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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE02611

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE02611

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE02611
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBAYSAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 18 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Meudon a refusé de lui délivrer un permis de construire pour procéder à une surélévation partielle d'un immeuble situé 15 avenue Henri IV et de condamner la commune de Meudon à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices causés par ce refus.

Par un jugement n° 2111859 du 20 septembre 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 18 mai 2021, a enjoint à la commune de Meudon de délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 21 novembre 2022, le 26 juillet 2023 et le 19 janvier 2024, la commune de Meudon, représentée par Me Cassin, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de rejeter la demande de Mme A ;

3°) et de mettre à la charge de Mme A la somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est irrégulier dès lors qu'il n'est pas établi que la minute du jugement comporterait la signature manuscrite du président de la formation de jugement, du rapporteur et du greffier, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative ;

- les premiers juges ont statué au-delà des conclusions qui leur étaient soumises en enjoignant à la commune, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à Mme A un permis de construire alors que cette dernière ne demandait que le réexamen ;

- le jugement est entaché d'erreurs de qualification juridique des faits ;

- le projet du pétitionnaire porte atteinte à son environnement et ne s'intègre pas avec les constructions avoisinantes ;

- l'avis de l'architecte des bâtiments de France n'est pas entaché d'irrégularité ; le maire de la commune de Meudon pouvait donc, sans entacher l'arrêté d'erreur de droit ou d'interprétation, le prendre en considération ; le maire ne s'est pas considéré lié par ledit avis défavorable.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 février 2023 et le 4 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Baysan, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la commune de Meudon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cozic,

- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,

- et les observations de Me Menesplier, substituant Me Cassin, pour la commune de Meudon, ainsi que celles de Me Baysan pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, propriétaire d'un appartement au dernier étage d'un immeuble situé 15 avenue Henri IV à Meudon, a déposé le 13 janvier 2021 un permis de construire pour la surélévation partielle de l'immeuble, en vue de créer 60 m2 de surface de plancher supplémentaire dans son appartement. Par un arrêté n° PC 92048 21*0002 du 18 mai 2021, le maire de Meudon a refusé de délivrer le permis de construire sollicité, en opposant le seul motif tiré du non-respect de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, estimant que le projet ne permet pas une insertion qualitative par rapport aux lieux avoisinants. Mme A a formé un recours gracieux contre cet arrêté par courrier du 2 juin 2021, qui a été rejeté par une décision du maire de Meudon du 20 juillet 2021. La commune de Meudon demande à la cour d'annuler le jugement n° 2111859 du 20 septembre 2022, par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 18 mai 2021 et a enjoint au maire de Meudon de délivrer à Mme A le permis de construire sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience. ".

3. Contrairement à ce que soutient la commune de Meudon, il ressort des pièces du dossier que la minute du jugement en litige a été signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience, comme l'exigent les dispositions précitées de l'article R. 741-7 du code de justice administrative. Le moyen invoqué tiré de la méconnaissance de cet article doit par suite être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

5. S'il ressort effectivement des pièces du dossier que, dans son mémoire complémentaire, Mme A a demandé au tribunal administratif qu'il soit enjoint au maire de Meudon uniquement de procéder au réexamen de sa demande de délivrance d'un permis de construire en cas d'annulation de l'arrêté du 18 mai 2021, les dispositions précitées du second alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative permettaient au tribunal de prescrire d'office à la commune de Meudon une mesure que Mme A n'avait pas expressément sollicitée. En enjoignant à la commune de Meudon de délivrer à Mme A un permis de construire, le tribunal administratif ne saurait être regardé comme ayant irrégulièrement statué au-delà des conclusions dont il était saisi.

6. En dernier lieu, hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. La commune de Meudon ne peut donc utilement se prévaloir d'une erreur de qualification juridique des faits qu'auraient commise les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué. Ce moyen doit par suite être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. "

8. Pour l'application de ces dispositions, l'autorité administrative doit apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

9. Le projet en litige, ayant pour objet la surélévation partielle d'un immeuble existant, est situé avenue Henri IV, dans l'agglomération de la commune de Meudon. Aux termes mêmes de l'avis du 8 février 2021 de l'architecte des bâtiments de France, le projet ne s'inscrit pas dans le périmètre de protection de plusieurs monuments historiques, dès lors qu'il ne se trouve pas dans leur champ de visibilité.

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies donnant à voir les alentours du projet, communiquées par les parties, que le paysage urbain avoisinant est composé d'une concentration d'immeubles d'époques de construction différentes et de formes et d'apparences diverses, caractérisant une significative hétérogénéité. Le site environnant comporte ainsi des immeubles en croix, en " U ", des barres, qui sont coiffés, selon les cas, de toitures-terrasses plates, de toitures galbées, de toitures à plusieurs pans, d'autres avec des toitures complexes comportant pour certains des surélévations partielles, de toitures à un ou deux niveaux en attique comme en face de l'immeuble en cause, de toits en zinc et d'autres en tuile. En outre, d'autres immeubles avoisinants, notamment ceux situés en face de l'immeuble en cause, sont d'une hauteur similaire ou approchante, R+3+attique ou R+2+2 niveaux d'attique. Seul l'alignement de cinq immeubles, des nos 11 à 19 de l'avenue Henri IV, dont l'immeuble sur lequel est envisagé le projet, présente une certaine homogénéité. Cette homogénéité s'avère toutefois relative dès lors que seul l'un de ces quatre autres immeubles, le n°17, présente une forme en croix et un gabarit similaires, et que deux autres, situés au n°11 et 13, apparaissent plus massifs, et possédant une forme et une façade différentes.

11. Il ressort en outre des pièces du dossier que le projet en cause a pour objet de créer 60 m2 de surface de plancher en plus, en créant un niveau supplémentaire en attique, sur une partie seulement de la toiture existante. La surélévation envisagée, d'une hauteur de 2,68 m, est d'ampleur modeste et porterait le faîtage du bâtiment à la cote 55.60 NGF au lieu de 52.92 NGF avant travaux. Surtout, il appert que le projet en cause reste fidèle à l'esthétique générale du bâtiment sur lequel il doit être réalisé en termes de couleurs, matériaux, formes et volumes, assurant son insertion dans le paysage urbain, immédiat et plus distant. Dès lors, le maire de la commune de Meudon ne pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, refuser d'accorder à Mme A le permis de construire dont cette dernière sollicitait la délivrance, pour l'unique motif tiré de ce que la surélévation projetée ne permettrait pas d'assurer une insertion qualitative suffisante par rapport aux lieux avoisinants, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

12. Il résulte de ce qui précède que la commune de Meudon n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 18 mai 2021 par lequel le maire de la commune a refusé de délivrer le permis de construire sollicité par Mme A.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Meudon demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Meudon une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la commune de Meudon est rejetée.

Article 2 : La commune de Meudon versera à Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la commune de Meudon et à Mme C A.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Even, président de chambre,

Mme Aventino, première conseillère,

M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

H. COZICLe président,

B. EVENLa greffière,

C. RICHARD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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