Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
I. L’association Les familles richelaises a demandé au tribunal administratif de Poitiers, à titre principal, d’annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la préfète de la Vienne sur la demande qu’elle lui a adressée le 12 septembre 2020, tendant à mettre en demeure la société civile d’exploitation agricole (SCEA) Eliporc de régulariser la situation administrative de son installation pour y intégrer toutes ses extensions et mettre à jour son plan d’épandage, de suspendre l’exploitation du site de Courcoué (Indre-et-Loire) dans l’attente de cette régularisation et, à titre subsidiaire, de reconnaitre l’unicité de l’élevage de Pouant (Vienne) et de l’installation de méthanisation exploitée sur ce site par la société Les Grandes Causses.
Par un jugement n° 2100152 du 28 mars 2023, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande.
Par une requête enregistrée le 16 mai 2023 au greffe de la cour administrative d’appel de Bordeaux, l’association Les familles richelaises a relevé appel de ce jugement.
Le dossier de la requête a été transmis au Conseil d’État par une ordonnance du 14 novembre 2023 par le président de la cour administrative d’appel de Bordeaux sur le fondement des articles R. 344-1 à R. 344-3 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 1er décembre 2023, le président de la section du contentieux du Conseil d’État a attribué le jugement de la requête à la cour administrative d’appel de Versailles.
II. L’association Les familles richelaises a demandé au tribunal administratif d’Orléans d’annuler l’arrêté du 7 juillet 2021 par lequel la préfète d’Indre-et-Loire a enregistré, au nom de la SCEA Eliporc, un élevage de 2 288 animaux équivalents au lieu-dit les Varennes Bourgneuf sur le territoire de la commune de Courcoué et de suspendre l’exploitation du site de Courcoué.
Par un jugement n° 2103004 du 18 juillet 2023 le tribunal administratif d’Orléans a annulé cet arrêté du 7 juillet 2021 de la préfète d’Indre-et-Loire.
Procédure devant la cour :
I) Par une requête et des mémoires enregistrés sous le numéro 23VE02667, les 7 décembre 2023, 19 décembre 2024 et 10 février 2025, l’association Les familles richelaises, représentée par Me Delalande, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler le jugement n° 2100152 du 28 mars 2023 du tribunal administratif de Poitiers ;
2°) d’annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la préfète de la Vienne sur la demande qu’elle lui a adressée le 12 septembre 2020, tendant à mettre en demeure la SCEA Eliporc de régulariser la situation administrative de son installation pour y intégrer toutes ses extensions et mettre à jour son plan d’épandage ;
3°) d’enjoindre au préfet d’Indre-et-Loire d’édicter un arrêté mettant en demeure la SCEA Eliporc de déposer une demande d’autorisation environnementale pour les sites de Pouant et Courcoué au regard de l’article 3660 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement ou, à titre subsidiaire, d’enjoindre au même préfet d’édicter un arrêté mettant en demeure la SCEA Eliporc de déposer une demande d’examen au cas par cas en vue de la réalisation éventuelle d’une évaluation environnementale au titre des dispositions de l’article R. 122-3-1 du code de l’environnement pour le site de Pouant ;
4°) et de mettre à la charge, d’une part, de l’État et, d’autre part, de la SCEA Eliporc, la somme de 2 000 euros chacun en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa demande de première instance était recevable ;
- l’installation d’élevage porcin de la SCEA Eliporc située à Courcoué, compte tenu de sa connexité et de sa proximité avec celle située à Pouant et de leurs incidences cumulées sur la ressource en eau du bassin versant de la Vienne tourangelle, aurait dû faire l’objet d’une demande d’autorisation environnementale ;
- suite à l’annulation de l’arrêté du 3 décembre 2015 par le tribunal administratif de Poitiers, la préfète aurait dû enjoindre à la SCEA Eliporc de mettre à jour son plan d’épandage par le biais d’une autorisation environnementale ;
- le Conseil d’État doit être saisi, en application de l’article L. 113-1 du code de justice administrative, de l’appréciation du périmètre du projet qui doit être appréhendé dans son ensemble au sens de l’article L. 122-1 du code de l’environnement ;
- les installations de la SCEA Eliporc doivent être regardées comme un projet devant être appréhendé dans son ensemble et dont les modifications, telles que l’ajout d’un deuxième site et la mise à jour des plans d’épandage, susceptibles d’avoir des incidences négatives substantielles sur l’environnement, doivent faire l’objet d’une évaluation environnementale ou à tout le moins d’un examen au cas par cas de la nécessité d’une évaluation environnementale.
Par un mémoire enregistré le 7 décembre 2023, la SCEA Eliporc, représentée par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter, Audrey d’Halluin et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l’association Les familles richelaises.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2025, la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 31 mars 2025.
Par un courrier du 26 août 2025, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que la cour était susceptible de relever d’office qu’il n’y avait pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par l’association Les familles richelaises tendant à l’annulation de la décision implicite en tant qu’elle refuse de mettre en demeure la société Eliporc de « régulariser sa situation administrative en déclarant l’extension sur son site de Pouant d’une installation de méthanisation », dès lors que la déclaration de cette installation du 24 novembre 2017 est devenue caduque et a cessé de produire ses effets en application de l’article R. 512-74 du code de l’environnement.
II) Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n° 23VE02669 les 7 décembre 2023, 7 mars 2024 et 4 octobre 2024, la SCEA Eliporc, représentée par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter, Audrey d’Halluin et associés, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement n° 2103004 du 18 juillet 2023 du tribunal administratif d’Orléans ;
2°) de rejeter la requête de l’association Les familles richelaises tendant à l’annulation de l’arrêté du 7 juillet 2021 par lequel la préfète d’Indre-et-Loire a enregistré, au nom de la société Eliporc, un élevage de 2 288 animaux équivalents au lieu-dit les Varennes Bourgneuf sur le territoire de la commune de Courcoué ;
3°) de mettre à la charge de l’association Les familles richelaises une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions tendant à ce que la cour déclare nul de tout effet juridique l’actualisation du plan d’épandage communiqué à la préfecture d’Indre-et-Loire le 29 février 2024 sont irrecevables ;
- l’arrêté du 7 juillet 2021 ne méconnait pas les dispositions du 1° de l’article L. 512-7-2 du code de l’environnement au regard des caractéristiques du projet et de la localisation du projet dès lors que :
- il engendre une diminution du besoin de la ressource en eau et qu’il respecte les prescriptions applicables aux épandages dans les zones vulnérables faisant l’objet d’une protection particulière ;
- la situation du projet dans le bassin versant de la Vienne tourangelle, à proximité de la Veude et du Mâble, ne permet pas plus d’imposer une évaluation environnementale et donc le basculement vers la procédure d’autorisation dès lors que la nappe du cénomanien présente un bon état chimique et n’est pas répertoriée comme étant à risque ;
- aucune des parcelles comprises dans le plan d’épandage n’est située dans le périmètre de protection des sept captages prioritaires au regard des concentrations nitrates de ce bassin versant ni même dans le périmètre de protection des autres captages non prioritaires et alors que certaines parcelles à proximité de ces périmètres ont été retirées du plan d’épandage ;
- l’augmentation de la surface d’épandage est justifiée par une meilleure prise en compte du besoin des plantes et de la fertilisation des sols ;
- le projet est également compatible avec les exigences du SDAGE Loire-Bretagne, la directive Nitrates, le plan de protection de l’atmosphère, la charte du parc naturel et la zone Natura 2 000 ;
- l’arrêté du 7 juillet 2021 ne méconnait pas les dispositions du 2° de l’article L. 512-7-2 du code de l’environnement dès lors que le cumul des incidences s’apprécie au regard des autres projets d’installations, ouvrages ou travaux et non des installations existantes au jour de la demande du pétitionnaire ;
- les installations de Pouant et de Courcoué ne présentent pas de lien de connexité ni de proximité ; elles ne constituent pas un élevage unique.
Par des mémoires enregistrés les 23 janvier 2024, 17 avril 2024, 13 septembre 2024, 20 septembre 2024, 17 octobre 2024, 19 décembre 2024 et 18 mars 2025, l’association Les familles richelaises, représentée par Me Delalande, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que la cour prononce la suspension de toute activité sur le site à compter de la notification de l’arrêt ;
3°) à ce que la SCEA Eliporc soit mise en demeure de déposer une autorisation environnementale pour ses sites de Pouant et Courcoué ou, à défaut de connexité de ces sites, pour l’exploitation de Courcoué, dans un délai de trois mois à compter de la notification de l’arrêt ;
4°) à l’annulation du récépissé du 18 juin 2024 du préfet d’Indre-et-Loire donnant acte de l’actualisation du plan d’épandage communiqué le 29 février 2024 ;
5°) à ce que la cour constate l’absence de récépissé de changement d’exploitant ;
6°) à ce que soit mise à la charge, d’une part, de l’État et, d’autre part, de la SCEA Eliporc, la somme de 2 000 euros chacun en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la SCEA Eliporc ne sont pas fondés et soutient que :
- les installations des sites de Pouant et de Courcoué constituent un élevage unique relevant de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement soumises à autorisation environnementale, qui auraient dû faire l’objet d’un nouvel arrêté d’autorisation environnementale au regard des dispositions de l’article L. 181-1 du code de l’environnement ;
- le Conseil d’État doit être saisi, en application de l’article L. 113-1 du code de justice administrative, de l’appréciation du périmètre du projet qui doit être appréhendé dans son ensemble au sens de l’article L. 122-1 du code de l’environnement ;
- si le préfet a délivré le 18 juin 2024 un récépissé donnant acte de la mise à jour du plan d’épandage du site de Courcoué par la SCEA Eliporc, ce plan correspond à celui annulé par le jugement en litige ;
- le récépissé est illégal par voie de conséquence de l’illégalité de l’arrêté du 7 juillet 2021 et du plan d’épandage associé ;
- il est contraire aux dispositions de l’article R. 122-2 du code de l’environnement et de l’article 27-2 de l’arrêté du 27 décembre 2013 ;
- le jugement n’est pas entaché d’une contradiction dès lors que le changement d’exploitant n’a pas été définitivement acté et méconnait les dispositions de l’article R. 181-47 du code de l’environnement ; il nécessite un nouvel arrêté ou un arrêté complémentaire pour les changements substantiels apportés à l’exploitation.
Par un mémoire enregistré le 29 mai 2024, le syndicat mixte d’alimentation en eau potable Richelieu-Courcé, représenté par Me Berrezai, conclut au rejet de son appel en cause et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l’association Les familles richelaises en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les conclusions tendant à ce qu’il soit appelé en cause et produise l’étude hydrogéologique des aires d’alimentation des captages de la commune de Braslou et un diagnostic des pressions agricoles sont irrecevables et non fondées.
La ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche a présenté des observations enregistrées le 13 mars 2025. Elle conclut à l’annulation du jugement en litige en faisant valoir qu’il est entaché d’une contradiction entre ses motifs et son dispositif et d’une erreur de droit.
La clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 31 mars 2025.
Par un courrier du 28 août 2025, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que la cour était susceptible de relever d’office l’irrecevabilité des conclusions de l'association Les familles richelaises tendant à l’annulation du récépissé du préfet d’Indre-et-Loire du 18 juin 2024 donnant acte à la SCEA Eliporc de l’actualisation du plan d’épandage et à ce que la cour constate l’absence de récépissé de changement d’exploitant, qui sont nouvelles en appel.
III) Par une lettre enregistrée le 8 juin 2024, l’association Les familles A... a demandé l’exécution du jugement du tribunal administratif d’Orléans n° 2103004 du 18 juillet 2023.
Par une ordonnance du 12 juin 2024, la présidente de la cour administrative d’appel de Versailles a ouvert une procédure juridictionnelle sous le n° 24VE01576.
Par des mémoires enregistrés les 12, 13, 22, 26 et 28 juin 2024, 1er, 10, 12, 17 et 25 juillet 2024, 1er février 2025, 1er et 16 mars 2025, ainsi qu’un mémoire enregistré le 30 août 2025, non communiqué, l’association Les familles A..., représentée par Me Delalande, sollicite l’exécution du jugement du tribunal administratif d’Orléans n° 2103004 du 18 juillet 2023.
