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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00766

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00766

mardi 23 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00766
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP PIELBERG KOLENC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

MM. Gregory et William A ont demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Notre-Dame-d'Oé a délivré à la société Exeo Promotion un permis de construire 14 maisons individuelles et de mettre à la charge de la commune de Notre-Dame-d'Oé une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2004200 du 27 janvier 2022, le tribunal administratif d'Orléans a annulé l'arrêté du 24 septembre 2020 ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux du 25 janvier 2021 en tant que le projet prévoit l'implantation du local à vélo à une distance inférieure à 3 mètres des limites séparatives, a mis à la charge de la commune de Notre-Dame-d'Oé une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus des conclusions des parties.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 avril 2022 et le 12 décembre 2022, M. B A et M. C A, représentés par la SCP KPL Avocats, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il n'a pas prononcé une annulation totale de l'arrêté du 24 septembre 2020 ;

2°) d'annuler totalement l'arrêté du 24 septembre 2020 ainsi que la décision rejetant le recours gracieux du 25 janvier 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Notre-Dame-d'Oé une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- le dossier de demande du permis de construire litigieux était incomplet, en méconnaissance de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, s'agissant des modalités de récupération et d'infiltration des eaux pluviales ;

- le tribunal administratif a omis de répondre sur ce point ;

- le projet litigieux méconnaît l'article U3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Notre-Dame-d'Oé ;

- le projet litigieux méconnaît l'article U4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Notre-Dame-d'Oé ;

- le projet litigieux méconnaît l'article U10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Notre-Dame-d'Oé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, la commune de Notre-Dame-d'Oé, représentée par Me Veauvy, avocat, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, ou, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou, le cas échéant, à une annulation partielle sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de MM. A une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, le permis litigieux aurait pu être accordé au bénéfice d'une adaptation mineure sur le fondement de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Frémont, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Exeo Promotion a sollicité, le 12 mars 2020, la délivrance d'un permis de construire 14 maisons individuelles groupées sur les parcelles cadastrées AM 229 et AM 231 situées avenue de Champeigné à Notre-Dame-d'Oé. Par un arrêté du 24 septembre 2020, le maire de cette commune lui a délivré l'autorisation sollicitée. MM. A demandent à la cour d'annuler le jugement n° 2004200 du 27 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a annulé ce permis de construire uniquement en tant qu'il prévoit l'implantation du local à vélo à une distance inférieure à 3 mètres des limites séparatives et a rejeté le surplus de leurs conclusions.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Il ressort du point 7 du jugement attaqué que les premiers juges, après avoir rappelé que le projet devait être raccordé au réseau public des eaux pluviales, ont indiqué que la notice paysagère faisait mention du système d'infiltration prévu sur la parcelle et de l'absence d'obligation de fournir des pièces non prévues par le code de l'urbanisme. Par suite, ils ont répondu au moyen soulevé en première instance tiré du caractère incomplet du dossier de demande faute de mention sur le plan de masse du système d'infiltration des eaux pluviales sur la parcelle.

Sur la légalité de l'arrêté du 24 septembre 2020 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement () ".

4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier de demande, notamment de la notice paysagère et du plan de masse, qu'il est prévu de raccorder les maisons découlant de la mise en œuvre du projet au réseau public des eaux pluviales. Toutefois, pour respecter l'avis de la Métropole de Tours, le pétitionnaire a également prévu un système de récupération des eaux pluviales par infiltration avec la création d'une " noue de rétention / infiltration " tenant compte des caractéristiques de la parcelle, notamment sa surface et sa perméabilité. Par suite, les modalités de gestion des eaux pluviales sont prévues par le dossier. Si une étude géotechnique complémentaire ultérieure est également mentionnée pour déterminer si d'autres dispositifs de rétention sont nécessaires, cette seule circonstance ne démontre pas que le service instructeur n'aurait pas été en mesure d'apprécier la portée du projet sur ce point ou que son appréciation aurait été ainsi faussée alors, au demeurant, que les dispositions précitées n'exigent pas la production d'une telle étude. Par suite, le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article de l'article U 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Notre-Dame-d'Oé : " Les voiries doivent être adaptées à la nature et à l'importance des usages qu'elles supportent et des opérations qu'elles desservent et permettre le passage des véhicules de sécurité ".

7. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet est desservi par l'avenue de Champeigné, qui est rectiligne sur toute la desserte du projet et dont la largeur est d'au moins 4 mètres sans compter les trottoirs qui la bordent de part et d'autre et permettent ainsi une circulation sécurisée des piétons. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la circulation existante sur cette voie, qui dessert déjà un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et un lotissement, serait telle que la création de 14 logements supplémentaires dégraderait les conditions de circulation, de sécurité routière et d'accès des véhicules de sécurité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article U 3.2. du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Notre-Dame-d'Oé doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article U 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Notre-Dame-d'Oé, relatif aux eaux pluviales : " Le raccordement au réseau public est obligatoire. / Si le réseau public est insuffisant, les aménagements nécessaires au libre écoulement des eaux pluviales doivent être réalisés sur le terrain ou sur un terrain voisin et répondre à ses caractéristiques ainsi qu'à celles de l'opération projetée. / Des bassins de rétention pourront être imposés pour des opérations de lotissements, de permis groupés ou d'habitat collectif. / Le rejet des eaux pluviales dans le réseau d'eaux usées est interdit ".

9. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que cela a été précédemment dit au point 5, qu'il est prévu de raccorder le projet litigieux au réseau des eaux pluviales, conformément aux dispositions précitées de l'article 4.3. Si, en outre, pour répondre à l'avis de Tours Métropole sollicitant que la gestion des eaux pluviales par infiltration soit " privilégiée au maximum de sa capacité ", le pétitionnaire a également prévu un système d'infiltration des eaux pluviales, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette demande des services de la métropole ne résulterait pas d'une insuffisance des réseaux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article U 4.3. du règlement du plan local d'urbanisme de Notre-Dame-d'Oé doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article U 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Notre-Dame-d'Oé : " La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel existant avant tout remaniement à l'aplomb du point de référence haut du bâtiment. () / La hauteur maximale des installations et des constructions est fixée à 6 mètres à l'égout de toiture ou à l'acrotère. () ".

11. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées à la suite de la modification de son projet par le pétitionnaire et en l'absence de toute intervention du juge ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

12. Le 10 janvier 2023, le maire de Notre-Dame-d'Oé a accordé à la société Exeo Promotion un permis de construire modificatif portant, notamment, sur la modification de la hauteur de faîtage et d'égout du bâtiment de l'Orangerie. Il ressort du dossier de demande que la hauteur du bâtiment de l'Orangerie est désormais fixée à 6 mètres à l'égout du toit conformément aux dispositions précitées de l'article U 10 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner le moyen et les conclusions subsidiaires présentés par la commune, que MM. A ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans n'a annulé l'arrêté du 24 septembre 2020 qu'en tant que le projet prévoit l'implantation du local à vélo à une distance inférieure à 3 mètres des limites séparatives.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Notre-Dame-d'Oé, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que les requérants demandent à ce titre. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants le versement de la somme que la commune de Notre-Dame-d'Oé demande sur le fondement des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de MM. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Notre-Dame-d'Oé présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, à M. C A, à la commune Notre-Dame-d'Oé et à la société Exeo Promotion.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Even, président de chambre,

Mme Danielian, présidente-assesseure,

Mme Houllier, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La rapporteure,

S. DLe président,

B. EVEN

La greffière,

C. RICHARD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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