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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE01769

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE01769

jeudi 6 juin 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE01769
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantEBC AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler la délibération du 20 décembre 2019 par laquelle l'organe délibérant de la communauté des communes giennoises a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal, ainsi que la décision du président de la communauté des communes giennoises du 24 juin 2020 rejetant son recours gracieux et de mettre à la charge de la communauté des communes giennoises la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2001558 du 30 mai 2022, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Enard Bazire, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cette délibération et cette décision ;

3°) de mettre à la charge de la communauté des communes giennoises une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'irrégularité dès lors qu'il n'a ni visé, ni mentionné dans ses motifs l'ensemble des dispositions légales et réglementaires dont il a été fait application, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 741-2 du code de justice administrative ;

- les premiers juges ont omis de répondre au moyen tiré de ce que la création de la zone UBj est entachée d'erreur de droit, contredisant la vocation des zones " U ", dès lors qu'elle interdit toute nouvelle construction en pleine zone urbaine à l'exception d'annexes et qu'elle n'autorise que le maintien de jardins d'agrément ;

- de nombreuses modifications substantielles, qui ne résultent pas de l'enquête publique, ont été apportées au PLUi postérieurement à celle-ci et sans débat, portant atteinte à l'économie générale du projet, en méconnaissance de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- les dispositions du règlement du PLUi ne sont pas cohérentes avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), en méconnaissance de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme ; l'un des schémas du PADD intègre les parcelles de M. B en secteur dont l'urbanisation constituée doit être densifiée ; l'un des objectifs du PADD est d'urbaniser les dents creuses ; l'objectif de dessiner des lisières urbaines de qualité n'est pas respecté par le plan de zonage, qui n'est pas linéaire alors que la lisière réelle existant sur site l'est, rendant incompréhensible la délimitation de la zone UBj ;

- la délibération du 20 décembre 2019 est entachée d'erreur de droit en ce que la zone UBj du PLUi ne respecte pas la vocation des zones " U ", qui imposent la constructibilité des parcelles qui y sont incluses ; la création de la zone UBj est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'elle aboutit à interdire en pleine zone urbaine toute nouvelle construction à l'exception d'annexes et à n'autoriser que des jardins d'agrément ;

- elle est entachée d'erreur de fait, dès lors que les parcelles de M. B sont desservies par la route de Gien ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que la délimitation opérée entre les zones UBb et UBj ne correspond pas à la réalité des terrains concernés ; le zonage retenu comprend de nombreux " décrochés " alors que la lisière réelle est linéaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, la communauté des communes giennoises, représentée par Me Benjamin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 octobre 2023, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cozic,

- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,

- et les observations de Me Diallo-Le Camus représentant la communauté des communes giennoises.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire de parcelles cadastrées AK nos 83 et 84 et AK nos 111 et 112 situées route de Gien à Saint-Gondon (45500). Le conseil communautaire de la communauté des communes giennoises (CCG) a, par une délibération du 20 décembre 2019, approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), s'étendant en particulier sur le territoire de la commune de Saint-Gondon, en classant chacune des parcelles précitées de M. B partiellement en zone UBb et UBj. Ce dernier a formé un recours gracieux contre cette délibération, qui a été rejeté par une décision du 24 mars 2020 du président de la communauté de communes. M. B fait appel du jugement n° 2001558 du 30 mai 2022 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la délibération du 20 décembre 2019 et de la décision du 24 mars 2020.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B a soulevé devant le tribunal le moyen tiré de ce que la délibération en litige, en créant le secteur " UBj ", serait entachée d'erreur de droit, dès lors que ce secteur, à destination de jardins d'agrément, n'admettrait que les annexes aux constructions principales, en contradiction avec la vocation de la zone " U ", dont les caractéristiques, définies par les dispositions de l'article R. 151-8 du code de l'urbanisme, auraient vocation à assurer la constructibilité des parcelles concernées. En omettant de répondre à ce moyen, qui n'était pas inopérant, les premiers juges ont entaché d'irrégularité le jugement attaqué.

3. Par suite, sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres moyens de régularité invoqués, il y a lieu d'annuler le jugement du tribunal administratif d'Orléans, et de statuer par la voie de l'évocation sur la demande de M. B.

Sur la légalité de la délibération du 20 décembre 2019 et de la décision du 24 mars 2020 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 5211-1 du même code, dans leur version applicable au litige : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. / Pour l'application des dispositions des articles () L. 2121-12, (), ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus s'ils comprennent au moins une commune de 3 500 habitants et plus. Ils sont soumis aux règles applicables aux communes de moins de 3 500 habitants dans le cas contraire ".

