jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-23VE01312 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | KHAKPOUR |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2207148, Mme A E a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et enfin, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
II. Par une seconde requête, enregistrée sous le n° 2301180, Mme A E a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler le même arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et enfin de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Par un jugement n° 2207148-2301180 du 12 mai 2022, le tribunal administratif de Versailles a, après avoir joint ces deux affaires, rejeté ces deux demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 14 juin 2023 et le 2 octobre 2023, Mme A E, représentée par Me Khakpour, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'arrêt à intervenir ;
4°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le jugement est irrégulier, en raison d'une motivation insuffisante concernant la durée de sa présence en France et de son état de santé ;
- le jugement est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'elle justifie de la date de son entrée sur le territoire français ;
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la légalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- la composition du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a rendu un avis sur sa situation médicale était irrégulière ;
- l'avis du collège de médecins de l'OFII n'a pas été signé par l'ensemble des médecins le composant ;
- l'avis du collège des médecins de l'OFII ne fait pas référence à l'avis émis par son médecin traitant ;
- le caractère collégial de la délibération de ce collège de médecins n'est pas établi ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation, en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car son état de santé nécessite une prise en charge médicale régulière en réanimation dont l'accès est impossible dans son pays d'origine ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle justifie de la date de son entrée en France ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- cette décision a été prise en violation des stipulations de l'article 11 de la convention franco-mauritanienne du 1er octobre 1992 ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
- ces décisions sont illégales par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 et les dispositions des 3°, 4° et 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;
- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 juillet 2024, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République islamique de Mauritanie signée le 1er octobre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cozic,
- et les observations de Me Khakpour, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante mauritanienne née le 20 juillet 1973, déclare être entrée en France le 24 décembre 2003. Elle s'est vu octroyer deux autorisations provisoires de séjour allant du 31 juillet 2007 au 29 janvier 2008, ainsi que onze cartes de séjour temporaire en raison de son état de santé allant du 28 janvier 2008 au 9 juin 2021. Elle a présenté, le 4 mai 2021, une demande de renouvellement de sa carte de séjour. Par un arrêté du 7 septembre 2022, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme E demande à la cour d'annuler le jugement n° 2207148-2301180 du 12 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. En premier lieu, l'article L. 9 du code de justice administrative dispose que : " Les jugements sont motivés ". Le juge doit ainsi se prononcer, par une motivation suffisante au regard de la teneur de l'argumentation qui lui est soumise, sur tous les moyens expressément soulevés par les parties, à l'exception de ceux qui, quel que soit leur bien-fondé, seraient insusceptibles de conduire à l'adoption d'une solution différente de celle qu'il retient.
3. Contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des termes mêmes du jugement attaqué, en particulier son point 14, que les premiers juges ont pris en compte l'état de santé de Mme E, en particulier tel qu'il est décrit par un certificat médical établi par un médecin pneumologue, mais ont estimé que ces éléments n'étaient pas de nature à contredire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 13 septembre 2021, alors que Mme E n'apportait aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles elle ne pourrait pas bénéficier de manière effective d'un traitement approprié en cas de retour en Mauritanie. En outre, il ressort du point 18 du jugement que les premiers juges ont pris en compte de manière précise la durée de séjour de l'intéressée en France, parmi d'autres aspects de la situation personnelle de E. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du jugement en litige manque en fait et doit dès lors être écarté.
4. En second lieu, hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Mme E ne peut donc utilement se prévaloir de l'erreur de fait qu'auraient commises les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué.
Sur la légalité de l'arrêté du 7 septembre 2022 :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble de l'arrêté contesté :
5. En premier lieu, par un arrêté n°2022-PREF-DCPPAT-BCA-129 du 23 août 2022, régulièrement publié au numéro 126 spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne le même jour, M. C B, sous-préfet de Palaiseau, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet notamment de signer tous arrêtés, décisions et documents relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Palaiseau, à l'exception de certaines mesures restrictivement énumérées, dont ne font pas parties les décisions attaquées. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a déclaré une adresse à Massy, relevant de l'arrondissement de Palaiseau. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de fait et de droit qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, cet arrêté est suffisamment motivé.
7. En dernier lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué, notamment des mentions de fait précises y figurant, que le préfet de l'Essonne a procédé à l'examen particulier de la situation de droit et de fait de la requérante, notamment au regard de son état de santé.
