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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-23VE02733

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-23VE02733

vendredi 7 février 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-23VE02733
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray, la SCI Mirandole et M. A C ont demandé au tribunal administratif d'Orléans d'enjoindre, avant dire droit, à l'office public Val Touraine Habitat, de communiquer l'autorisation des propriétaires l'autorisant à déposer un permis de construire sur leur parcelle et d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2022 par lequel la préfète d'Indre-et-Loire a délivré à cet office un permis de construire valant autorisation de travaux pour l'édification d'une gendarmerie comprenant treize logements de fonction ainsi que la création d'une aire de stationnement sur un terrain situé route de la Monnaie, à Vouvray.

Par un jugement n° 2203858 du 19 octobre 2023, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 13 décembre 2023, le 4 septembre 2024, le 26 septembre 2024 et le 6 janvier 2025, le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray et autres, représentés par Me Poitout, avocate, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2022 de la préfète d'Indre-et-Loire ;

3°) et de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme et a été obtenu par fraude dès lors que le pétitionnaire n'était pas propriétaire du terrain d'assiette du projet et n'avait pas l'autorisation des propriétaires ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme et des articles L. 122-1 et R. 122-2 du même code dès lors que le projet aurait dû faire l'objet d'une étude d'impact ;

- il méconnait l'article R. 122-14 du code de l'environnement et l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne prévoit pas de mesures d'évitement, de réduction et de compensation ni de prescriptions spéciales et ne reprend pas les mesures compensatoires " de la procédure dérogatoire du secteur de taille et de capacité d'accueil limitées (STECAL) " ;

- l'absence de reprise des mesures compensatoires constitue un détournement de pouvoir ;

- il est contraire aux objectifs de l'orientation d'aménagement et de programmation du secteur AG du plan local d'urbanisme et à la délibération du 24 mai 2018 ;

- il méconnait les dispositions de l'article AG 13 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions des articles AG 11 et A 11 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2024, Val Touraine habitat, représenté par Me Bosquet, avocat, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray, la SCI Mirandole et M. A C n'ont pas intérêt à agir et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistrés le 13 septembre 2024, la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray, la SCI Mirandole et M. A C n'ont pas intérêt à agir et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour Val Touraine habitat, enregistré le 17 janvier 2025, n'a pas été communiqué.

Par une lettre du 5 août 2024, la cour a invité les parties, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, à présenter leurs observations sur l'éventuelle régularisation du vice tenant à la méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code forestier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aventino,

- les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,

- les observations de Me Poitout, représentant les requérants,

- et les observations de Me Bosquet, représentant Val Touraine habitat.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté de communes Touraine-Est Vallées a, par une délibération du 24 mai 2018, adopté la déclaration de projet relative à la construction d'une gendarmerie au lieu-dit " Les Quarts de Gaudrelle ", sur le territoire de la commune de Vouvray, et approuvé la mise en compatibilité du plan local d'urbanisme de la commune. La préfète d'Indre-et-Loire a, par un arrêté du 2 septembre 2022, délivré à l'office public Val Touraine habitat un permis de construire cette gendarmerie, composée de treize logements de fonction et de trente-huit places de stationnement, pour une surface de plancher créée de 1 646 mètres carrés. Le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray et autres font appel du jugement du 19 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leur demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté de permis de construire du 2 septembre 2022 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire () sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; () ". En vertu du dernier alinéa de l'article R. 431-5 de ce même code, la demande de permis de construire comporte l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies par l'article R. 423-1 pour déposer une telle demande.

3. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. La fraude est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration sur sa qualité pour présenter la demande d'autorisation d'urbanisme.