5. Il résulte de ces dispositions, en vigueur à la date de la délibération en litige, que dans les communautés de communes comprenant, comme en l'espèce, au moins une commune de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil communautaire doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le président n'ait fait parvenir aux membres du conseil communautaire, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'une note explicative de synthèse, rédigée sous la forme d'un projet de délibération a été adressée aux membres du conseil communautaire, en vue de la réunion du 20 novembre 2019, relative à l'approbation du PLUi, et qu'une annexe d'une dizaine de pages lui était jointe, répertoriant, dans un premier bilan, l'ensemble des ajustements réalisés suite à la consultation des personnes publiques associées, puis, dans un second bilan, l'ensemble des ajustements réalisés suite à l'enquête publique. L'ensemble des modifications significatives effectuées ont ensuite été mentionnées une par une à la fin de l'annexe à la note de synthèse. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : / 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli ". Il est loisible à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet et, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête, ces deux conditions découlant de la finalité même de la procédure de mise à l'enquête publique.

8. D'une part, si M. B soutient que " de nombreuses modifications ont été " apportées au projet de PLUi après l'enquête publique, " suite aux remarques de personnes publiques associées et d'habitants ", il ne précise pas lesquelles, ni n'apporte la moindre précision pour en apprécier le caractère substantiel ou non. Il se borne à indiquer que " des zonages ont été modifiés ", en particulier " des zones A et N " mais sans localiser ni quantifier ces modifications. Il indique qu'une " coopération d'utilisation de matériel agricole a été ajoutée ", mais sans assortir cette assertion de la moindre précision permettant d'en apprécier la portée. Il mentionne en outre que les modifications apportées ne sont " pas toutes clairement identifiées " et qu'il est " impossible de connaître la proportion du territoire impacté par ces modifications ". Ce faisant, le requérant n'assortit pas le moyen qu'il invoque des précisions suffisantes permettant d'identifier les modifications dont s'agit, de même que leur incidence sur l'économie générale du projet. Il ne permet dès lors pas d'apprécier le bien-fondé du moyen qu'il invoque. En tout état de cause, la communauté des communes giennoises soutient sans être contestée qu'aucune modification n'a impacté le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) et que le règlement du PLUi n'a été que faiblement modifié, par l'ajout de la possibilité d'autoriser des coopératives d'utilisation du matériel agricole en zone A, par des modifications concernant les seules annexes en zones A et N et seulement pour la réduction des emprises et des distances d'implantation et pour les changements de destination, par la réduction de la hauteur de certains bâtiments agricoles, par la correction du coefficient de biotope, par la modification du niveau des rez-de-chaussée, par la modification de la distance d'implantation à l'alignement en zone UI, par la distinction entre annexes indépendantes et annexes accolées, ces dernières recevant des règles identiques aux extensions et enfin par la précision apportée à une règle relative aux ouvertures des commerces transformés en habitations en zones UA et UB. Il ressort en outre des pièces du dossier que les modifications ainsi apportées résultent d'observations du public formulées lors de l'enquête publique, ou de demandes de personnes publiques associées, tels le préfet, la chambre d'agriculture, ou encore la commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF).

9. D'autre part, si M. B soutient que la procédure est entachée d'une " anomalie " dès lors que certaines modifications du PLUi seraient intervenues après enquête publique mais sur la base d'avis formulés antérieurement à celle-ci, il ressort des pièces du dossier que les avis des personnes publiques associées ont été formulés avant ouverture de l'enquête publique et qu'ils ont été insérés dans le dossier d'enquête publique. Il ne ressort pas des termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme que les avis des personnes publiques associées, rendus sur le projet de PLUi, ne devraient impérativement résulter que des débats et propositions énoncés au cours de l'enquête publique.

