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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-24VE01205

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE01205

vendredi 27 février 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE01205
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROLLIN CYRILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme Annie Sauvaget a demandé au tribunal administratif de Versailles d’annuler la décision implicite par laquelle le maire d’Orgeval a refusé d’inscrire à l’ordre du jour du conseil municipal du 1er juillet 2021 sa demande de modification du règlement intérieur du conseil municipal ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux, et d’enjoindre au maire de cette commune de mettre à l’ordre du jour du conseil municipal une délibération portant sur sa demande de modification des articles deux, quatre, cinq, six, trente, trente bis et trente-trois de son règlement intérieur, dans les meilleurs délais.

Par un jugement n° 2110049 du 1er mars 2024, le tribunal administratif de Versailles a annulé la décision implicite précitée et a enjoint au maire d’Orgeval, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, d’inscrire à l’ordre du jour d’une prochaine séance du conseil municipal la modification de son règlement intérieur telle que demandée par Mme B....

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 mai 2024 et le 22 août 2025, Mme Annie Sauvaget, représentée par Me Rollin, demande à la cour :

1°) d’annuler l’article 2 de ce jugement ;

2°) d’enjoindre au maire de la commune d’Orgeval d’inscrire à l’ordre du jour du conseil municipal, dans un délai de six semaines, la modification de son règlement intérieur de manière à :
a) abroger le premier alinéa de l’article 2 du règlement intérieur, si mieux n’aime le remplacer par les dispositions en vigueur de l’article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales ;
b) abroger les trois dernières phrases de l’article 2 du règlement intérieur et garantir que les membres du conseil municipal reçoivent, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d’une information adéquate pour exercer utilement leur mandat, notamment l’ordre du jour, les notes de synthèse, les projets de délibération et d’acte réglementaire, les documents soumis à l’avis du conseil municipal et le procès-verbal de la séance précédente ;
c) abroger l’antépénultième alinéa de l’article 4 du règlement intérieur et garantir qu’il sera fait droit, avec la plus grande diligence, à toute demande d’un conseiller municipal d’obtention d’une copie, par courrier électronique ou sous forme imprimée, des pièces et documents sur toute affaire faisant l’objet d’une délibération ou susceptible de faire l’objet d’une délibération, la consultation sur place ne pouvant être imposée que lorsqu’il n’existe aucune version numérique de la pièce et qu’il est impossible de la numériser ou de la reproduire ;
d) abroger le préantépénultième article 5 du règlement intérieur relatif au délai de dépôt des questions orales ;
e) garantir à chaque tendance représentée au conseil municipal, quel que soit le nombre des élus qui la composent, notamment à Mme B..., un siège dans chacune des commissions municipales, sous réserve des dispositions applicables à la commission d’appel d’offres ;
f) garantir le respect du droit à l’expression des élus n’appartenant pas à la majorité dans le dépliant « Orgeval, la lettre », la newsletter hebdomadaire électronique, le site Internet www.ville-orgeval.fr et la page Facebook « Ville d’Orgeval » ;
g) accorder aux élus de l’opposition dans le magazine municipal un espace d’expression d’au moins une page et 3 000 caractères, dont au moins 1 000 caractères pour chaque tendance ;
h) abroger, à l’article 30 du règlement intérieur, les termes « au plus tard 30 jours avant la date prévisionnelle de publication » ;
i) abroger l’antépénultième alinéa de l’article 30 du règlement intérieur ;
j) abroger les deux derniers alinéas de l’article 30 du règlement intérieur, si mieux n’aime les remplacer par les termes « Le directeur de la publication ne peut refuser de publier un article que lorsqu’il ressort à l’évidence de son contenu qu’il présente un caractère manifestement outrageant, diffamatoire ou injurieux au regard des dispositions précitées de la loi du 29 juillet 1881, et après avoir préalablement invité son auteur à le modifier en lui accordant à cette fin un délai d’au moins deux jours. » ;
k) abroger l’article 30bis du règlement intérieur, si mieux n’aime y adjoindre les termes « Ce droit de réponse s’exercera conformément à l’article 13 de la loi sur la liberté de la presse dans la parution suivante du magazine municipal » ;
l) abroger l’article 33 du règlement intérieur, si mieux n’aime le rédiger comme suit « Tout conseiller municipal a le droit de demander au maire l’inscription à l’ordre du jour de toute modification du règlement intérieur, sauf si cette demande présente un caractère dilatoire ou abusif » ;
m) abroger l’article 34 du règlement intérieur ;

3) d’assortir cette injonction d’une astreinte de 500 euros par semaine de retard ;