4. Il ressort des pièces du dossier que Val Touraine Habitat a justifié de sa qualité pour présenter la demande de permis en attestant, par la signature de son directeur général apposée à côté de l'encadré correspondant du formulaire CERFA, avoir qualité pour demander l'autorisation sollicitée. Les requérants n'établissent pas, par l'attestation de l'ancien propriétaire d'une des trois parcelles du terrain d'assiette, M. B, établie le 22 décembre 2024, selon laquelle il n'a jamais autorisé la maire ou tout autre personne à déposer un permis de construire sur cette parcelle, alors qu'ils produisent par ailleurs un document attestant de la saisine de la SAFER dès le 1er juin 2021 établissant qu'une procédure de cession de cette parcelle était en cours à cette date, que le service instructeur de la commune disposait au moment où il a examiné la demande d'éléments de nature à établir le caractère frauduleux de l'attestation du pétitionnaire ou faisant apparaître clairement que le pétitionnaire ne disposait en réalité d'aucun droit à déposer cette demande. Cette preuve n'est pas davantage apportée s'agissant des autres parcelles du terrain d'assiette, appartenant à Mme D, par la production d'un document indiquant que la procédure de préemption de la SAFER dans le cadre de la cession de ces parcelles était également en cours. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 431-5 et R. 423-1 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté, sans qu'il soit besoin pour la cour d'enjoindre au pétitionnaire de communiquer l'autorisation des propriétaires l'autorisant à déposer un permis de construire sur le terrain en cause.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " II.- Les projets qui, par leur nature, leur dimension ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale en fonction de critères et de seuils définis par voie réglementaire et, pour certains d'entre eux, après un examen au cas par cas. / Pour la fixation de ces critères et seuils et pour la détermination des projets relevant d'un examen au cas par cas, il est tenu compte des données mentionnées à l'annexe III de la directive 2011/92/ UE modifiée du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant l'évaluation des incidences de certains projets publics et privés sur l'environnement. / Lorsque l'autorité chargée de l'examen au cas par cas décide de soumettre un projet à évaluation environnementale, la décision précise les objectifs spécifiques poursuivis par la réalisation de l'évaluation environnementale du projet. () ". Aux termes de l'article L. 122-1-1 de ce code : " () III.- Les incidences sur l'environnement d'un projet dont la réalisation est subordonnée à la délivrance de plusieurs autorisations sont appréciées lors de la délivrance de la première autorisation. () ". Aux termes de l'article R. 122-2 du même code : " Les projets relevant d'une ou plusieurs rubriques énumérées dans le tableau annexé au présent article font l'objet d'une évaluation environnementale, de façon systématique ou après un examen au cas par cas, en application du II de l'article L. 122-1, en fonction des critères et des seuils précisés dans ce tableau () ". Le tableau figurant en annexe à cet article R. 122-2 comprend une rubrique n° 47 intitulée " Premiers boisements et déboisements en vue de la reconversion des sols " dont il ressort, d'une part, que doivent faire l'objet d'une évaluation environnementale systématique, selon un point a), les " défrichements portant sur une superficie totale, même fragmentée, égale ou supérieure à 25 hectares " et d'autre part, que sont soumis à un examen au cas par cas, d'un côté, selon un point a), les " défrichements soumis à autorisation au titre de l'article L. 341-3 du code forestier en vue de la reconversion des sols, portant sur une superficie totale, même fragmentée, de plus de 0,5 hectare " et, de l'autre, selon un point b), les " autres déboisements en vue de la reconversion des sols, portant sur une superficie totale, même fragmentée, de plus de 0,5 hectare ". Aux termes de l'article R. 122-2-1 de ce code : " I.- L'autorité compétente soumet à l'examen au cas par cas prévu au IV de l'article L. 122-1 tout projet, y compris de modification ou d'extension, situé en deçà des seuils fixés à l'annexe de l'article R. 122-2 et dont elle est la première saisie, que ce soit dans le cadre d'une procédure d'autorisation ou d'une déclaration, lorsque ce projet lui apparaît susceptible d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine au regard des critères énumérés à l'annexe de l'article R. 122-3-1. ". Enfin, l'article L. 341-1 du code forestier dispose en outre : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière ".