10. Ainsi, le moyen invoqué par le requérant, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté, en chacune de ses branches.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. / Le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête transmet à l'autorité compétente pour organiser l'enquête l'exemplaire du dossier de l'enquête déposé au siège de l'enquête, accompagné du ou des registres et pièces annexées, avec le rapport et les conclusions motivées. Il transmet simultanément une copie du rapport et des conclusions motivées au président du tribunal administratif. () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la commission d'enquête a établi un rapport d'enquête de 83 pages le 16 août 2019, qui rappelle notamment les justifications du projet, ses caractéristiques, la composition des dossiers, l'organisation de l'enquête, qui analyse en particulier chacune des observations formulées par le public, en particulier concernant les zonages, les zones d'activités économiques, les changements de destination et qui comporte pour chaque observation la réponse du responsable du projet du PLUi sur chaque point, justifiant ainsi sa position ou acceptant une modification du projet pour prendre en compte les observations ainsi formulées, ainsi que l'avis de la commission en conséquence. Un procès-verbal de synthèse des observations a également été établi le 24 juillet 2019, ainsi que les conclusions motivées et l'avis de la commission d'enquête, énoncées dans un document distinct signé le 16 août 2019, comportant 76 remarques et rappelant les éléments pris en compte dans le PLUi et formulés durant l'enquête, et à l'aune desquels la commission a expressément formulé un avis favorable global au projet d'élaboration du PLUi. Au regard de l'ensemble des précisions ainsi apportées par la commission d'enquête dans son rapport et au regard de l'énoncé de son avis, formulé dans une présentation séparée, après avoir énoncé une série de considérations le justifiant, le moyen tiré du défaut de motivation de l'avis de la commission d'enquête doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ". Le PLUi de la communauté des communes giennoises a créé des zones UB, correspondant au " tissu le plus récent du territoire ", moins dense qu'en zone UA, particulièrement végétalisées, et caractérisées par des implantations avec retraits par rapport aux limites séparatives et aux alignements. Les auteurs du PLUi ont créé plusieurs secteurs compris dans la zone UB, notamment le secteur UBb, qui " correspond au tissu urbain récent de plusieurs communes, donc celle de Saint-Gondon, et qui se caractérise par des hauteurs moyennes plus importante que dans les villages ruraux ", et le secteur UBj, " qui correspond aux reliquats d'unité foncière, partiellement constructibles, à destination de jardins d'agrément. Ces secteurs constituent une zone tampon entre le tissu urbanisé et les grands espaces naturels et/ou agricoles. Ils n'ont pas pour vocation à se densifier mais à être conservés en jardin d'agrément afin de maintenir des espaces de respiration dans le tissu aggloméré ". Le secteur UBj est soumis à des restrictions en termes de constructibilité plus importantes que pour d'autres secteurs. Notamment, seules y " sont admises les annexes aux constructions principales ". Contrairement à ce que soutient le demandeur, la création d'un tel secteur UBj, soumis à des règles de constructibilité restrictives, en sein de la zone " U " ne contredit pas la vocation de cette dernière. La zone " U " n'impose pas que des règles de constructibilité uniformes soient appliquées sur l'ensemble des secteurs qu'elle couvre. En particulier, ce zonage n'empêche pas aux auteurs du PLUi d'assurer la conservation de jardins d'agréments sur une partie des propriétés concernées, afin de maintenir l'existence d'espaces de transition entre des tissus plus urbanisés et des espaces naturels ou agricoles. En l'espèce, les règles applicables en zone UBj n'interdisent pas toutes constructions, mais les autorisent uniquement au bénéfice d'extensions aux constructions principales existantes et pour la réalisation de piscines. Dès lors, le moyen tiré de l'existence d'une erreur de droit sur ce point doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

15. Ainsi que le soutient M. B dans ses écritures, le PADD du PLUi en litige ambitionne de densifier certains secteurs reconnus stratégiques, tels les hameaux, bourgs et villages situés sur le territoire, afin d'éviter l'étalement urbain et de préserver les espaces naturels. Mais il ressort des pièces du dossier que le PADD définit également d'autres orientations, en particulier celle tendant à la " préservation et de la valorisation du cadre de vie ", et la nécessité de prévoir des dispositions spécifiques pour les espaces en frange de zones agricoles ou naturelles, afin de " faciliter la transition urbain/nature ". S'il ressort des pièces du dossier que les parcelles en cause, propriétés de M. B, sont justement situées sur la commune de Saint-Gondon et ont été incluses dans l'un des schémas du PADD relatifs aux secteurs à densifier, cette seule circonstance n'empêchait pas aux auteurs du PLUi de classer une partie de chacune de ces parcelles en zone UBj et de limiter ainsi la constructibilité sur ces parties de parcelles, précisément afin d'assurer l'existence et le maintien d' " espaces transitionnels " ou de " lisières urbaines ", comme les qualifie le rapport de présentation du PLUi. Le moyen tiré de l'incohérence entre le règlement du PLUi et les orientations du PADD doit par suite être écarté.