4) mettre à la charge de la commune d’Orgeval la somme de 1 950 euros, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- sa requête n’est pas tardive et elle justifie d’un intérêt pour agir ;
- le jugement est irrégulier dès lors que les premiers juges ont omis de viser le mémoire enregistré produit le 26 janvier 2024 et n’ont analysé ni ses moyens, ni ses conclusions ;
- les premiers juges ont commis une erreur de droit en enjoignant au maire d’Orgeval, sur le fondement de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, de saisir le conseil municipal de la demande de Mme B..., sans enjoindre à la commune de modifier dans un sens déterminé son règlement intérieur, en application des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative ; les premiers juges ne se sont pas prononcés sur la légalité des articles du règlement intérieur et n’ont pas formulé d’injonction aussi précise que celle sollicitée par Mme B... ;
- l’article 2 du règlement intérieur du conseil municipal, relatif aux convocations, porte atteinte de manière excessive au droit à l’information des élus municipaux, ainsi qu’à leur droit d’amendement en méconnaissance de l’article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales et d’autres textes législatifs relatifs aux documents devant être adressés aux conseillers municipaux ;
- l’article 4 du règlement intérieur du conseil municipal, relatif à l’accès aux dossiers, méconnait les articles L. 2121-13 et L. 2121-13-1 du code général des collectivités territoriales et porte atteinte de manière excessive au droit d’information des élus municipaux ;
- l’article 5 du règlement intérieur du conseil municipal, relatif aux questions orales, porte atteinte de manière excessive au droit des conseillers municipaux d’exposer en séance des questions orales, droit garanti par l’article L. 2121-19 du code général des collectivités territoriales ;
- l’article 6 du règlement intérieur, relatif aux commissions municipales, méconnait l’article L. 2121-22 du code général des collectivités territoriales en ce qu’il n’assure pas à chaque tendance du conseil municipal d’avoir au moins un représentant dans chaque commission ;
- l’article 30 du règlement intérieur, relatif aux bulletins d’information générale, méconnait l’article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales et porte une atteinte excessive au droit d’expression des conseillers municipaux résultant de cette disposition ; il ne définit les modalités d’application de cet article qu’en ce qui concerne le magazine municipal bimestriel ; en outre seule une demi-page et 1 689 caractères sont attribués au groupe minoritaire et moins de 700 caractères aux conseillers municipaux indépendants, alors que le magazine comporte 28 pages, très aérées, et de nombreuses illustrations ; il confère un pouvoir de contrôle excessif au maire et, en particulier, un pouvoir de modification des textes transmis ; il impose aux élus minoritaires de déposer les documents destinés à la publication dans un délai excessif, « 30 jours avant la date prévisionnelle de publication » et dispose qu’à partir de leur transmission au directeur de la publication, « les textes ne peuvent plus alors être modifiés dans leur contenu par leurs auteurs. » ;
- l’article 30 bis du règlement intérieur du conseil municipal, relatif au droit de réponse des élus appartenant à la majorité municipale, méconnait le principe d’égalité en favorisant l’expression des élus majoritaires au détriment de celle des élus minoritaires ;
- l’article 33, relatif à la modification du règlement intérieur, méconnait le droit de proposition et le droit d’amendement des conseillers municipaux ; il porte une atteinte excessive au droit de proposition des conseillers municipaux pris individuellement ;
- l’article 34 du règlement intérieur du conseil municipal, relatif à la clause de confidentialité, porte atteinte de manière disproportionnée à la liberté d’expression des conseillers municipaux, qui s’exerce sous leur responsabilité propre et qui concourt directement à l’exercice de la démocratie locale, et aux droits que les élus tiennent de leur mandat.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2025, la commune d’Orgeval, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B... la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la requête en appel de Mme B... est irrecevable dès lors que le jugement en litige a fait intégralement droit à sa demande, en particulier s’agissant de ses conclusions à fin d’injonction ;
- Mme B... n’ayant aucunement sollicité la modification ou l’abrogation des articles 30 bis et 34 du règlement intérieur dans sa demande du 15 juin 2021, ses conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au maire de la commune d’inscrire à l’ordre du jour du conseil municipal une proposition de modification du règlement intérieur qui porterait sur ces articles sont irrecevables ;
- en tout état de cause, du fait de la délibération du conseil municipal du 12 décembre 2024, il n’y a plus lieu d’enjoindre au maire d’inscrire à l’ordre du jour du conseil municipal la modification de son règlement intérieur à fin que les convocations soient adressées sur un support en papier au domicile des élus qui en feraient la demande, à fin de modifier l’article 30 du règlement intérieur en clarifiant les pouvoirs du maire en tant que directeur de la publication, à fin d’abroger l’article 30 bis du règlement intérieur, à fin de modifier l’article 33 du règlement intérieur en vue de rappeler qu’un conseiller municipal, seul, peut proposer une modification du règlement intérieur, et à fin de modifier l’article 34 du règlement intérieur en vue de ne plus inviter les élus à faire preuve de discrétion ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Par une ordonnance du 25 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée en dernier lieu au 24 octobre 2025, en application de l’article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Cozic,
les conclusions de M. Frémont, rapporteur public,
et les observations de Me Rollin pour Mme B..., et de Me Martinangeli pour la commune d’Orgeval.