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
8. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Les dispositions de l'article R. 425-12 du même code précisent que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Les dispositions de l'article R. 425-13 du même code prévoient que " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Enfin, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".
9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 13 septembre 2021 a été signé par les docteurs Levy-Attias, Wagner et Van Der Henst, et a été rendu au vu du rapport médical établi par le docteur F. Ces quatre médecins sont expressément mentionnés sur la liste des médecins désignés pour participer au collège à compétence nationale de l'OFII, en annexe 1 de la décision du 10 août 2021 du directeur général de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du collège de médecins de l'OFII, de même que celui tiré du défaut de signature de l'avis du 13 septembre 2021 manquent en fait et doivent être écartés.
10. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucun texte, en particulier des dispositions citées ci-dessus au point 8, que le collège de médecins de l'OFII aurait dû faire expressément référence à l'avis du médecin traitant de Mme E.
11. En troisième lieu, les dispositions citées au point 8 du présent arrêt ont institué une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'OFII, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.
12. En l'espèce, l'avis du collège de médecins du 13 septembre 2021, signé par chacun des trois médecins ayant composé ledit collège, fait expressément mention du délibéré ayant précédé la formulation dudit avis. La requérante, qui se borne à soutenir, sans davantage de précision que " cet avis ne pourra être regardé comme ayant été rendu à l'issue d'une délibération ", et qu'il ne ressortirait pas des pièces du dossier que la garantie tenant à la collégialité des débats aurait été respectée, n'apporte aucun élément de nature à mettre en doute la réalité du caractère collégial de la délibération du collège de médecins ayant rendu l'avis du 13 septembre 2021.
13. En quatrième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
14. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII, du 13 septembre 2021, indiquant que si l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale, et si le défaut de celle-ci peut entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Mme E se borne à faire mention du certificat médical de son médecin traitant du 23 février 2023 indiquant qu'elle souffre d'une " maladie asthmatique sévère, avec plusieurs hospitalisations en réanimation pour détresse respiratoire secondaire à des crises d'asthme aigüe grave ". Ce même certificat précise que l'état de santé de l'intéressée nécessite un suivi médical en France, une prise en charge thérapeutique lourde et qu'elle " ne pourra pas rentrer dans son pays d'origine ". La requérante verse également au dossier un certificat médical établi le 6 janvier 2009 par un médecin du service de médecine interne de néphrologie du centre hospitalier de Poissy-Saint-Germain indiquant que l'état de santé de l'intéressée " nécessite des soins et un traitement continus non disponibles dans son pays d'origine ", ainsi qu'un compte-rendu d'hospitalisation du 19 au 25 mars 2020, faisant état de l'asthme sévère et de l'insuffisance rénale chronique dont elle souffre. Toutefois, ces attestations ne détaillent pas la nature et les caractéristiques du traitement ou de la prise en charge dont a besoin Mme D. En outre, il n'est pas établi que les médecins ayant rédigé ces certificats auraient disposé d'informations spécifiques et pertinentes concernant les structures sanitaires en Mauritanie, en particulier pour la prise en charge de l'état de santé de l'intéressée. Deux certificats établis par des médecins mauritaniens sont également versés au dossier, respectivement datés du 9 septembre 2023 et du 17 avril 2024. Le premier certificat indique que Mme E ne pourra pas être prise en charge, mais uniquement au sein du centre hospitalier de Selibaby, du fait de l'absence de certains services et spécialistes au sein de la structure, ainsi que d'une molécule spécifique, le Xolair, dans le pays. La seconde attestation, établie par un pneumologue du centre hospitalier national de Nouakchott, confirme l'absence de traitement par Xolair, et fait également état de " l'absence de service de soins intensifs respiratoires ", sans préciser si cette absence concerne l'ensemble du pays, certaines régions, certaines villes ou uniquement le centre hospitalier dans lequel il exerce. La requérante ne verse en outre pas au dossier de pièce ou d'élément mentionnant les médicaments qui lui sont prescrits, hormis une ordonnance du 9 mars 2018, ne faisant toutefois pas mention du Xolair. L'ensemble des pièces et éléments précités versés au dossier, au regard des termes dans lesquels ils sont rédigés, ne sauraient suffire à remettre en cause l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII et l'appréciation portée par l'administration. En conséquence, l'arrêté attaqué par lequel le préfet de l'Essonne a refusé à Mme E la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas méconnu ces dispositions.