6. Il ressort des pièces du dossier que si le terrain d'assiette comporte des arbres, il s'agit d'une friche viticole dont la destination initiale n'est pas forestière mais agricole. Le projet n'entre donc pas dans le champ de la rubrique n° 47 précitée. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet nécessitait la réalisation d'une évaluation environnementale à ce titre. Par ailleurs, si les requérants indiquent que le projet aura des incidences notables sur l'environnement au regard de l'article R. 122-2-1 précité, il ressort des pièces du dossier que celui-ci a fait l'objet d'une délibération du 24 mai 2018 par laquelle la communauté de communes Touraine-Est Vallées a adopté la déclaration de projet relative à la construction d'une gendarmerie au lieudit " Les Quarts de la Gaudrelle ", à Vouvray, cette délibération emportant mise en compatibilité du plan local d'urbanisme de la commune, et valant première autorisation au sens des dispositions précitées de l'article L. 122-1-1 du code de l'environnement ; or, une évaluation environnementale a été réalisée avant l'adoption de cette délibération. Il en résulte que l'arrêté de permis de construire en litige n'est pas irrégulier à ce titre.

7. En troisième lieu, les requérants reprennent en appel le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige méconnait les dispositions de l'article R. 122-14 du code de l'environnement, sans faire état d'élément susceptible de remettre en cause les motifs des premiers juges. Dès lors, par adoption de ces motifs, retenus à bon droit et exposés au point 17 du jugement attaqué, ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : a) L'étude d'impact ou la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas dispensant le projet d'évaluation environnementale (). L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme vérifie que le projet qui lui est soumis est conforme aux mesures et caractéristiques qui ont justifié la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas de ne pas le soumettre à évaluation environnementale ; () ".

9. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

10. Si, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 du présent arrêt, le dossier de demande de permis de construire n'avait pas à être complété d'une étude d'impact au titre de la rubrique n° 47 du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement, ni à un autre titre, il est constant que ce dossier ne comportait pas l'évaluation environnementale établie dans le cadre de la première demande ayant donné lieu à la délibération du 24 mai 2018 susmentionnée. L'arrêté en litige vise toutefois cette délibération, de sorte que la circonstance que cette évaluation n'a pas été jointe au dossier de permis de construire n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par le préfet, ce dernier, qui a délivré ledit permis, ayant eu connaissance de celle-ci.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme " Le permis () doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. () ". Il résulte de ces dispositions qu'elles ne permettent pas à l'autorité administrative de refuser un permis de construire, mais seulement de l'accorder sous réserve du respect de prescriptions spéciales relevant de la police de l'urbanisme, telles que celles relatives à l'implantation ou aux caractéristiques des bâtiments et de leurs abords, si le projet de construction est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement.

12. D'une part, la délibération du 24 mai 2018 par laquelle la communauté de communes Touraine-Est Vallées a adopté la déclaration de projet relative à la construction d'une gendarmerie au lieudit " Les Quarts de la Gaudrelle ", à Vouvray, emportant mise en compatibilité du plan local d'urbanisme de cette commune, impose à l'aménageur le respect des mesures d'évitement, de réduction et compensatoire indiquées dans l'évaluation environnementale, sans qu'il soit besoin qu'elles soient reprises sous forme de prescriptions spéciales au sein de l'arrêté en litige. D'autre part, les requérants n'apportent aucun élément de nature à démontrer les atteintes supplémentaires à l'environnement portées par le projet de construction, ni quelle prescription relevant de la police de l'urbanisme aurait été nécessaire pour y remédier. Par suite, le permis contesté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article 11 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone A : " Toute construction ou ouvrage doit s'harmoniser avec le site dans lequel ils s'inscrivent, respecter le terrain sur lequel ils sont édifiés et le caractère du site. En particulier, toute construction de style architectural traditionnel étranger à la région est interdite. La conception et la réalisation des bâtiments et des installations doivent être soignées et permettre un vieillissement correct de l'ouvrage. La réglementation qui s'applique est la suivante, sachant que : - des adaptations pourront y être apportées si elles sont de nature à améliorer la qualité architecturale du projet et son intégration dans l'environnement ; / - à l'intérieur du périmètre de protection des monuments historiques et des sites classés ou inscrits, des prescriptions plus exigeantes que celles du présent article peuvent être imposées par l'Architecte des Bâtiments de France. / Bâtiments à usage d'habitation et leurs annexes (à l'exclusion des piscines) : () Façades - Toutes les façades ainsi que leur soubassement doivent être traitées avec soin. Les matériaux de remplissage et ceux qui ne présentent pas par eux-mêmes un aspect d'une qualité suffisante doivent être recouverts. Le traitement des façades doit être sobre, le choix des couleurs doit participer à l'intégration du bâtiment dans le site. / Toitures - La forme des toitures et les matériaux utilisés doivent, par leur aspect et leur couleur être compatibles avec le caractère de l'ouvrage, assurer une bonne tenue dans le temps et être en harmonie avec les bâtiments présents dans le site. Dans le cas d'utilisation de la tuile ou de l'ardoise ou d'un matériau d'aspect semblable, les formes et tailles traditionnelles à la région doivent être respectées. / () / Menuiseries - Le choix des couleurs des menuiseries doit respecter l'ambiance chromatique de la commune. () / Les bâtiments d'activités - Les bâtiments d'activités doivent s'intégrer à leur environnement naturel. Le choix des matériaux (façades, toitures), leur aspect et leur couleur doivent être compatibles avec le caractère de l'ouvrage et assurer une bonne tenue dans le temps. Les matériaux de remplissage et ceux qui ne présentent pas par eux-mêmes un aspect d'une qualité suffisante doivent être recouverts. Dans le cas de toiture apparente, employant des matériaux métalliques, ceux-ci ne doivent être ni brillants ni réfléchissants. ".