Elle demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’enjoindre au préfet d’Indre-et-Loire de mettre en demeure la SCEA Eliporc de déposer une nouvelle demande d’autorisation environnementale pour la régularisation de son site d’élevage de porcs situé à Courcoué ;
2°) d’abroger toutes les autorisations antérieures de l’installation dont l’exploitation n'est plus conforme aux arrêtés compte tenu de la nouvelle situation de fait et de droit ;
3°) de retirer, d’abroger ou de suspendre de tous ses effets juridiques, à titre conservatoire, le récépissé délivré le 18 juin 2024 donnant acte de l’actualisation du plan d’épandage du site de Courcoué ;
4°) et de suspendre, durant l’instruction de la nouvelle demande d’autorisation, l’exploitation de cet élevage, dès la notification de la décision et sous astreinte.
Elle soutient que :
- le jugement en cause a implicitement écarté le changement d’exploitant ;
- ce changement d’exploitant n’a pas été définitivement acté et méconnait les dispositions des articles R. 181-47 et R. 513-1 du code de l’environnement ainsi que la directive 2011/92/UE du Parlement européen et du Conseil concernant l’évaluation des incidences sur l’environnement, telle que modifiée par la directive 2014/52/UE ; il nécessite un nouvel arrêté d’autorisation ou un arrêté complémentaire pour les changements substantiels apportés à l’exploitation ;
- le récépissé du préfet d’Indre-et-Loire du 18 juin 2024 donnant acte de la mise à jour du plan d’épandage du site de Courcoué par la SCEA Eliporc constitue une mesure d’exécution du jugement ;
- le récépissé méconnaît l'autorité de la chose jugée dès lors que le tribunal a jugé que la sensibilité environnementale du territoire aux épandages d’effluents d'élevages nécessitait une évaluation environnementale préalable ;
- il est contraire aux dispositions de l’article R. 122-2 du code de l’environnement et de l’article 27-2 de l’arrêté du 27 décembre 2013 ;
- en l’absence de tout motif d’intérêt général et devant les dangers et inconvénients nouveaux de l'épandage des effluents d'élevage sur le voisinage, l'environnement et la ressource en eau, le fonctionnement provisoire de cet élevage ne peut être autorisé sans l'évaluation environnementale requise.
Par deux mémoires enregistrés les 8 et 31 juillet 2024, la SCEA Eliporc, représentée par la SCP Manuel Gros, Héloïse Hicter, Audrey D’Halluin et associés, conclut au rejet de cette demande et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l’association Les familles richelaises en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les demandes de l’association sont irrecevables dès lors qu’elles ne relèvent pas de l’office du juge de l’exécution et que le jugement a été entièrement exécuté.
Par un mémoire enregistré le 13 mars 2025, la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche conclut au rejet de cette demande.
Elle soutient que les demandes de l’association sont irrecevables et que le jugement a été entièrement exécuté.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l’évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l’environnement ;
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Aventino,
les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,
les observations de Me Lachal pour la SCEA Eliporc,
et les observations de Me Ligneau pour le syndicat mixte d’alimentation en eau potable Richelieu-Courcé.
Une note en délibéré présentée pour la SCEA Eliporc a été enregistrée le 23 octobre 2025 et n’a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. La SCEA Eliporc exploite un élevage intensif de porcs d’une capacité de 10 468 animaux-équivalents aux lieux-dits « Les Ouches », « La vallée de Puyraveau », et « Les Terres Rouges » sur le territoire de la commune de Pouant (Vienne). Le 24 avril 2019, elle a informé la préfète d’Indre-et-Loire de la reprise de l’élevage porcin de l’exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Rolland au lieu-dit « Les Varennes Bourgneuf » sur le territoire de la commune de Courcoué (Indre-et-Loire), située à huit kilomètres de son élevage de Pouant (Vienne). La préfète d’Indre-et-Loire a pris acte de ce changement d’exploitant par un courrier du 20 novembre 2020. L’association Les familles richelaises a, par un courrier du 12 septembre 2020, demandé au préfet de la Vienne de mettre en demeure la SCEA Eliporc de régulariser sa situation administrative en déposant une demande d’autorisation environnementale reconnaissant l’unicité des sites de Pouant et de Courcoué et en mettant à jour son plan d’épandage, et de reconnaitre que l’installation de méthanisation exploitée par la SARL Les grands causses à Pouant est intégrée à l’exploitation d’élevage de Pouant. En l’absence de réponse du préfet de la Vienne à cette demande, une décision implicite de rejet est née et a été contestée par l’association Les familles richelaises devant le tribunal administratif de Poitiers. Par la requête n° 23VE02667, l’association Les familles richelaises fait appel du jugement n° 2100152 du 28 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Poitiers a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cette décision.
2. La SCEA Eliporc a également déposé, le 9 novembre 2020, un dossier de demande d’enregistrement de modifications projetées pour l’élevage de Courcoué. La préfète d’Indre-et-Loire a, par un arrêté du 7 juillet 2021, procédé à l’enregistrement de la restructuration de cet élevage porcin, relevant de la rubrique 2102-1 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement, portant principalement sur la spécialisation du site dans le post-sevrage et l’engraissement des porcs, l’augmentation de l’effectif porté à 2 288 animaux équivalents et la modification du plan d’épandage. Par la requête n° 23VE02669, la SCEA Eliporc demande à la cour d’annuler le jugement n° 2103004 du 18 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif d’Orléans, saisi par l’association Les familles A..., a annulé cet arrêté du 7 juillet 2021. Par la voie de l’appel incident, l’association Les familles richelaises demande à la cour de prononcer la suspension de toute activité sur le site à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, de mettre en demeure la SCEA Eliporc de déposer une autorisation environnementale pour ses sites de Pouant et Courcoué ou, à défaut de connexité de ces sites, pour l’exploitation de Courcoué, dans un délai de trois mois à compter de la notification de l’arrêt, d’annuler le récépissé du 18 juin 2024 du préfet d’Indre-et-Loire donnant acte de l’actualisation du plan d’épandage communiqué le 29 février 2024 et de constater l’absence de récépissé de changement d’exploitant.