15. En cinquième lieu, si Mme E produit la copie de son passeport revêtu d'un visa court séjour et sur lequel a été apposé un tampon par les autorités françaises le jour de son arrivée en France le 24 décembre 2003, le préfet a seulement relevé dans l'arrêté en litige que l'intéressée n'avait pas justifié devant lui de la réalité de cette date d'entrée. En tout état de cause, le préfet a expressément pris en compte la durée de séjour en France de Mme E, notamment sous couvert d'autorisations provisoires de séjour et de cartes de séjour temporaire de manière continue depuis juillet 2007. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur de fait sur ce point doit par suite être écarté.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
17. Si Mme E justifie d'une importante durée de séjour régulier en France, depuis 2007, elle ne justifie pour autant d'aucune forme d'intégration à la société français, ni de l'existence d'attaches personnelles ou amicales particulières. De même, alors qu'elle verse au dossier la copie des cartes de séjour de son frère et de sa sœur ainsi que la copie de la carte nationale d'identité de sa nièce, il est constant, ainsi qu'elle l'a elle-même renseigné à l'appui de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, que son époux et leurs six enfants résident tous en Mauritanie, ainsi que sa propre mère. Ainsi, la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme E n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette même décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
18. En septième lieu, aux termes de l'article 11 de la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République islamique de Mauritanie signée à Nouakchott le 1er octobre 1992 : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacun des Etats contractants établis sur le territoire de l'autre Etat peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil. Ce titre de séjour est renouvelable de plein droit, les droits et taxes exigibles lors de sa délivrance ou de son renouvellement devant être fixés selon un taux raisonnable ". Aux termes de l'article 13 de la même convention : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. () / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / La condition de ressources prévue au premier alinéa n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".
19. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que Mme E aurait formulé une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour valable dix ans sur le fondement de l'article 11 précité de la convention franco-mauritanienne. La requérante ne saurait en conséquence utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations. En tout état de cause, s'il ressort des pièces du dossier que Mme E a demandé le bénéfice du revenu de solidarité active en 2012 et qu'elle s'est vu reconnaître par une décision du 13 octobre 2011 la qualité de travailleur handicapé pour la période du 1er juin 2011 au 31 mai 2013, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que Mme E serait titulaire de l'allocation aux adultes handicapés, ni qu'elle bénéficierait de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 11 de la convention franco-mauritanienne doit être écarté.
20. En dernier lieu, aux termes de l'article L.432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; / 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10. ".
21. Mme E n'est pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour, ni ne relève d'aucun des cas mentionnés par les dispositions précitées de l'article L. 432-13. Par suite, le préfet de l'Essonne n'était pas tenu, avant de rejeter sa demande, de soumettre son cas à la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
23. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () ".
24. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige, et il n'est pas contesté en défense par le préfet de l'Essonne, que Mme E a obtenu deux autorisations provisoires de séjour valables du 31 juillet 2007 au 29 janvier 2008, puis de onze cartes de séjour temporaires en raison de son état de santé, valables du 28 janvier 2008 au 9 juin 2021, dont l'intéressée a demandé le renouvellement par une demande enregistrée le 4 mai 2021. Elle justifie ainsi, à la date de l'arrêté en litige, de plus de dix années de résidence régulière et continue en France. Par suite, le préfet de l'Essonne ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-3, obliger Mme E à quitter le territoire français. Ainsi, la décision en litige, portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle fixant le pays de destination, sont entachées d'illégalité.
25. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, que Mme E est uniquement fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
26. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
27. Eu égard à ses motifs, le présent arrêt n'implique pas nécessairement la délivrance à Mme E d'un titre de séjour. Par suite, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la demande de l'intéressée, dans le délai trois mois à compter de la notification du présent arrêt et de lui délivrer, dans l'attente de cette décision, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
28. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Khakpour, avocate de Mme E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Khakpour de la somme de 1 000 euros.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 7 septembre 2022 est annulé en tant seulement qu'il oblige Mme E à quitter le territoire français et qu'il fixe le pays de renvoi.
Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Versailles n° 2207148-2301180 du 12 mai 2022 est annulé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de Mme E, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Une somme de 1 000 euros sera versée par l'Etat à Me Khakpour, avocate de Mme E, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A E, à Me Khakpour, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Even, président,
Mme Aventino, première conseillère,
M. Cozic, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.
Le rapporteur,
H. COZICLe président,
B. EVEN
La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026