Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-24VE01859

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-24VE01859
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPRATA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Versailles d’annuler l’arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de l’Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être reconduit d’office.

Par un jugement n° 2400646 du 27 mai 2024, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, M. B..., représenté par Me Prata, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler l’arrêté du 19 juillet 2023 du préfet de l’Essonne ;

3°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou à défaut « salarié », sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

• l’arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;
• il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
• il doit pouvoir obtenir un titre de séjour portant la mention « salarié » qui lui serait délivré dans le cadre de l’admission exceptionnelle au séjour ;
• il remplit les conditions pour bénéficier d’un titre de séjour portant la mention « salarié » qui lui serait délivré sur le fondement des dispositions de l’article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, telles qu’interprétées par la circulaire du 28 novembre 2012.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, le préfet de l’Essonne conclut au rejet de la requête.

Il se rapporte à ses écritures de première instance pour soutenir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l’accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc du 9 octobre 1987 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Hameau a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant marocain né en 1989, est entré en France en 2019, sous couvert d’un visa de long séjour portant la mention « travailleur saisonnier ». Il a bénéficié d’un titre de séjour valable jusqu’au 16 octobre 2022. Le 3 octobre 2022, il a sollicité un changement de statut sur le fondement des dispositions de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile afin d’obtenir un titre de séjour portant la mention « salarié ». Par un arrêté du 19 juillet 2023 le préfet de l’Essonne a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d’être reconduit d’office. M. B... relève appel du jugement du 27 mai 2024 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande en annulation de cet arrêté.

2. Le refus de titre de séjour contesté comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent, et mentionne notamment qu’il n’existe pas d’obstacle à ce que M. B... retourne au Maroc afin d’y solliciter le visa D portant la mention « salarié » nécessaire à l’obtention du titre de séjour dont il a demandé la délivrance, et que l’intéressé, célibataire, n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où il a résidé jusqu’à l’âge de trente ans. Ainsi, sans qu’y fasse obstacle la circonstance que le préfet n’aurait pas mentionné l’ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B..., le refus de titre de séjour est suffisamment motivé, de même que l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui, en application des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique.
3. Aux termes de l’article 3 de l’accord franco-marocain : « Les ressortissants marocains désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France pour une durée d’un an au minimum (...) reçoivent, après le contrôle médical d’usage et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an, renouvelable et portant la mention « salarié » éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants marocains visés à l’alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d’exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d’existence. (...) ». Aux termes de l’article 9 du même accord : « Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’accord ». Aux termes de l’article L. 411-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l’un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour ; / 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l’article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 ou L. 421-13 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d’une durée inférieure ou égale à un an (…) ». Aux termes des dispositions de l’article L. 412-1 du même code : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d’une carte de séjour temporaire ou d’une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l’étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l’article L. 411-1 ».
4. Il résulte des stipulations de l’accord franco-marocain citées ci-dessus que celui-ci renvoie, sur tous les points qu’il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour autant qu’elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l’accord. Les stipulations de l’article 3 de cet accord ne traitent que de la délivrance d’un titre de séjour pour exercer une activité salariée et cet accord ne comporte aucune stipulation relative aux conditions d’entrée sur le territoire français des ressortissants marocains. Par suite, les dispositions citées ci-dessus de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui subordonnent de manière générale la délivrance de toute carte de séjour à la production par l'étranger d’un visa de long séjour, ne sont pas incompatibles avec les stipulations de cet accord.
5. Par ailleurs, aux termes de l’article L. 421-34 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l’article L. 1242-2 du code du travail, et qui s’engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d’une durée maximale de trois ans (…) Elle autorise l’exercice d’une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu’elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. (…) ». Aux termes de l’article L. 433-6 du même code : « L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4. / Le présent article ne s'applique pas aux titres de séjour prévus aux articles L. 421-2 et L. 421-6 ».
6. Eu égard à la spécificité et aux conditions d’octroi de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention « travailleur saisonnier » qui, en application de l’article L. 421-34 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile cité ci-dessus, n’est délivrée que si l’étranger s’engage à maintenir sa résidence habituelle dans son pays d’origine et ne l’autorise à séjourner et à travailler en France que pendant la ou les périodes qu’elle fixe, ces périodes ne pouvant dépasser une durée cumulée de six mois par an, lui imposant ainsi de retourner dans son pays de résidence entre ces séjours, la détention d’une telle carte ne peut être assimilée, pour l’application combinée des articles L. 412-1 et L. 433-6 du même code, à celle d’une carte de séjour ou du visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, qui est seule susceptible de le dispenser de la production d'un visa de long séjour. Par suite, une demande de délivrance d’une carte de séjour, sur un autre fondement, formée par un étranger titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « travailleur saisonnier » demeure subordonnée à la production d’un visa de long séjour.
7. En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B..., qui était titulaire en dernier lieu d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « travailleur saisonnier » valable du 17 octobre 2019 au 16 octobre 2022, a sollicité le 30 octobre 2022 un changement de statut au regard de son activité salariée. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que cette demande devait être regardée comme portant sur la délivrance d’une première carte de séjour temporaire, subordonnée à la production d’un visa de long séjour. Dans ces conditions, dès lors qu’il n’est pas contesté que M. B... ne disposait pas d’un visa de long séjour, le préfet de l’Essonne pouvait légalement, pour ce motif, refuser de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié ».
8. Si M. B... se prévaut de sa présence en France depuis 2019 où il a bénéficié d’un titre de séjour en tant que travailleur saisonnier valable jusqu’au 16 octobre 2022 et de son intégration sur place, notamment par sa maîtrise de la langue française, toutefois, la spécificité de son statut, rappelée au point 6, supposait qu’il maintienne sa résidence habituelle dans son pays d’origine où il ne conteste pas que demeurent ses parents et son frère, tandis qu’il est célibataire en France où il ne fait état d’aucune attache particulière. Dans ces conditions, en prenant l’arrêté litigieux, le préfet de l’Essonne n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de M. B.... Pour les mêmes motifs, en l’absence de circonstance exceptionnelle, et sans qu’il puisse utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 susvisée qui ne contient que de simples orientations générales et n’est pas opposable à l’administration, il ne peut davantage prétendre à une mesure de régularisation à titre exceptionnel.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris ses conclusions à fin d’injonction et d’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Essonne.

Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme C..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La rapporteure,




M. Hameau
La présidente,




L. C...

La greffière,




T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.