jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-22VE00236 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ESPEISSE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2019 par lequel le maire de la commune de Courcelles-le-Roi a opposé un sursis à statuer d'une durée maximum de deux ans à sa demande de permis de construire une maison individuelle, ainsi que la décision du 14 octobre 2019 portant rejet de son recours gracieux, d'enjoindre au maire de la commune de Courcelles-le-Roi de lui délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et de mettre à la charge de la commune de Courcelles-le-Roi la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1904378 du 3 décembre 2021, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande ainsi que la demande reconventionnelle de la commune de Courcelles-le-Roi tendant à la condamnation de la requérante à lui verser la somme de 10 000 euros au titre du préjudice de diffamation causé par ses allégations mensongères.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 2 février 2022 et le 5 décembre 2023, Mme B, représentée par Me Espeisse, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler ces arrêté et décision ;
3°) d'enjoindre au maire de la commune de Courcelles-le-Roi de lui délivrer le permis de construire sollicité ou, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Courcelles-le-roi le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la minute du jugement en litige a été signée ;
- ce jugement est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative et le principe du contradictoire dès lors que le mémoire produit le 30 juillet 2020 par la commune de Courcelles-le-Roi ne lui a pas été communiqué ;
- les arrêté et décision en litige méconnaissent les dispositions des articles L. 153-11 et L. 424-1 du code de l'urbanisme dès lors que les conditions qu'ils fixent relatives à l'état d'avancement du futur PLUi et à un projet de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution du PLUi ne sont pas réunies ;
- le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense enregistré les 6 octobre et 14 décembre 2023, la commune de Courcelles-le-Roi, représentée par Me Tissier-Lotz, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Mme B a produit un mémoire le 26 décembre 2023 qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aventino,
- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,
- les observations de Me Espeisse pour Mme B, et de Me Hallé, substituant, Me Tissier-Lotz, pour la commune de Courcelles-le-Roi.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de la commune de Courcelles-le-Roi a, par un arrêté du 8 juillet 2019, décidé de surseoir à statuer pour une durée maximum de deux ans sur la demande, déposée par Mme B, de permis de construire une maison d'habitation sur les parcelles cadastrées ZE 72 et 73 situées rue du Moulin. Le maire de la commune de Courcelles-le-Roi a, par une décision du 14 octobre 2019, rejeté le recours gracieux de Mme B tendant au retrait de cet arrêté. Mme B fait appel du jugement n° 1904378 du 3 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêté et décision.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs (), la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience. ".
3. Il ressort d'une copie de la minute du jugement attaqué, produite par la requérante elle-même, que celui-ci a été signé par la présidente de la formation de jugement, la rapporteure et la greffière d'audience conformément aux exigences de l'article R. 741-7 du code de justice administrative. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature du jugement doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, l'article L. 9 du code de justice administrative dispose que : " Les jugements sont motivés ". Le juge doit ainsi se prononcer, par une motivation suffisante au regard de la teneur de l'argumentation qui lui est soumise, sur tous les moyens expressément soulevés par les parties, à l'exception de ceux qui, quel que soit leur bien-fondé, seraient insusceptibles de conduire à l'adoption d'une solution différente de celle qu'il retient.
5. Il ressort d'une part des points 6 à 8 du jugement attaqué, que les premiers juges ont estimé que la requérante n'apportait aucun élément de droit ou de fait au soutien de ses moyens tirés de ce que sa demande a été instruite avec préjugés et parti pris et de ce que l'arrêté et la décision en litige sont entachés d'un détournement de pouvoir. D'autre part, il ressort du point 9 du jugement attaqué que les premiers juges, après avoir constaté que le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) avait eu lieu à la date à laquelle le sursis en litige a été opposé, ont souligné que l'un des axes de ce PADD était de dédier l'espace rural en priorité aux activités agricoles, notamment en maitrisant l'extension urbaine et en ont conclu que l'état d'avancement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) était suffisamment avancé. Dans ces conditions, le jugement attaqué, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments de la requérante, a répondu, par une motivation suffisante, au moyen tiré de ce que les orientations du PADD n'étaient pas suffisamment précises faute d'éléments propres au secteur concerné par le projet de lotissement. Enfin, si Mme B soutient que les premiers juges n'ont pas suffisamment répondu au moyen tiré de ce que le projet n'était pas de nature à compromettre l'exécution du futur PLUi, il ressort du point 11 du jugement attaqué que les premiers juges, après avoir indiqué que le terrain d'assiette se situait en dehors de la zone bâtie de la commune, ont estimé que quand bien même le projet ne porte que sur la construction d'une seule maison d'habitation, il emporte un grignotage des espaces agricoles allant à l'encontre de l'objectif précité. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté dans toutes ses branches.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 611-1 du code de justice administrative : " () Les répliques, autres mémoires et pièces sont communiqués s'ils contiennent des éléments nouveaux. ". Il résulte de ces dispositions, destinées à garantir le caractère contradictoire de l'instruction, que la méconnaissance de l'obligation de communiquer un mémoire ou une pièce contenant des éléments nouveaux est en principe de nature à entacher la procédure d'irrégularité. Il n'en va autrement que dans le cas où il ressort des pièces du dossier que, dans les circonstances de l'espèce, cette méconnaissance n'a pu préjudicier aux droits des parties.
