ou encore de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. Il résulte également de ces dispositions que les collectivités bénéficiaires de ces dispositifs avaient jusqu'au 30 juin 2012 pour faire connaître à l'administration fiscale toute erreur pouvant affecter le calcul de la DCRTP et du prélèvement sur le FNGIR qui leur ont été notifié au titre de l'exercice 2011.

11. La commune de Saint-Germain-en-Laye soutient que le montant de CVAE qu'elle a perçu au titre de 2010 a été indûment majoré, du fait d'une déclaration erronée faite par la société Cerestar de ses plus-values de cession d'immobilisations corporelles et incorporelles. La commune fait valoir que ce montant erroné a ensuite été pris en compte pour déterminer le montant du prélèvement dont elle a fait l'objet au titre du FNGIR chaque année depuis 2011.

12. Il résulte de l'instruction que la commune de Saint-Germain-en-Laye a, dès décembre 2011, alerté oralement les services de la direction départementale des finances publiques des Yvelines d'une erreur dans le calcul de la CVAE auquel a été assujetti la société Cerestar. Le maire de la commune a également adressé à l'administrateur général de la direction départementales des finances publiques des Yvelines un courrier dans lequel il a souligné la très forte diminution du montant de CVAE au titre de l'année 2012, résultant selon lui d'un excédent d'acomptes versés par les entreprises en 2010, ainsi que le calcul erroné qui en a résulté, des montants de FNGIR, notifiés au titre de l'année 2011, ayant intégré à tort cet excédent de produits perçus.

13. Toutefois de telles circonstances sont sans incidence dès lors que les dispositions précitées du I du 1.4 de l'article 78 de la loi du 30 décembre 2009 prévoient en particulier que le montant des prélèvements fait au titre du FNGIR est " calculé à partir des impositions établies, des dégrèvements ordonnancés et des produits perçus jusqu'au 30 juin 2011 ". La seule actualisation possible de ce montant résulte, aux termes des mêmes disposition et du III de l'article 1640 B du code général des impôts, des seuls redressements opérés " sur les bases de la taxe professionnelle de 2010 ", et ce, seulement jusqu'au 30 juin 2012. Or en l'espèce, les bases de taxe professionnelle de 2010 ne sont pas en cause mais seulement le montant de CVAE perçue par la commune au titre de l'année 2010. En outre, si les dispositions précitées du 2 bis de l'article 78 de la loi du 30 décembre 2009 prévoient la possibilité pour les collectivités concernées de faire connaître à l'administration fiscale, jusqu'au 30 juin 2012, toute erreur qui entacherait le calcul de la DCRTP et des montants de prélèvements ou de reversements de FNGIR, les erreurs de calcul susceptibles d'être rectifiées à ce titre ne concernent que les montants notifiés, et non les erreurs concernant les bases d'imposition qui, elles, ne pouvaient être modifiées sans un redressement préalable. Si un tel redressement pouvait être effectué dans les délais de reprises prévus à l'article L. 174 du livre des procédures fiscales, les résultats de celui-ci ne pouvaient en tout état de cause plus être pris en compte pour la détermination des montants des prélèvements ou reversements effectués au titre du FNGIR, ceux-ci étant désormais figés, dès lors que la date du 30 juin 2011 était passée.

14. Ainsi, d'une part, à supposer même que les montants déclarés par la société Cerestar au titre de ses plus-values de cession d'immobilisations corporelles et incorporelles n'auraient pas dû être pris en compte dans la détermination de la CVAE à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2010, les services fiscaux n'ont été alertés d'une difficulté sur cette imposition que postérieurement à la date limite fixée par la loi pour calculer définitivement les montants des prélèvements et reversements au FNGIR. D'autre part, antérieurement à cette date limite, il ne résulte pas de l'instruction que les seuls éléments déclarés par la société Cerestar en septembre 2010 auraient dû nécessairement conduire l'administration à engager spontanément une vérification des bases de la CVAE due par cette société avant le 30 juin 2011. Ainsi, la commune de Saint-Germain-en-Laye n'est pas fondée à soutenir que l'administration a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Ses conclusions indemnitaires doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

15. Au titre de l'année 2019, la commune de Saint-Germain-en-Laye soutient qu'elle s'est vu prélever un montant de 7 390 245 euros du FNGIR, calculé notamment en prenant en compte indûment la somme de 1 391 086 euros, correspondant au produit de CVAE calculé au titre de l'année 2010. La commune de Saint-Germain-en-Laye s'est également vu notifier par une décision du préfet des Yvelines du 16 janvier 2020 le montant provisoire du prélèvement du FNGIR pour l'exercice 2020, à hauteur de 7 390 245 euros, reposant sur un calcul intégrant à nouveau la somme 1 391 086 euros au titre de la CVAE 2010.

16. Toutefois, ainsi que le prévoient expressément les dispositions du I du 1.4 de l'article 78 de la loi du 30 décembre 2009 de finances pour 2010, les montants de prélèvement ou de reversement du FNGIR ont été calculés, de manière définitive, " à partir des impositions établies, des dégrèvements ordonnancés et des produits perçus jusqu'au 30 juin 2011 ". Ces montants étant figés, le préfet des Yvelines se trouvait en situation de compétence liée et ne pouvait en conséquence pas moduler le montant du prélèvement du FNGIR, à supposer même que les bases de calcul de ces montants soient erronées. Les conclusions tendant à l'annulation des décisions susvisées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, doivent par suite être écartées.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Saint-Germain-en-Laye n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté ses demandes.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la commune de Saint-Germain-en-Laye demande à ce titre.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la commune de Saint-Germain-en-Laye est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la commune de Saint-Germain-en-Laye et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Even, président de chambre,

Mme Aventino, première conseillère,

M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

Le rapporteur,

H. COZICLe président,

B. EVEN

La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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04/05/2026

CAA75plein contentieux

Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403

La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

04/05/2026

CAA13plein contentieux

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426

Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.

04/05/2026

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