3. Par la requête n° 24VE01576, l’association Les familles A... demande à la cour de prescrire les mesures nécessaires à l’exécution du jugement n° 2103004 du 18 juillet 2023 du tribunal administratif d’Orléans.
Sur la jonction :
4. Les requêtes visées ci-dessus numéros 23VE02667, 23VE02669 et 24VE01576, qui tendent à l’annulation de deux jugements portant sur l’exploitation des élevages de porc de la SCEA Eliporc et à l’exécution de l’un de ces jugements, présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul arrêt.
Sur le non-lieu à statuer dans l’instance n° 23VE02667 :
5. Aux termes de l’article R. 512-74 du code de l’environnement « I. - L'arrêté d'enregistrement ou la déclaration cesse de produire effet lorsque, sauf cas de force majeure ou de demande justifiée et acceptée de prorogation de délai, l'installation n'a pas été mise en service dans le délai de trois ans. (…) ».
6. Il résulte de l’instruction que le 24 novembre 2017, la SARL Élevage des Grandes Causses, dont la SCEA Eliporc est l’unique actionnaire, a déposé auprès des services de la préfecture de la Vienne, au titre de la législation relative aux installations classées pour la protection de l’environnement, une déclaration d’une unité de méthanisation située sur le territoire de la commune de Pouant. Toutefois, constatant que cette installation n’a pas été mise en service dans le délai imparti par les dispositions précitées de l’article R. 512-74 du code de l’environnement, le préfet de la Vienne a notifié à cette société, par un courrier du 8 février 2021, la caducité de sa déclaration. Dès lors que la déclaration du 24 novembre 2017 a ainsi cessé de produire ses effets, les conclusions présentées par l’association Les familles richelaises dans l’instance n° 23VE02667 tendant à l’annulation de la décision implicite en tant qu’elle refuse de mettre en demeure la société Eliporc de « régulariser sa situation administrative en déclarant l’extension sur son site de Pouant d’une installation de méthanisation » sont devenues sans objet et il n’y a pas lieu d’y statuer.
Sur l’irrecevabilité des conclusions nouvelles en appel dans l’instance n° 23VE02669 :
7. Les conclusions de l’association Les familles richelaises présentées dans son appel incident dans le cadre de l’instance n° 23VE02669 et tendant à l’annulation ou au prononcé de la nullité du récépissé du 18 juin 2024 du préfet d’Indre-et-Loire donnant acte à la SCEA Eliporc de l’actualisation du plan d’épandage pour son site de Courcoué et à ce que la cour constate l’absence de récépissé de changement d’exploitant, présentent le caractère de conclusions nouvelles en appel et sont par suite irrecevables.
Sur la régularité du jugement n° 2103004 :
8. La ministre chargée de la transition écologique reproche au tribunal administratif d’Orléans d’avoir entaché son jugement n° 2103004 d’irrégularité en indiquant de façon contradictoire, commettant ainsi une erreur de droit, que l’association Les familles richelaises était fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 7 juillet 2021 par lequel la préfète d’Indre-et-Loire a enregistré un élevage de 2 288 animaux équivalents au lieu-dit « Les Varennes Bourgneuf » à Courcoué associé à un plan d’épandage d’une surface épandable de 454,51 hectares, et que cette annulation impliquait par elle-même la cessation de l’exploitation. Toutefois, les contradictions dans les seuls motifs d’un jugement, de même que les erreurs de droit, affectent le bien-fondé de ce jugement et non sa régularité.
Sur la légalité de la décision implicite de rejet et de l’arrêté du 7 juillet 2021 :
En ce qui concerne le cadre du litige et l’office du juge :
9. En vertu des articles L. 171-11 et L. 514-6 du code de l’environnement, les décisions prises par le préfet d’une part, dans le cadre de ses pouvoirs de police et notamment du pouvoir qu’il tient de l’article L. 171-7 de mettre en demeure un exploitant de régulariser sa situation au regard de la législation relative aux installations classées pour la protection de l’environnement, et, d’autre part, dans le cadre des enregistrements de ces installations, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction.
10. Il appartient au juge du plein contentieux de l’autorisation environnementale d’apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d’autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l’autorisation. Il appartient au juge du plein contentieux de l’autorisation environnementale d’apprécier le respect des règles de fond régissant l’installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce. Cependant, la légalité de l'autorisation au regard des règles d'urbanisme s’apprécie au regard de celles de ces règles applicables à la date de la délivrance de ladite autorisation.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision implicite en tant qu’elle rejette la demande de l’association, d’une part, de constater le caractère unique des deux exploitations de la SCEA Eliporc, et partant de la mettre en demeure de déposer une autorisation environnementale, et, d’autre part, de mettre à jour son plan d’épandage :
S’agissant du caractère unique des sites d’élevage de Pouant et de Courcoué :
11. Aux termes de l’article L. 171-7 du code de l’environnement : « I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. (…) ». L’article L. 181-1 de ce code dispose : « L'autorisation environnementale, dont le régime est organisé par les dispositions du présent livre ainsi que par les autres dispositions législatives dans les conditions fixées par le présent titre, est applicable aux activités, installations, ouvrages et travaux suivants, lorsqu'ils ne présentent pas un caractère temporaire : 2° Installations classées pour la protection de l'environnement mentionnées à l'article L. 512-1 ; (…) L'autorisation environnementale inclut les équipements, installations et activités figurant dans le projet du pétitionnaire que leur connexité rend nécessaires à ces activités, installations, ouvrages et travaux ou dont la proximité est de nature à en modifier notablement les dangers ou inconvénients. ». L’article L.181-3 de ce code précise : « I.- L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L.211-1 et L.511-1, selon les cas. (…) ». Enfin, aux termes l’article L.181-14 de ce code : « Toute modification substantielle des activités, installations, ouvrages ou travaux qui relèvent de l'autorisation environnementale est soumise à la délivrance d'une nouvelle autorisation, qu'elle intervienne avant la réalisation du projet ou lors de sa mise en œuvre ou de son exploitation ».
