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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02204

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02204

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02204
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCOTTI CHRISTOPHE AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2000350, la société à responsabilité limitée (SARL) Renovimur a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler les arrêtés n° DP 078 349 19 C0020 et n° DP 078 349 19 C0021 du 19 novembre 2019 par lesquels le maire adjoint de la commune de Longvilliers ne s'est pas opposé aux déclarations préalables de division des parcelles cadastrées ZH20, ZH23, ZH30 et ZH31, de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme s'agissant des arrêtés n° DP 078 349 20 C0003 et n° DP 078 349 20 C0004 du 2 avril 2020, de lui communiquer dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, les arrêtés de non opposition à déclaration préalable du 2 avril 2020, les avis des services de l'Etat relatifs aux déclarations préalables du 2 avril 2020 ainsi que l'entier dossier des déclarations préalables du 2 avril 2020, et enfin de mettre à la charge de la commune de Longvilliers la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2003500, la SARL Renovimur a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler les arrêtés n° DP 078 349 20 C0003 et n° DP 078 349 20 C0004 du 2 avril 2020 par lesquels le maire de la commune de Longvilliers ne s'est pas opposé aux déclarations préalables de division des parcelles cadastrées ZH20, ZH23, ZH30 et ZH31, et de mettre à la charge de la commune de Longvilliers la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2000350-2003500 du 11 juillet 2022, le tribunal administratif de Versailles a, après avoir joint ces deux affaires, prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation des deux arrêtés du 19 novembre 2019 du maire de la commune de Longvilliers, annulé les deux arrêtés du 2 avril 2020 du maire de la commune de Longvilliers, et mis à la charge de la commune de Longvilliers la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 8 septembre 2022, la commune de Longvilliers, représentée par Me Piquet, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a annulé, par son article 2, les deux arrêtés n° DP 078 349 20 C0003 et n° DP 078 349 20 C0004 du 2 avril 2020 par lesquels le maire de la commune de Longvilliers ne s'est pas opposé aux déclarations préalables de division des parcelles cadastrées ZH20, ZH23, ZH30 et ZH31 et en tant qu'il a mis à la charge de la commune de Longvilliers, par son article 3, la somme de 1 500 euros au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative.

2°) de rejeter la requête n° 2003500 ;

3°) et de mettre à la charge de la société Renovimur une somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement est entaché d'une erreur de fait et d'appréciation ;

- la demande est irrecevable dès lors que la société Renovimur ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- le moyen invoqué par voie d'exception tiré de l'illégalité du plan local d'urbanisme, comme incompatible avec la charte du parc naturel régional de la haute vallée de la Chevreuse et avec le schéma de cohérence territoriale du Sud Yvelines est inopérant, dès lors qu'il n'a été ni établi ni démontré que les arrêtés en litige auraient méconnu les dispositions d'urbanisme antérieures alors remises en vigueur, et en tout état de cause infondé ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme doit être écarté dès lors qu'aucune route le long de la rivière située à proximité n'est projetée, qu'aucun équipement ni aménagement commun aux lots à la charge du lotisseur n'est envisagé et qu'aucun permis d'aménagement n'était donc nécessaire ;

- les dispositions de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme et celles de l'article 1AU3 du plan local d'urbanisme n'ont pas été méconnues ;

- l'orientation d'aménagement et de programmation n° 1 du plan local d'urbanisme n'a pas été méconnue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, la SARL Renovimur, représentée par Me Marais, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Longvilliers en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande est recevable, dès lors qu'elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 avril 2024, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cozic,

- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,

- et les observations de Me Piquet pour la commune de Longvilliers, ainsi que celles de Me Marais pour la SARL Renovimur.

Considérant ce qui suit :

1. Le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Longvilliers, adopté le 3 juin 2016, a créé une zone 1AU située en entrée du hameau de la Bâte, sur les parcelles cadastrées ZH20, ZH23, ZH30 et ZH31, anciennement classées en zone NC par l'ancien plan d'occupation des sols (POS) de la commune. Ce nouveau zonage a pour finalité de permettre la réalisation d'un lotissement, situé rue de Bandeville à Longvilliers, prévu dans le cadre de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 1, porté par deux opérateurs, la commune de Longvilliers et le groupement foncier agricole (GFA) de la butte aux lièvres. La SELARL Arkane Foncier a déposé le 23 septembre 2019 pour le compte du GFA de la butte aux lièvres une demande de déclaration préalable de division de parcelles référencée n° DP 078 349 19 C0020 en vue de construire sur ces parcelles. Elle a également déposé le même jour, pour le compte de la commune de Longvilliers, une demande de déclaration préalable de division référencée n° DP 078 349 19 C0021 en vue de construire sur la seule parcelle cadastrée ZH31. Le maire de Longvilliers a délivré le 19 novembre 2019 un arrêté de non-opposition à déclaration préalable au bénéfice du GFA de la butte aux lièvres, ainsi qu'un arrêté de non-opposition à déclaration préalable au bénéfice de la commune. Sur la demande de la SELARL Arkane Foncier, le maire de la commune de Longvilliers a, par deux arrêtés du 20 février 2020, retiré les deux déclarations préalables du 19 novembre 2019. Deux nouvelles demandes de déclaration préalable ont ensuite à nouveau été déposées par la SELARL Arkane Foncier le 21 février 2020. Par un arrêté de non-opposition à déclaration préalable n° DP 078 349 20 C0003 du 2 avril 2020, le maire de Longvilliers a autorisé la SELARL Arkane Foncier à diviser en vue de construire les parcelles ZH20, ZH23, ZH30 et ZH31. Par un arrêté de non-opposition à déclaration préalable n° DP 078 349 20 C0004 du 2 avril 2020, le maire de Longvilliers a autorisé la SELARL Arkane Foncier à diviser en vue de construire la parcelle ZH31. Après avoir joint les deux demandes présentées par la SARL Renovimur, le tribunal administratif de Versailles a, par un jugement n° 2000350-2003500 du 11 juillet 2022, prononcé un non-lieu à statuer sur la demande enregistrée sous le n° 2000350 et annulé les deux arrêtés de non-opposition pris par le maire de Longvilliers le 2 avril 2020. La commune de Longvilliers demande à la cour d'annuler le jugement précité en tant qu'il annule, par son article 2, les deux arrêtés de non-opposition du 2 avril 2020 et qu'il met à la charge de la commune de Longvilliers, par son article 3, la somme de 1 500 euros au titre de l'article 761-1 du code de justice administrative. La commune de Longvilliers demande également le rejet de la demande enregistrée par le tribunal administratif de Versailles sous le n° 2003500.

Sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens relatifs à la régularité du jugement :

Sur la légalité des arrêtés de non-opposition du 2 avril 2020, contestés dans le cadre de l'instance enregistrée par le tribunal administratif sous le n° 2003500 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense devant le tribunal administratif :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que la SARL Renovimur était, à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire, propriétaire de quatre parcelles cadastrées B194 à B198, situées sur le territoire de la commune de Longvilliers, constituant un ensemble sur lequel est édifiée une maison appartenant également à ladite société. Il est constant que cette propriété est située à 130 mètres de distance, en ligne droite, de la partie la plus proche du lotissement devant être réalisé sur les parcelles cadastrées ZH20, ZH23, ZH30 et ZH31. Ce projet de lotissement, constitué de douze lots comportant chacun une maison, est situé en entrée du hameau de la bâte à Longvilliers, le long de la rue de Bandeville, qui forme ensuite, quelques mètres plus loin et après un virage, un croisement avec la rue de la bâte, puis quelques mètres plus loin encore, un nouveau croisement avec la rue de l'étang et la rue du lavoir, où se trouve située la propriété de la SARL Renovimur. Celle-ci-se trouve donc non seulement éloignée du lieu d'implantation du projet en litige par une distance significative, mais en est également séparée par de multiples parcelles sur lesquelles, pour certaines d'entre-elles, sont édifiées des maisons et plantés des arbres et diverses autres végétations empêchant toute co-visibilité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, en dépit de la hauteur des constructions autorisées sur le lotissement, jusqu'à 9 mètres au faîtage et 3 mètres à l'égout du toit, les constructions envisagées pourraient être visibles en quelque point de la propriété de la SARL Renovimur, même au-dessus des obstacles visuels précités, alors qu'il est constant en particulier que les terrains d'assiette du projet sont marqués par une certaine déclivité entre la rue de Bandeville et la rivière La Gloriette. Si la SARL Renovimur, qui ne saurait être regardée comme voisine immédiate du projet, fait état de diverses nuisances susceptibles de résulter du projet, il ne ressort pas des pièces du dossier que la création de douze pavillons puisse provoquer, en répercussion, une augmentation du trafic routier telle qu'elle puisse affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien appartenant à la SARL Renovimur, alors que, en particulier, celle-ci est directement desservie par la rue du lavoir et la rue de l'étang, et que le lotissement est directement desservi par la rue de Bandeville, et la rue de la bâte, dirigeant vers un accès à l'autoroute A10. Le projet prévoit en outre des places de stationnement à l'intérieur de chaque lot mais également le long de la rue de Bandeville, longue rue droite et étroite, dépourvue de tout obstacle visuel significatif, de nature à répondre aux besoins de stationnement corrélés au projet en litige, et d'éviter ainsi d'éventuels stationnements gênants de véhicules. Par suite, la SARL Renovimur ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation des deux arrêtés du 2 avril 2020 par lesquels le maire de la commune de Longvilliers n'a pas fait opposition aux déclarations préalables déposées par la SARL Arkane Foncier.

5. Il résulte de ce qui précède que c'est à tort que le tribunal administratif de Versailles a écarté la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Longvilliers. Il résulte également de tout ce qui précède que la commune de Longvilliers est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a annulé, dans le cadre de l'instance enregistrée sous le n° 2003500, les deux arrêtés du 2 avril 2020 du maire de Longvilliers et a mis à sa charge la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Longvilliers, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la SARL Renovimur au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la SARL Renovimur une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Longvilliers et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les articles 2 et 3 du jugement du tribunal administratif de Versailles n° 2000350-2003500 du 11 juillet 2022 sont annulés.

Article 2 : La demande présentée par la SARL Renovimur devant le tribunal administratif de Versailles, enregistrée sous le n° 2003500, tendant à l'annulation des deux arrêtés du 2 avril 2020, par lesquels le maire de la commune de Longvilliers ne s'est pas opposé aux déclarations préalables de division des parcelles cadastrées ZH20, ZH23, ZH30 et ZH31, est rejetée.

Article 3 : La SARL Renovimur versera à la commune de Longvilliers une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la SARL Renovimur tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à la commune de Longvilliers et à la SARL Renovimur. Copie en sera adressée à la société Arkane Foncier.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Even, président de chambre,

Mme Aventino, première conseillère,

M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

H. COZICLe président,

B. EVENLa greffière,

C. RICHARD

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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