7. Il ressort du dossier de première instance que le " mémoire en défense " déposé par la commune de Courcelles-le-Roi au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 30 juillet 2020, antérieurement à la clôture de l'instruction, fixée en dernier lieu à cette dernière date par ordonnance du 8 juillet 2020, ne contenait pas d'éléments nouveaux par rapport à ceux exposés dans le premier mémoire en défense produit par la commune et régulièrement communiqué à Mme B. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en s'abstenant de lui communiquer ce mémoire, le tribunal administratif aurait porté atteinte au caractère contradictoire de la procédure.
Sur la légalité des décisions attaquées :
8. Le dernier alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme dispose que : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ". Aux termes de l'article L. 424-1 de ce code : " Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus () aux articles L. 153-11 () du présent code ".
9. Un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de permis de construire, sur le fondement de ces dispositions, postérieurement au débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable (PADD), qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.
10. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les orientations du PADD, soumises au débat du conseil communautaire de la communauté de communes du Pithiverais Gatinais lors de sa réunion du 7 novembre 2018, ont entendu privilégier le développement résidentiel et économique dans les enveloppes bâties existantes et dédier l'espace rural en priorité aux activités agricoles, notamment en maitrisant l'extension urbaine et en procédant à une artificialisation limitée au développement urbain mixte ou économique. Contrairement à ce que soutient la requérante, les objectifs de réalisation de logements pour les communes telles que Courcelles-le-Roi, qui ne fait ni partie des pôles structurants du territoire, ni des communes rurales touristiques ou liées à un développement économique, sont limités à une dizaine d'unités d'ici 2030. Il ressort en outre des cartes annexées aux documents présentés lors des concertations organisées avec le public les 30 octobre 2018 et 26 et 27 juin 2019, préfigurant le zonage envisagé, que le terrain d'assiette de la requérante ne figurait pas dans le zonage urbain, ni dans celui des zones à urbaniser mais était classé en zone agricole. La circonstance que sur l'une des cartes présentant les projets d'orientations d'aménagement et de programmation des zones à urbaniser figure une seconde orientation pour la commune de Courcelles-le-Roi n'est pas de nature à remettre en cause les objectifs précis énoncés ci-dessus et confirmés par l'ensemble des autres documents cartographiques.
11. En second lieu, le projet de construction litigieux d'une maison d'habitation se situe sur des parcelles viabilisées mais non construites, situées à la frange de l'enveloppe bâtie de la commune de Courcelles-le-Roi et faisant partie d'un vaste ensemble agricole. Dès lors, il était de nature à artificialiser les espaces agricoles que les orientations du projet d'aménagement et de développement durable ont entendu préserver dans les conditions précitées et à étendre l'urbanisation au-delà de l'enveloppe bâtie de la commune et partant à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme intercommunal.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Courcelles-le-Roi, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que Mme B demande à ce titre. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de Mme B une somme de 500 euros à verser à la commune de Courcelles-le-Roi sur le fondement des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera à la commune de Courcelles-le-Roi une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et à la commune de Courcelles-le-Roi.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Even, président de chambre,
Mme Aventino, première conseillère,
M. Cozic, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.
La rapporteure,
B. AVENTINOLe président,
B. EVEN
La greffière,
C. RICHARD
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026