12. Si deux installations soumises à la législation relative aux installations classées se trouvent sur des sites distincts, ces installations peuvent être néanmoins regardées comme formant un élevage unique au regard d’un faisceau d’indices relatifs, notamment, à la distance entre les deux installations, à l’existence d’une communauté de moyens, à l’existence d’une même entité économique, à la gestion agronomique commune des effluents, à l’existence d’un plan d’épandage commun et aux nuisances vis-à-vis des tiers.
13. Il résulte de l’instruction que les deux installations d’élevage de porcs en cause sont exploitées par la même entité économique, la SCEA Eliporc, et situées sur le territoire de deux communes distinctes, Pouant (Vienne) et Courcoué (Indre-et-Loire), à une distance de huit kilomètres ; elles constituaient deux entités indépendantes jusqu’au rachat de l’EARL Rolland par la SCEA Eliporc. Il ne résulte pas de l’instruction que ces installations, qui disposent chacune de leur numéro SIRET, de leurs propres infrastructures de stockage, sans mutualisation de moyens matériels ou humains, soient économiquement dépendantes l’une de l’autre. Chaque élevage possède également son propre plan d’épandage, dont aucune zone n’est partagée entre les deux exploitations. Enfin, eu égard à leur distance notamment, elles ne sont pas de nature à engendrer des nuisances directes cumulées vis-à-vis des tiers. Dans ces conditions, les deux élevages ne peuvent être regardés comme constituant une seule exploitation nécessitant que le préfet mette en demeure la SCEA Eliporc de déposer une demande d’autorisation environnementale unique pour ses deux installations au titre de la législation sur les installations classées.
S’agissant de la nécessité de soumettre l’autorisation à la procédure d’évaluation environnementale :
14. Si l’association Les familles richelaises soutient que le préfet aurait dû, au regard des incidences cumulées sur l’environnement des installations exploitées par la société, dans le cadre de la mise en demeure de la société de régulariser sa situation en déposant un dossier de demande d’autorisation environnementale, imposer la réalisation d’une évaluation environnementale, ou à tout le moins mettre en œuvre la procédure au cas par cas, compte tenu de la sensibilité du site et notamment des cours d’eau, dont la pollution aux nitrates est avérée, il résulte de ce qui a été dit au point 13 que le préfet n’était pas tenu de mettre en demeure la SCEA Eliporc de déposer une demande d’autorisation environnementale unique pour ses deux installations. Le moyen tiré du vice de procédure ne peut dès lors qu’être écarté.
S’agissant de la mise à jour du plan d’épandage :
15. Aux termes de l’article L. 171-8 du code de l’environnement : « I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe, par le même acte ou par un acte distinct, les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. (…) ».
16. L’association requérante soutient qu’après l’annulation par le tribunal administratif de Poitiers, le 17 janvier 2018, de l’arrêté du 3 décembre 2015 autorisant la SCEA Eliporc à poursuivre l’exploitation de son site de Pouant sous certaines conditions, le préfet de la Vienne doit mettre en demeure cette société de mettre à jour son plan d’épandage pour le mettre en conformité avec les arrêtés précédents. Il résulte de l’instruction qu’à la suite de la visite sur site, le 4 décembre 2020, des services de la direction départementale de la protection des populations de la Vienne, le préfet de la Vienne a, par un courrier du 20 janvier 2021, demandé à la SCEA Eliporc de fournir un nouveau dossier de déclaration de modification notable du plan d’épandage du site de Pouant. Ce faisant, il a nécessairement constaté que l’épandage mis en œuvre par la SCEA pour ce site ne se limitait pas aux parcelles reconnues aptes figurant à l’annexe 2b de l’arrêté complémentaire du 28 mai 2010. Il ne résulte pas de l’instruction que la SCEA aurait, à la date du présent arrêt, fourni un tel dossier ou qu’elle aurait contesté le courrier précité et déclaré se conformer au plan d’épandage autorisé en 2010. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû mettre en demeure la SCEA Eliporc de mettre à jour son plan d’épandage sur le site de Pouant ou de se conformer au plan d’épandage initial en application de l’article L. 171-8 du code de l’environnement précité doit être accueilli. En revanche, à supposer même que la SCEA Eliporc souhaite modifier son plan d’épandage, cette modification d’une autorisation d’exploiter ne peut automatiquement être qualifiée de substantielle, de sorte que le moyen tiré de ce que le préfet doit mettre en demeure la SCEA de réaliser une évaluation environnementale doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que l’association Les familles richelaises est seulement fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué n° 2100152 du 28 mars 2023, le tribunal administratif de Poitiers a refusé de faire droit à sa demande d’annulation de la décision implicite en tant qu’elle rejette la demande de l’association de mettre en demeure la SCEA Eliporc de se conformer au plan d’épandage autorisé ou de déposer une demande de mise à jour de son plan d’épandage pour le site de Pouant.
