Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE01837

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE01837
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantATTALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif d'Orléans d’annuler l’arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a retiré son certificat de résidence algérien, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement, et d’annuler l’arrêté notifié le 16 février 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l’a assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours, ainsi que l’arrêté du 27 mars 2024 par lequel il l’a assigné dans ce même département pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2404243 du 30 mai 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans, après avoir renvoyé à une formation collégiale les conclusions dirigées contre le retrait du certificat de résidence, a rejeté sa demande en annulation de l’obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de destination et des assignations à résidence.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement les 3 juillet 2024 et 5 août 2024, M. A..., représenté par Me Attali, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a retiré son certificat de résidence algérien, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être éloigné ;

3°) d’annuler « l’assignation à résidence », et « notamment celle du mois de mars 2024 » ;

4°) d’enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de rétablir son certificat de résidence ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence d’un an, sur le fondement du paragraphe 5 de l’article 6 de l’accord franco-algérien ;

5°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil d’une somme 1 400 euros au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

• la compétence du signataire du retrait de son certificat de résidence n’est pas établie ;
• cette décision est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de la réalité de sa vie commune avec Mme D..., de son intégration socio-professionnelle, de son absence de vie commune avec Mme C... avant que ne soit prononcé son divorce de Mme D..., et de la réussite scolaire de ses enfants ;
• cette décision viole les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• elle viole les stipulations des articles 3 et 6 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
• elle méconnaît les lignes directrices de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
• l’obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu’elle se fonde sur la décision de refus de titre de séjour qui est elle-même illégale ;
• les décisions d’assignation à résidence sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il doit pouvoir se déplacer pour les besoins de son emploi de terrassier, métier en tension ; or le recours qu’il a exercé devant le tribunal contre la décision de retrait de son titre de séjour étant suspensif, il pouvait poursuivre son activité professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2026, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
• les conclusions à fin d’annulation du retrait de certificat de résidence algérien sont irrecevables, le jugement attaqué ayant renvoyé ces conclusions devant la formation collégiale du tribunal ;
• par une ordonnance n°25VE00212 du 28 août 2025, la cour a confirmé la légalité du retrait de certificat de résidence de M. A..., de telle sorte qu’il ne peut être, dans la présente instance, excipé de l’illégalité de cette décision de retrait.
• les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Hameau a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant algérien né en 1979, est entré en France pour la dernière fois le 19 septembre 2019 sous couvert d’un visa de type C. A la suite de son mariage avec Mme D..., de nationalité française, le 14 mars 2020, il a été mis en possession d’un certificat de résidence algérien valable du 18 décembre 2021 au 17 décembre 2031. Par un arrêté du 15 septembre 2023, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé le retrait de ce titre de séjour, a fait obligation à M. A... de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être éloigné. Par un arrêté notifié le 16 février 2024, le préfet de Loir-et-Cher l’a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 27 mars 2024 ce même préfet l’a assigné dans ce même département pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours. M. A... fait appel du jugement du 30 mai 2024 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces arrêtés.

Sur la recevabilité des conclusions d’annulation dirigées contre le refus de titre de séjour :

2. Ainsi que le fait valoir le ministre en défense, M. A... n’est pas recevable à demander en appel l’annulation du refus de titre de séjour alors que le jugement attaqué n’a pas statué sur les conclusions en annulation de cette décision, qu’il a renvoyées devant une formation collégiale.

Sur les autres conclusions à fin d’annulation :

3. Par une ordonnance n° 25VE00212 devenue définitive et revêtue de l’autorité de chose jugée, la cour administrative d’appel de Versailles a confirmé la légalité de la décision portant retrait de certificat de résidence algérien, sur laquelle se fondent les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l’exception d’illégalité du retrait de titre de séjour, soulevé à l’encontre de la décision d’éloignement, doit être écarté.

4. Si M. A... soutient que l’obligation de se présenter les lundis, mercredis et vendredis, y compris les jours fériés, à 8 h 30, au commissariat de Blois, qui lui a été faite par les deux arrêtés l’assignant à résidence en litige, est entachée, compte tenu de ses obligations professionnelles, d’une erreur manifeste d’appréciation, toutefois une telle erreur ne ressort ni des pièces du dossier d’appel dont aucune ne se rapporte à cet aspect de la discussion, ni du dossier de premier instance auquel M. A... avait produit son emploi du temps des semaines du 19 février et du 4 mars 2024, qui mentionne le nom de la ville de Salbris mais ne précise pas ses horaires de travail du lundi au vendredi. Le moyen doit ainsi être écarté.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président tribunal administratif d’Orléans a rejeté sa demande. Sa requête doit, dès lors, être rejetée y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais d’instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme E..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La rapporteure,




M. Hameau
La présidente,




L. E...

La greffière,




T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.