14. Ces dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

15. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

16. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette se situe dans une zone de faible densité à proximité de vignes, de bâtiments d'habitation, agricoles et d'activités épars, ne présentant pas d'unité architecturale ni de caractère remarquable ou particulier. Il ressort de la demande de permis de construire que les bâtiments de la gendarmerie, qui constituent des bâtiments à usage d'activité au sens des dispositions de l'article 11 précitées, sont édifiés sur un seul niveau, de faible hauteur. Le bâtiment visible depuis la route de la Monnaie est couvert par une toiture en pente. Le revêtement est en bac acier d'une teinte majoritairement claire et les menuiseries d'une teinte proche du bardage. Il n'est pas établi que les matériaux employés ne sont pas d'une qualité suffisante pour durer dans le temps. Le traitement paysager, consistant en un maintien d'une haie sur la limite nord et en la plantation d'arbres sur la limite sud, permettra en outre d'atténuer la visibilité de ces bâtiments. Ces derniers ne sont donc pas de nature à porter atteinte au paysage alentour, nonobstant la présence d'une antenne de douze mètres. S'agissant des bâtiments abritant les logements, les choix opérés concernant les volumes, les couleurs, les ouvertures et menuiseries, mais aussi celui des tuiles noires et des panneaux photovoltaïques, lesquels ne sont pas prohibés par les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme, l'ont été de telle sorte que les constructions sont harmonieuses entre elles et s'intègrent dans leur environnement. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

17. En septième lieu, aux termes de l'article 13 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone A : " Les terrains ou parties de terrains libres de toute construction doivent être convenablement aménagés et entretenus et participer au caractère naturel de la zone. En respect du volet paysager du permis de construire, tout projet doit justifier de son insertion dans l'environnement et notamment présenter un programme de plantation. Si la réalisation d'une construction entraîne l'abattage d'arbres importants (plus de 4 mètres de hauteur), le constructeur est tenu d'en replanter le double de la même essence. Le développement des arbres existants et des arbres plantés en application du présent article sera assuré, ainsi que leur remplacement. Pour les haies, les essences locales sont à privilégier et les conifères trop banalisés sont déconseillés. Une composition variée est recommandée. ".

18. Il ressort de la notice architecturale et des plans que le terrain a fait l'objet d'un relevé topographique indiquant le positionnement des arbres de plus de quatre mètres et que conformément au règlement du plan local d'urbanisme, ceux qui ne seront pas conservés seront remplacés par le double de la même essence, notamment à l'ouest du site, où est prévue une vaste zone plantée dans la bande de quinze mètres de la limite ouest. À ce titre, les requérants n'établissent pas que le terrain présenterait plus d'une centaine d'arbres de plus de quatre mètres ni que cette zone serait insuffisante pour accueillir les nouvelles plantations. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

19. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation. ".

20. Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme et, en particulier, en contrarient les objectifs. Il y a lieu de tenir compte, lorsque l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) porte sur une zone d'aménagement concerté, de la localisation, prévue dans les documents graphiques, des principaux ouvrages publics, des installations d'intérêt général et des espaces verts. Dans l'hypothèse où l'orientation d'aménagement et de programmation prévoit, comme élément de programmation d'une zone d'aménagement concerté, la localisation d'un équipement public précis, la compatibilité de l'autorisation d'urbanisme portant sur cet équipement doit s'apprécier au regard des caractéristiques concrètes du projet et du degré de précision de l'orientation d'aménagement et de programmation, sans que les dispositions du code de l'urbanisme relatives aux destinations des constructions, qui sont sans objet dans l'appréciation à porter sur ce point, aient à être prises en compte.

21. Il ressort de l'OAP " secteur Ag ", correspondant au site retenu pour le transfert de la gendarmerie, qu'au titre de l'objectif " s'inscrire dans l'environnement naturel ", il est prévu de " traiter l'interface avec les vignes sur le registre paysager : plantation d'une haie bocagère sur le pourtour du projet, dans les conditions permises par le cahier des charges techniques de l'administration d'Etat ; limiter l'imperméabilisation des sols et garantir la régulation du rejet des eaux pluviales ". L'arrêté en litige autorise un projet qui prévoit le maintien de la haie arborée sur la limite nord du terrain d'assiette, la plantation d'une " petite forêt " dans la bande de quinze mètres de recul à l'ouest, et la plantation d'arbres dans la bande de cinq mètres de recul au sud. Le traitement paysager des limites du terrain d'assiette avec les parcelles de vignes qui le jouxtent est dès lors compatible avec l'objectif précité. S'agissant des eaux pluviales, le projet prévoit un raccordement à un fossé existant. Les requérants n'établissent pas que ce raccordement ne permettrait pas la régulation de ces eaux. Si les requérants soutiennent en outre que le projet ne respecte pas l'environnement topographique, ni le traitement des eaux usées de l'aire de lavage, ni l'intégration de l'opération dans le paysage et la compensation du prélèvement de terres agricoles, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OAP reprend ces différents objectifs. En tout état de cause, le projet autorisé ne modifie pas le relief des lieux et ne nécessite pas d'opérations de terrassement ; par ailleurs, l'aire de lavage est raccordée au réseau d'évacuation des eaux usées, et rien ne permet d'affirmer qu'elle engendrera des rejets dans le milieu naturel ; enfin, le projet prévoit un traitement paysager et architectural permettant son insertion dans le paysage, et la circonstance qu'il ne prévoit pas la compensation des parcelles agricoles est sans incidence sur sa légalité. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompatibilité de l'arrêté avec les objectifs de l'OAP en cause ne peut qu'être écarté, ainsi que celui tiré de la méconnaissance de la délibération du 24 mai 2018. Il en va de même, en tout état de cause, du moyen tiré de ce que l'arrêté méconnait l'autorité de la chose jugée par le jugement du tribunal administratif d'Orléans du 29 janvier 2020 et par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 22 juin 2021 statuant sur la légalité de cette délibération.

22. En dernier lieu, pour les motifs qui viennent d'être exposés, le moyen tiré du détournement de pouvoir qu'aurait commis le préfet en prenant l'arrêté en litige, sans reprendre les mesures compensatoires prévues par l'évaluation environnementale, ne peut qu'être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur intérêt à agir, le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray et autres ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leur demande.

Sur les frais liés à l'instance :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray et autres demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray et autres le versement de la somme de 2 000 euros à Val Touraine habitat sur le fondement des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête du syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray, de la SCI Mirandole et de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray, la SCI Mirandole et M. A C verseront la somme de 2 000 euros à Val Touraine habitat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au syndicat des vignerons de l'aire d'appellation Vouvray, à la SCI Mirandole, à M. A C, à Val Touraine habitat et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Mornet, présidente de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,

- Mme Aventino, première conseillère,

- M. Cozic, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La rapporteure,

B. AVENTINOLa présidente,

G. MORNET

La greffière,

S. DE SOUSA

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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