En ce qui concerne la légalité de l’arrêté du 7 juillet 2021 :
S’agissant du moyen d’annulation retenu par les premiers juges :
18. D’une part, aux termes de l’article L. 512-7 du code de l’environnement : « I. — Sont soumises à autorisation simplifiée, sous la dénomination d'enregistrement, les installations qui présentent des dangers ou inconvénients graves pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1, lorsque ces dangers et inconvénients peuvent, en principe, eu égard aux caractéristiques des installations et de leur impact potentiel, être prévenus par le respect de prescriptions générales édictées par le ministre chargé des installations classées. (…) ». Aux termes de l’article L. 512-7-2 du même code : « Le préfet peut décider que la demande d'enregistrement sera instruite selon les règles de procédure prévues par le chapitre unique du titre VIII du livre I pour les autorisations environnementales : 1° Si, au regard de la localisation du projet, en prenant en compte les critères mentionnés à l'annexe III de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement, la sensibilité environnementale du milieu le justifie ; 2° Ou si le cumul des incidences du projet avec celles d'autres projets d'installations, ouvrages ou travaux situés dans cette zone le justifie ; 3° Ou si l'aménagement des prescriptions générales applicables à l'installation, sollicité par l'exploitant, le justifie. / Dans les cas mentionnés au 1° et au 2°, le projet est soumis à évaluation environnementale. Dans les cas mentionnés au 3° et ne relevant pas du 1° ou du 2°, le projet n'est pas soumis à évaluation environnementale. / Le préfet notifie sa décision motivée au demandeur, en l'invitant à déposer le dossier correspondant. Sa décision est rendue publique. (…) ». L’article L. 512-5 de ce code prévoit en outre que : « L'exploitant doit renouveler sa demande d'enregistrement ou sa déclaration en cas de déplacement de l'activité, en cas de modification substantielle du projet, qu'elle intervienne avant la réalisation de l'installation, lors de sa mise en œuvre ou de son exploitation, ou en cas de changement substantiel dans les circonstances de fait et de droit initiales. ». Aux termes de l’article L. 181-14 de ce code : « Toute modification substantielle des activités, installations, ouvrages ou travaux qui relèvent de l'autorisation environnementale est soumise à la délivrance d'une nouvelle autorisation, qu'elle intervienne avant la réalisation du projet ou lors de sa mise en œuvre ou de son exploitation. / En dehors des modifications substantielles, toute modification notable intervenant dans les mêmes circonstances est portée à la connaissance de l'autorité administrative compétente pour délivrer l'autorisation environnementale dans les conditions définies par le décret prévu à l'article L. 181-32. / L'autorité administrative compétente peut imposer toute prescription complémentaire nécessaire au respect des dispositions des articles L. 181-3 et L. 181-4 à l'occasion de ces modifications, mais aussi à tout moment s'il apparaît que le respect de ces dispositions n'est pas assuré par l'exécution des prescriptions préalablement édictées. ». Enfin, l’article R. 181-46 de ce code prévoit : « I. – Est regardée comme substantielle, au sens de l'article L. 181-14, la modification apportée à des activités, installations, ouvrages et travaux soumis à autorisation environnementale qui : 1° En constitue une extension devant faire l'objet d'une nouvelle évaluation environnementale en application du II de l'article R. 122-2 ; 2° Ou atteint des seuils quantitatifs et des critères fixés par arrêté du ministre chargé de l'environnement ; 3° Ou est de nature à entraîner des dangers et inconvénients significatifs pour les intérêts mentionnés à l'article L. 181-3. La délivrance d'une nouvelle autorisation environnementale est soumise aux mêmes formalités que l'autorisation initiale. II. – Toute autre modification notable apportée aux activités, installations, ouvrages et travaux autorisés, à leurs modalités d'exploitation ou de mise en œuvre ainsi qu'aux autres équipements, installations et activités mentionnés au dernier alinéa de l'article L. 181-1 inclus dans l'autorisation doit être portée à la connaissance du préfet, avant sa réalisation, par le bénéficiaire de l'autorisation avec tous les éléments d'appréciation. / S'il y a lieu, le préfet, après avoir procédé à celles des consultations prévues par les articles R. 181-18, R. 181-19, R. 181-21 à R. 181-32-1 et R. 181-33-1 que la nature et l'ampleur de la modification rendent nécessaires et, le cas échéant, à une consultation du public dans les conditions de l'article L. 123-19-2 ou, lorsqu'il est fait application du III de l'article L. 122-1-1, de l'article L. 123-19, fixe des prescriptions complémentaires ou adapte l'autorisation environnementale dans les formes prévues à l'article R. 181-45. (…) ».
19. D’autre part, aux termes de l’annexe III de la directive 2011/92/UE du 13 décembre 2011 : « 1. Caractéristique des projets - Les caractéristiques des projets doivent être considérées notamment par rapport : a) à la dimension du projet ; b) au cumul avec d’autres projets ; c) à l’utilisation des ressources naturelles ; d) à la production de déchets e) à la pollution et aux nuisances f) au risque d’accidents, eu égard notamment aux substances ou aux technologies mises en œuvre. / 2. Localisation des projets - La sensibilité environnementale des zones géographiques susceptibles d’être affectées par le projet doit être considérée en prenant notamment en compte : a) l’occupation des sols existants ; b) la richesse relative, la qualité et la capacité de régénération des ressources naturelles de la zone ; c) la capacité de charge de l’environnement naturel, en accordant une attention particulière aux zones suivantes : i) zones humides ; ii) zones côtières ; iii) zones de montagnes et de forêts ; iv) réserves et parcs naturels ; v) zones répertoriées ou protégées par la législation des Etats membres ; zones de protection spéciale désignées par les États membres conformément à la directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages et à la directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages ; vi) zones dans lesquelles les normes de qualité environnementales fixées par la législation de l’Union sont déjà dépassées ; vii) zones à forte densité de population ; viii) paysages importants du point de vue historique, culturel et archéologique. / 3. Caractéristiques de l’impact potentiel - Les incidences notables qu’un projet pourrait avoir doivent être considérées en fonction des critères énumérés aux points 1 et 2, notamment par rapport : a) à l’étendue de l’impact (zone géographique et importance de la population affectée) ; b) à la nature transfrontalière de l’impact ; c) à l’ampleur et la complexité de l’impact ; d) à la probabilité de l’impact ; e) à la durée, à la fréquence et à la réversibilité de l’impact. ».
20. 20. Si les installations soumises à enregistrement sont, en principe, dispensées d’une évaluation environnementale préalable à leur enregistrement, le préfet, saisi d’une demande d’enregistrement d’une installation, doit, en application de l’article L. 512-7-2 du code de l’environnement et de l’article R. 512-46-9 de ce code pris pour son application, se livrer à un examen particulier du dossier afin d’apprécier, notamment au regard de la localisation du projet et de la sensibilité environnementale de la zone d’implantation ou du cumul des incidences du projet avec celles d'autres projets d'installations, ouvrages ou travaux situés dans la même zone, qui constituent également des critères mentionnés à l'annexe III de la directive précitée, si une évaluation environnementale donnant lieu, en particulier, à une étude d'impact, est nécessaire.
