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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02186

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02186

jeudi 6 juin 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02186
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. et Mme D E ont demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Cormeilles-en-Parisis a accordé un permis de construire modificatif n° PC 095 176 20 00015 M01 à M. C en vue de la création d'un abri de jardin, l'extension de la terrasse, et la modification de la façade sur un terrain situé 49, rue du Val-d'Or à Cormeilles-en-Parisis, et de mettre à la charge de la commune de Cormeilles-en-Parisis la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2111997 du 12 juillet 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2022, M. A D E et Mme B G D E, représentés par Me Gelpi, avocat, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cormeilles-en-Parisis et de M. C, solidairement, une somme de 8 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) et de condamner solidairement la commune de Cormeilles-en-Parisis et M. C aux entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- leur demande est recevable dès lors qu'ils justifient d'un intérêt à agir, du fait de leur qualité de voisins et de la gêne qu'ils subiront du fait du projet autorisé ;

- le dossier de permis de construire était insuffisant concernant notamment le volet paysager et l'insertion du futur ouvrage dans son environnement ;

- le projet méconnaît les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-3 du code de l'urbanisme car il porte directement atteinte à leur propriété, va causer des troubles et désordres anormaux, les privera d'une partie de la tranquillité et de l'intimité dont ils bénéficient aujourd'hui, va entrainer des nuisances et une dépréciation importante de leur bien et donc leur causer un préjudice de jouissance et un préjudice financier ;

- la construction prévue ne s'insère nullement dans les lieux avoisinants, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors qu'aucun autre pavillon avoisinant n'a fait l'objet d'une telle extension.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, la commune de Cormeilles-en-Parisis, représentée par Me Peynet, avocat, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme D E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, et à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 avril 2024, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cozic,

- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,

- et les observations de Me Gelpi pour M. et Mme D, et F pour la commune de Cormeilles-en-Parisis.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D E résident dans un pavillon situé 47 ter rue du Val-d'Or, à Cormeilles-en-Parisis, dans le Val-d'Oise. Ils sont voisins du pavillon de M. C, qui s'est vu accorder un permis de construire, par arrêté du 29 juillet 2020, autorisant en particulier la surélévation de sa maison et la régularisation de la construction d'une dépendance et d'un abri de jardin. Un permis de construire modificatif a été délivré à M. C, par un arrêté du 22 juillet 2021, portant création d'un abri de jardin, l'extension de la terrasse, et la modification de la façade de sa maison. M. et Mme D E demandent à la cour d'annuler le jugement n° 2111997 du 12 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leur demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2021.

Sur la légalité de l'arrêté du 22 juillet 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au présente litige : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux b et g de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. / Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. M. et Mme D ne précisent pas dans leurs écritures quel document, parmi ceux listés à l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, aurait fait défaut au dossier de demande de permis de construire modificatif. Ils se bornent à soutenir, sans davantage de précision, que les pièces transmises ne permettaient pas " d'appréhender sérieusement l'impact du projet modifié sur les habitations riveraines, qui sont totalement éludées par ces documents ". Il ressort pourtant des pièces du dossier que M. C a notamment transmis à l'appui de sa demande de permis de construire un plan de masse au 1/100e, montrant l'ensemble de la propriété avec les aménagements à réaliser, ainsi que des planches donnant à voir les transformations à réaliser sur l'abri de jardin, de même que des photographies présentant des vues de la maison de M. C depuis la rue. Ainsi, et alors que les travaux objet du permis de construire modificatif sont d'une ampleur limitée, et sont pour certains invisibles depuis l'espace public ou les maisons riveraines, les pièces composant le dossier de demande de permis de construire modificatif n'ont pu empêcher l'autorité administrative de porter une appréciation, en toute connaissance de cause, sur les caractéristiques du projet, sa portée et sa conformité à la réglementation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

6. Si les requérants soutiennent que les dispositions précitées ont été méconnues par l'arrêté attaqué, ils ne se prévalent d'aucune " atteinte à la salubrité " ou à la " sécurité publique " au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ils se bornent simplement à soutenir, sans davantage de précision, que le projet en cause est de nature à engendrer des troubles et désordres anormaux, à les priver d'une partie de la tranquillité et de l'intimité dont ils bénéficient actuellement, et qu'il va leur causer un préjudice de jouissance et un préjudice financier. M. et Mme D E ne sauraient dès lors utilement soutenir que l'arrêté accordant à M. C un permis de construire modificatif méconnaîtrait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-1 du même code : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. / Toutefois les dispositions des articles R. 111-3 () ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. " Aux termes de l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est susceptible, en raison de sa localisation, d'être exposé à des nuisances graves, dues notamment au bruit. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Cormeilles-en-Parisis est dotée d'un plan local d'urbanisme. En conséquence, M. et Mme D E ne sauraient utilement soutenir que l'arrêté en litige méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article R. 111-3 du code de l'urbanisme. Ce moyen doit dès lors être écarté comme inopérant.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Pour l'application de ces dispositions, l'autorité administrative doit apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

10. M. et Mme D n'apportent aucune précision, ni ne versent au dossier le moindre élément permettant d'apprécier les caractéristiques du site sur lequel les travaux sont envisagés, que ce soit à l'échelle du voisinage immédiat du projet ou à celle du quartier. Il n'est pas allégué que les espaces environnant les travaux à réaliser présenteraient un intérêt urbanistique, architectural ou environnemental particulier. Il n'est pas davantage soutenu et il ne ressort pas des pièces du dossier que ces espaces bénéficieraient d'une protection particulière. M. et Mme D E se bornent à soutenir qu'" aucun autre pavillon avoisinant n'a fait l'objet d'une telle extension ", alors même que le permis de construire modificatif en litige n'a pas pour objet l'extension de la maison de M. C, mais seulement la modification de sa façade, la création d'un abri de jardin en fond de parcelle, et l'extension de la terrasse. Si les requérants soutiennent également que la construction envisagée " se distingue nettement par rapport à celles voisines, qu'il s'agisse de son aspect extérieur, de sa forme, de sa taille, et de ses matériaux ", ils ne versent au dossier aucun élément, ni n'apportent la moindre précision au soutien d'une telle assertion, permettant d'apprécier l'ampleur des différences ainsi alléguée. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux autorisés, pour partie invisibles depuis l'espace public, seraient, au regard de leur objet limité, de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, ou aux paysages urbains. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit par suite être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense par la commune de Cormeilles-en-Parisis, que M. et Mme D E ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leur demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Cormeilles-en-Parisis a délivré à M. C un permis de construire modificatif relatif à la création d'un abri de jardin, l'extension de la terrasse, et la modification de la façade de sa maison.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Cormeilles-en-Parisis, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme D E la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en revanche, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de M. et Mme D E une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Cormeilles-en-Parisis et non compris dans les dépens.

Sur les conclusions tendant au remboursement des dépens :

13. Aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions tendant à en obtenir le remboursement ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme D E est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D E verseront à la commune de Cormeilles-en-Parisis une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A D E et Mme B G D E, à la commune de Cormeilles-en-Parisis et à M. C.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Even, président,

Mme Aventino, première conseillère,

M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

Le rapporteur,

H. COZICLe président,

B. EVEN

La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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