16. En sixième lieu, M. B soutient que la délibération attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors que, durant l'enquête publique, le géomètre expert a indiqué dans le mémoire en réponse au procès-verbal de synthèse que " ce terrain n'est pas desservi par une route et les doubles rideaux sont à éviter au profit des dents creuses ", et que la commune de Saint-Gondon a rédigé dans ce même procès-verbal la mention " avis défavorable pour défaut d'accès ", alors que l'ensemble de ses parcelles sont desservies par la route de Gien, et qu'elles sont situées en plein " centre-ville " de Saint-Gondon. Cependant, il n'est pas établi que les observations précitées du géomètre expert et l'avis de la commune d'une part, portent sur une ou plusieurs des parcelles de M. B, d'autre part, portent sur la totalité de ces parcelles et chacune de ses limites séparatives. Il ressort en revanche des pièces du dossier que celles-ci ont bien un accès direct à la route de Gien. Cependant, cette seule caractéristique est sans incidence en l'espèce, au vu de l'étendue et de la localisation des parcelles en causes, dont l'une des limites séparatives se trouve en lisière de zones boisées et que le classement de ces parcelles en zones UBj ne concerne que la partie la plus proche de ces zones boisées, alors que la partie la plus proche de la route de Gien est classée, pour chacune des parcelles concernées, en zone UBb, ce qui implique que les observations mentionnées durant l'enquête publique, à les supposer entachées d'une erreur de fait, sont en tout état de cause sans incidence sur la légalité du classement partiel de ces parcelles en secteur UBj. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur de fait sur ce point doit par suite être écarté.

17. En dernier lieu, M. B soutient que le classement de diverses parcelles en zone UBj, tel qu'il a été retenu, " n'est pas compréhensible ", dès lors que ce zonage " comprend de nombreux décrochés ", et ce alors que la zone naturelle qui la longe se trouve en ligne droite. Une telle assertion du requérant n'est pas accompagnée de précision permettant de déterminer si M. B, en critiquant l'existence de " décrochés ", conteste ainsi le classement des parcelles concernées en zone UBj ou le classement de parcelles en zone UBb alors même que ces dernières jouxtent également la même zone boisée, ou bien s'il reproche à ce zonage son incohérence globale, du fait de l'alternance de classements entre ces deux secteurs, concernant des parcelles pourtant toutes situées en lisière d'une même zone boisée. Il ne verse pas au dossier d'éléments qui permettraient de connaître les caractéristiques des parcelles classées en secteur UBb le long de la zone boisée, et de savoir si celles-ci diffèrent de celles classées en zone UBj. En tout état de cause, M. B ne conteste pas le fait qu'une partie seulement de ses parcelles, la partie jouxtant la zone boisée, en fond de parcelle, a été classée en zone UBj et que l'autre partie, jouxtant la route de Gien, a été classée en zone UBb. Il ne conteste pas davantage que les caractéristiques de ses parcelles correspondent bien à celles des secteurs UBb et UBj tels que définies au titre II du règlement du PLUi. Or, il ressort des pièces du dossier qu'en classant partiellement les parcelles de l'intéressé sous deux secteurs aux contraintes de constructibilité distinctes, les auteurs du PLUi ont entendu instaurer, conformément aux orientations du PADD, un périmètre de transition entre le tissu urbain et les espaces naturels. Ce faisant, ce classement permet à la fois de limiter l'urbanisation dans une zone tampon, en maintenant un périmètre en " jardin d'agrément ", et de de concentrer l'effort d'urbanisation sur les dents creuses, en évitant, au sein d'une même parcelle, un " effet double rideau ", comme le mentionne le rapport de présentation du PLUi. Il en résulte que M. B n'est pas fondé à soutenir que le classement de ses parcelles en secteurs UBb et UBj serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense par la communauté des communes giennoises, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 20 décembre 2019 approuvant le PLUi de la communauté des communes giennoises et de la décision du 24 mars 2020 rejetant son recours gracieux formé contre cette délibération.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté des communes giennoises, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions de mettre à la charge de M. B une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la communauté des communes giennoises non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif d'Orléans n° 2001558 du 30 mai 2022 est annulé.

Article 2 : La demande présentée par M. B devant le tribunal administratif d'Orléans est rejetée.

Article 3 : M. B versera à la communauté des communes giennoises une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et à la communauté des communes giennoises.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Even, président,

Mme Aventino, première conseillère,

M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024

Le rapporteur,

H. COZICLe président,

B. EVEN

La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme

La greffière,

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