21. En l’espèce, d’une part, il résulte de l’étude d’incidence du dossier de demande ainsi que du rapport de l’inspection des installations classées du 18 juin 2021, que la restructuration de l’élevage du site de Courcoué, objet de la demande de la société Eliporc, porte, à locaux constants, sur la spécialisation du site dans l’élevage des porcs sevrés à engraisser, avec une augmentation de l’effectif de l’élevage de 2 032 à 2 288 équivalents animaux. Cette restructuration s’accompagne de la modification du plan d’épandage, étendu à neuf communes, pour une superficie passant de 191 à 533 hectares.
22. D’autre part, il résulte de l’instruction que l’ensemble de la zone est classée vulnérable aux nitrates et que les parcelles du plan d’épandage se situent dans les bassins versants de la Bourouse et de la Veude, affluents de la Vienne Tourangelle. L’étude intitulée « État initial du schéma d’aménagement de la gestion des eaux du bassin de la Vienne Tourangelle », réalisée dans le cadre de l’élaboration de ce schéma, présente un état des lieux arrêté en 2019, aux termes duquel est constatée, tant pour le cours d’eau de la Veude en surface, que pour les masses souterraines des deux bassins précités, une pollution aux nitrates qui approche ou dépasse le seuil réglementaire de 50 mg/L. L’étude précise ainsi que « Les risques de non atteinte du bon état sont pour l’état chimique liés à la présence de pesticides et de nitrates. (…) Une très grande majorité des stations du bassin de la Vienne Tourangelle, entre 2013 et 2019, présentent une moyenne annuelle supérieur à 50 mg/L de nitrates dans les eaux souterraines ce qui traduit des pollutions majeures. Et pour le secteur de Richelieu, c’est supérieur à 70 mg/l. ». La sensibilité environnementale de la zone est dès lors avérée alors que le classement précité, de même que le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux, conduisent à mettre en œuvre des mesures correctrices, ayant notamment pour objet de réduire la fertilisation des sols.
23. Au regard de la sensibilité environnementale avérée du milieu, de l’augmentation de l’effectif de l’élevage ainsi que de l’étendue du plan d’épandage dont la superficie est augmentée de plus de 300 hectares, en dépit du fait qu’aucune parcelle ne se situe dans un périmètre de protection de captage d’eau ou dans une zone d’action renforcée, que certaines parcelles initialement prévues ont été retirées de ce plan, compte tenu de leur proximité avec des périmètres de protection de captages ou de cours d’eau à Razines, Lemeré et Champigny-sur-Veude, de ce que la pression organique azotée prévue est faible et de ce que l’installation atteste respecter la règlementation relative aux zones vulnérables aux nitrates d'origine agricole, l’existence d’un risque potentiel au regard des critères de l’annexe III de la directive est suffisamment avéré et justifie que la demande d'enregistrement soit précédée d’une évaluation environnementale, et dès lors instruite selon les règles de procédure prévues pour les autorisations environnementales en application des dispositions de l’article L. 512-7-2 du code de l’environnement. Au surplus, à la date de l’arrêté en litige, deux projets, l’un d’augmentation de la capacité de l’unité de méthanisation exploitée par la SAS Biogaz La Croix Morin, l’autre d’augmentation de l’effectif du cheptel de l’élevage de vaches laitières de la SCEA Domaine de la Croix Morin, avaient été récemment enregistrés ou autorisés sur le territoire de la commune de Courcoué. Dans ces conditions, la SCEA Eliporc n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont retenu ce vice affectant la décision en litige.
S’agissant des conséquences à tirer du vice analysé au point 23 :
24. Les dispositions de l’article L. 181‑18 du code de l’environnement, qui concernent les pouvoirs du juge de l’autorisation environnementale, sont applicables aux recours formés contre une décision d’enregistrement d’une installation classée dans le cas où le projet fait l’objet, en application du 7° du paragraphe I de l’article L. 181-2 du code de l’environnement, d’une autorisation environnementale tenant lieu d’enregistrement ou s’il est soumis à évaluation environnementale donnant lieu à une autorisation du préfet en application du troisième alinéa du II de l’article L. 122‑1‑1 du même code.
25. Dans les autres cas où le juge administratif est saisi de conclusions dirigées contre une décision relative à l’enregistrement d’une installation classée, y compris si la demande d’enregistrement a été, en application de l’article L. 512‑7-2 du code de l’environnement, instruite selon les règles de procédure prévues pour les autorisations environnementales, les dispositions de l’article L. 181-18 du code de l’environnement ne sont pas applicables. Cependant, en vertu des pouvoirs qu’il tient de son office de juge de plein contentieux des installations classées pour la protection de l’environnement, le juge administratif, s’il estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu’une illégalité entachant l’élaboration ou la modification de cet acte est susceptible d’être régularisée, peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu’à l’expiration du délai qu’il fixe pour cette régularisation. Si la régularisation intervient dans le délai fixé, elle est notifiée au juge, qui statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le juge peut préciser, par sa décision avant dire droit, les modalités de cette régularisation, qui implique l’intervention d’une décision corrigeant le vice dont est entachée la décision contestée. En outre, le juge peut limiter la portée ou les effets de l’annulation qu’il prononce si le ou les vices qu’il retient n’affectent qu’une partie de la décision.
26. D’une part, l’installation classée litigieuse n’a pas fait l’objet d’une autorisation environnementale tenant lieu d’enregistrement et n’entrait pas dans les prévisions du troisième alinéa du II de l’article L. 122-1-1 du code de l’environnement. Par suite, les dispositions de l’article L. 181‑18 de ce code ne sont pas applicables à l’arrêté d’enregistrement en litige. D’autre part, compte tenu de la nature du vice analysé au point 23 affectant la décision en litige, il n’y a pas lieu de mettre en œuvre les pouvoirs de régularisation que le juge administratif tient de son office de juge de plein contentieux des installations classées pour la protection de l’environnement.
27. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de saisir le Conseil d’État en application de l’article L. 113-1 du code de justice administrative, que la SCEA Eliporc n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d’Orléans a annulé l’arrêté du 7 juillet 2021 par lequel la préfète d’Indre-et-Loire a procédé à l’enregistrement de la restructuration de son élevage porcin situé à Courcoué, relevant de la rubrique 2102-1 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement, portant principalement sur la spécialisation du site dans le post-sevrage et l’engraissement des porcs, l’augmentation de l’effectif porté à 2 288 animaux équivalents et la modification du plan d’épandage.
S’agissant des conclusions à fin d’injonction présentées dans le cadre de l’appel incident de l’association Les familles richelaises :
28. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public (…) prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure, assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution ». Aux termes de l’article L. 171-7 du code de l’environnement : « (…), lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l’objet de l’autorisation, de l’enregistrement, de l’agrément, de l’homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code,(…), l’autorité administrative compétente met l’intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu’elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d’un an. / Elle peut suspendre le fonctionnement des installations et ouvrages ou la poursuite des travaux, opérations ou activités (…). / L’autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure. / S’il n’a pas été déféré à la mise en demeure à l’expiration du délai imparti, ou si la demande d’autorisation, d’enregistrement, d’agrément, d’homologation ou de certification est rejetée, ou s’il est fait opposition à la déclaration, l’autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations et ouvrages, la cessation définitive des travaux, opérations ou activités, et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code. ».
29. Compte tenu des motifs de l’annulation prononcée par le présent arrêt, l’exécution de celui-ci implique seulement que l’élevage de porc de Courcoué, dont il a été donné acte, par un courrier de la préfète d’Indre-et-Loire du 20 novembre 2020, que la SCEA Eliporc est le nouvel exploitant, soit exploité par celui-ci dans les conditions fixées par les précédents arrêtés du préfet d’Indre-et-Loire n° 13159 du 30 janvier 1990, n° 14709 du 22 avril 1997 et n° 15943 du 30 décembre 1999 tels que complétés par le courrier préfectoral du 1er septembre 2000 prenant acte de la déclaration d’antériorité de l’exploitant pour un effectif porcin de 2 032 animaux-équivalents, actes qui régissaient précédemment cet élevage et revenant en vigueur par l’effet rétroactif de cette annulation.
Sur l’exécution de l’annulation de l’arrêté de la préfète d’Indre‑et‑Loire du 7 juillet 2021 :
30. Aux termes de l’article L. 911-4 du code de justice administrative : « En cas d’inexécution d’un jugement, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif qui a rendu la décision d’en assurer l’exécution. Si le jugement dont l’exécution est demandée n’a pas défini les mesures d’exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai et prononcer une astreinte ».
31. Ainsi qu’il a été dit au point 28, l’exécution de l’annulation de l’arrêté de la préfète d’Indre‑et‑Loire du 7 juillet 2021, autorisant la SCEA Eliporc à restructurer son élevage porcin situé à Courcoué, en le spécialisant dans le post-sevrage et l’engraissement des porcs, en augmentant son effectif à 2 288 animaux équivalents et en modifiant son plan d’épandage, prononcée par le jugement du tribunal administratif d’Orléans n° 2103004, confirmée par le présent arrêt, implique seulement que cette société exploite cet élevage conformément à ce qu’autorisaient les précédents arrêtés et décision du préfet d’Indre‑et‑Loire précités, revenus en vigueur par l’effet rétroactif de cette annulation.
32. Ainsi, ce jugement et l’annulation qu’il prononce n’ont pas pour effet de rendre caduc ou irrégulier le changement d’exploitant dont le préfet a donné acte à la SCEA Eliporc par le courrier du 20 novembre 2020.
33. En outre, il ne résulte pas de l’instruction que la SCEA Eliporc n’exploite pas son élevage conformément aux arrêtés en vigueur et notamment qu’elle aurait effectivement augmenté l’effectif de celui-ci ou mis en œuvre le plan d’épandage annulé sans nouvelle autorisation. S’il résulte de l’instruction que la SCEA a souhaité procéder à une nouvelle actualisation de son plan d’épandage, le récépissé du préfet d’Indre-et-Loire du 18 juin 2024 donnant acte de cette actualisation ne constitue pas une mesure d’exécution du jugement et sa contestation ne peut que faire l’objet d’un contentieux distinct. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu d’enjoindre au préfet d’Indre-et-Loire de mettre en demeure la SCEA Eliporc de régulariser sa situation ni de procéder à la suspension, dans l’attente du fonctionnement de l’exploitation.
Sur les frais liés aux litiges :
34. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’association Les familles richelaises qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SCEA Eliporc et le syndicat mixte d’alimentation en eau potable Richelieu-Courcé demandent à ce titre. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société Eliporc une somme de 2 000 euros à verser à l’association Les familles richelaises sur le fondement des mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par l’association Les familles richelaises dans l’instance n° 23VE02667 tendant à l’annulation de la décision implicite en tant qu’elle refuse de mettre en demeure la société Eliporc de « régulariser sa situation administrative en déclarant l’extension sur son site de Pouant d’une installation de méthanisation ».
Article 2 : La décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la préfète de la Vienne sur la demande que lui a adressée l’association Les familles richelaises le 12 septembre 2020 est annulée en tant qu’elle rejette la demande de l’association de mettre en demeure la SCEA Eliporc de déposer une demande de mise à jour de son plan d’épandage pour le site de Pouant.
Article 3 : Le jugement du tribunal administratif de Poitiers n° 2100152 du 28 mars 2023 est annulé dans cette mesure.
Article 4 : La SCEA Eliporc versera à l’association Les familles richelaises une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à l’association Les familles richelaises, à la SCEA Eliporc, au syndicat mixte d’alimentation en eau potable Richelieu-Courcé, au préfet de la Vienne, au préfet d’Indre-et-Loire et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.
Délibéré après l’audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Mornet, présidente assesseure, présidente de la formation de jugement en application de l’article R. 222-26 du code de justice administrative,
- Mme Aventino, première conseillère,
- M. Cozic, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2025.
La rapporteure,
B. Aventino
La présidente,
G. Mornet
La greffière,
S. de Sousa
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.