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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00030

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00030

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00030
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A D a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler la décision du chef de la circonscription de sécurité publique de Rambouillet rejetant son recours hiérarchique tendant à l'annulation de sa fiche d'évaluation au titre de l'année 2019, ainsi que cette fiche, et d'enjoindre au ministre de l'intérieur de la réviser, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir, et enfin de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.

Par un jugement n° 1906658 du 28 décembre 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 janvier 2022 et le 29 novembre 2023, M. D, représenté par Me Cassel, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019, ainsi que la décision de rejet de son recours hiérarchique formé contre ce compte-rendu ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réviser sa fiche d'évaluation de l'année 2019, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens.

Il soutient que :

- le compte-rendu d'entretien d'évaluation professionnelle est entaché d'un vice de procédure, dès lors, d'une part, qu'il n'a été convoqué à son entretien que le jour même et, d'autre part, que l'entretien n'a pas été conduit par son supérieur hiérarchique direct qui était certes présent mais qui n'est pas intervenu ;

- les décisions en litige sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que la note de 3 lui a été attribuée de manière automatique, sans tenir compte de ses aptitudes professionnelles ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 décembre 2023 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cozic,

- et les conclusions de M. Frémont, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, titulaire du grade de gardien de la paix depuis le 6 janvier 2014, a été affecté au commissariat de police de Rambouillet le 1er septembre 2018, à la fin de son détachement dans le corps des professeurs des écoles. Il demande à la cour d'annuler le jugement n° 1906658 du 28 décembre 2021 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Versailles a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019, ainsi que la décision du 28 juin 2019 de rejet de son recours hiérarchique.

Sur la légalité des décisions contestées :

2. Aux termes de l'article 17 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au présent litige : " Les notes et appréciations générales attribuées aux fonctionnaires et exprimant leur valeur professionnelle leur sont communiquées. () ". Aux termes de l'article 55 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version applicable au présent litige : " Par dérogation à l'article 17 du titre Ier du statut général, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct. / Toutefois, les statuts particuliers peuvent prévoir le maintien d'un système de notation. / A la demande de l'intéressé, la commission administrative paritaire peut demander la révision du compte rendu de l'entretien professionnel ou de la notation. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article. " Aux termes de l'article 2 du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. En premier lieu, une convocation adressée à l'agent le jour-même de son entretien professionnel est de nature à avoir privé l'intéressé d'une garantie. M. D fait valoir qu'il n'a été convoqué à son entretien professionnel que le jour même de sa tenue, le 24 mai 2019, sans pouvoir disposer du moindre délai pour s'y préparer. Si le ministre de l'intérieur soutient en défense que l'intéressé a été convoqué oralement huit jours avant la tenue de son entretien, il ne verse au dossier aucun élément de nature à en justifier, alors que le requérant conteste fermement avoir reçu une telle convocation, oralement, huit jours en amont de son entretien, et alors qu'il est constant qu'il se trouvait en arrêt de travail jusqu'au 16 mai 2019 et bénéficiait d'une autorisation spéciale d'absence le 17 mai 2019.

5. En second lieu, M. D soutient que son entretien a été conduit par le capitaine C, cheffe de la sûreté urbaine, regroupant l'unité d'enquête et le groupe d'appui judiciaire, dans lequel il était affecté, et non par son supérieur hiérarchique direct, le major B, qui était certes présent lors de l'entretien, mais qui n'est pas intervenu lors de son déroulement. En défense, le ministre de l'intérieur se borne à faire valoir que M. D ne justifie pas du bien-fondé de cette allégation, sans apporter le moindre élément de nature à la contredire. Il n'apporte pas davantage de pièce ou de précision en vue d'expliquer les raisons pour lesquelles l'entretien a été organisé selon de telles modalités. Eu égard à ces circonstances, M. D est fondé à soutenir que les dispositions précitées de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 ont été méconnues, dans des conditions telles que l'intéressé a été privé d'une garantie.

6. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à soutenir que les décisions en litige sont entachées de deux vices procédure de nature à emporter leur annulation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019 et de la décision de rejet de son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

9. Eu égard à ses motifs, le présent arrêt implique qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel entretien professionnel de M. D au titre de l'année 2019, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les dépens :

10. Aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions tendant à en obtenir le remboursement ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions susvisées, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Versailles n° 1906658 du 28 décembre 2021, le compte-rendu d'entretien professionnel de M. D au titre de l'année 2019, ainsi que la décision de rejet du recours hiérarchique formé par ce dernier, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel entretien professionnel afférent à l'année 2019, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent arrêt.

Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Even, président de chambre,

Mme Aventino, première conseillère,

M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

H. COZICLe président,

B. EVEN

La greffière,

I.SZYMANSKI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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