Considérant ce qui suit :

Mme Annie Sauvaget, conseillère municipale de la commune d’Orgeval (département des Yvelines), a, par un courriel du 15 juin 2021, demandé au maire de la commune d’Orgeval d’inscrire à l’ordre du jour du conseil municipal du 1er juillet 2021 diverses modifications du règlement intérieur de ce conseil municipal. Cette demande a été implicitement rejetée par le maire le 15 août 2021. Mme B... a formé un recours gracieux contre cette décision, par un courrier reçu le 20 août 2021, qui a été rejeté par le maire le 20 septembre 2021. Mme B... a demandé au tribunal administratif de Versailles, d’une part, d’annuler la décision du 20 septembre 2021 rejetant son recours gracieux et, d’autre part, d’enjoindre au maire de mettre à l’ordre du jour du conseil municipal, dans les meilleurs délais, une délibération de modification du règlement intérieur, en lui demandant d’y prévoir les modifications des articles 2, 4, 5, 6, 30, 30 bis et 33. Par un jugement du 1er mars 2024, le tribunal administratif de Versailles a annulé la décision implicite du maire et a enjoint à celui-ci « dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, d’inscrire à l’ordre du jour d’une prochaine séance du conseil municipal la modification de son règlement intérieur telle que demandée par Mme B... ». Cette dernière demande à la cour d’annuler uniquement l’article 2 de ce jugement portant injonction au maire d’Orgeval d’inscrire à l’ordre du jour d’une prochaine séance du conseil municipal la modification de son règlement intérieur, et d’enjoindre au maire de la commune d’Orgeval d’inscrire à l’ordre du jour du conseil municipal diverses modifications de son règlement intérieur.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune d’Orgeval, relative à l’absence d’intérêt pour agir en appel de Mme B... :

Lorsque le juge de l’excès de pouvoir annule une décision administrative alors que plusieurs moyens sont de nature à justifier l’annulation, il lui revient, en principe, de choisir de fonder l’annulation sur le moyen qui lui paraît le mieux à même de régler le litige, au vu de l’ensemble des circonstances de l’affaire. Mais, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions à fin d’annulation, des conclusions à fin d’injonction tendant à ce que le juge enjoigne à l’autorité administrative de prendre une décision dans un sens déterminé, il incombe au juge de l’excès de pouvoir d’examiner prioritairement les moyens qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de l’injonction demandée. Il en va également ainsi lorsque des conclusions à fin d’injonction sont présentées à titre principal sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire sur le fondement de l’article L. 911-2.

Il ressort des pièces du dossier de première instance que Mme B... n’a pas choisi de hiérarchiser les prétentions qu’elle a soumises au tribunal.

En tout état de cause, les premiers juges ont annulé pour erreur de droit la décision contestée, estimant que celle-ci avait porté une atteinte excessive au droit de proposition que Mme B... tenait de son mandat de conseillère municipale de la commune d’Orgeval. Puis, faisant implicitement application des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, les premiers juges ont enjoint au maire d’Orgeval d’inscrire à l’ordre du jour d’une prochaine séance du conseil municipal la demande de modification du règlement intérieur, telle que demandée expressément par Mme B... dans sa requête de première instance et ses mémoires complémentaires.

Il en résulte que le jugement attaqué a intégralement fait droit aux demandes d’annulation et d’injonction présentées par Mme B... devant le tribunal administratif de Versailles. La requérante n’a par suite aucun intérêt à en demander l’annulation par voie d’appel. Sa requête est en conséquence irrecevable et doit être rejetée.

Sur les frais de justice :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d’Orgeval, qui n’est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de Mme B... une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune d’Orgeval et non compris dans les dépens.



DÉCIDE :



Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Mme B... versera à la commune d’Orgeval une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme Annie Sauvaget et à la commune d’Orgeval.


Délibéré après l’audience du 12 février 2026, à laquelle siégeaient :

- M. A..., premier vice-président, président de chambre,
- Mme Mornet, présidente assesseure,
- M. Cozic, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2026.

Le rapporteur,




H. CozicLe président,




B. A...
La greffière,



I. Szymanski
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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