Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-25VE02849
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-25VE02849 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, d’annuler l’arrêté du 20 mai 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans, d’annuler l’arrêté du 24 juin 2025 par lequel le préfet des Hauts- de-Seine l’a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois et a ordonné la remise de son passeport et d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour.
Par un jugement n° 2513089 du 12 août 2025, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces arrêtés et enjoint au préfet des Hauts- de- Seine de délivrer à M. B..., dans un délai de deux mois, une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale ».
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine demande à la cour d’annuler ce jugement.
Il soutient que l’appréciation opérée par le tribunal administratif est erronée, dès lors, d’une part, que le comportement de M. B... représente une menace pour l’ordre public, compte tenu de la gravité des faits qui lui sont reprochés et de leur caractère récent et, d’autre part, que les arrêtés litigieux ne portent pas atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Marc a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant tchadien né en 1996, est entré en France le 15 août 2006. D’abord titulaire d’un document de circulation pour étranger mineur délivré le 27 février 2013, valable du 7 février 2013 au 15 septembre 2015, il a ensuite bénéficié d’une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale », valable du 24 juin 2014 au 23 juin 2015, régulièrement renouvelée jusqu’au 4 janvier 2022. Il en a sollicité le renouvellement le 16 décembre 2022. Par un arrêté du 20 mai 2025, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et, par un arrêté du 24 juin 2025, il l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine et a ordonné la remise de son passeport. Le préfet des Hauts-de-Seine relève appel du jugement du 12 août 2025 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces arrêtés et lui a enjoint de délivrer à M. B... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ».
2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
3. Pour refuser à M. B... le renouvellement de son titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine a estimé que son comportement constituait une menace pour l’ordre public, dès lors qu’il a été condamné, d’une part, le 30 janvier 2020 par le tribunal correctionnel de Nanterre à six mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, cession ou offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle et transport non autorisé de stupéfiant commis en mai 2019 et, d’autre part, le 30 juin 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à un an d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour le même délit commis en l’état de récidive légale en 2021.
4. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que M. B... est entré sur le territoire français le 15 août 2006, à l’âge de dix ans, pour rejoindre sa mère, qu’il y réside habituellement depuis lors, qu’il y a poursuivi sa scolarité de 2007 à 2017 de la classe de cours moyen deuxième année à celle de première professionnelle mention « vente », et qu’il y a obtenu un certificat d’aptitude professionnelle d’employé de vente spécialisé le 5 juillet 2016. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des contrats de travail et des bulletins de salaire produits par l’intéressé, que M. B... travaille depuis le 7 août 2023 en qualité de caissier dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée à temps partiel conclu auprès de la société à responsabilité limitée « Super Pradier », au sein de l’enseigne Franprix, transformé par un avenant du 30 janvier 2025 en contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité d’employé commercial et qu’il justifie, ainsi, d’une intégration professionnelle pérenne. Enfin, il ressort des termes de l’attestation très circonstanciée établie par son conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, certes le 26 juin 2025 soit postérieurement aux arrêtés litigieux, mais qui fait état d’un comportement antérieur à ces derniers, que M. B... a accompli des efforts très sérieux en vue de réussir sa réinsertion, et qu’il a respecté l’ensemble de ses obligations imposées dans le cadre du sursis probatoire prononcé lors de la seconde condamnation mentionnée précédemment. Par suite, en dépit des faits reprochés à l’intéressé et des condamnations dont il a fait l’objet, qu’il a fermement indiqué regretter, mais eu égard à l’âge de son arrivée en France où il réside depuis plus de dix-huit ans à la date de l’arrêté attaqué, à la présence en France de sa mère, et de ses frères et sœurs de nationalité française et à son insertion professionnelle, le préfet des Hauts-de-Seine n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise s’est fondée sur le motif tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour annuler les arrêtés en litige, et lui enjoindre de délivrer à M. B..., dans un délai de deux mois, une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale ».
D É C I D E :
Article 1er : La requête du préfet des Hauts-de-Seine est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l’intérieur et à M. A... B.... Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme C..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
E. Marc
La présidente,
L. C...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, d’annuler l’arrêté du 20 mai 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans, d’annuler l’arrêté du 24 juin 2025 par lequel le préfet des Hauts- de-Seine l’a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois et a ordonné la remise de son passeport et d’enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour.
Par un jugement n° 2513089 du 12 août 2025, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces arrêtés et enjoint au préfet des Hauts- de- Seine de délivrer à M. B..., dans un délai de deux mois, une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale ».
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine demande à la cour d’annuler ce jugement.
Il soutient que l’appréciation opérée par le tribunal administratif est erronée, dès lors, d’une part, que le comportement de M. B... représente une menace pour l’ordre public, compte tenu de la gravité des faits qui lui sont reprochés et de leur caractère récent et, d’autre part, que les arrêtés litigieux ne portent pas atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Marc a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant tchadien né en 1996, est entré en France le 15 août 2006. D’abord titulaire d’un document de circulation pour étranger mineur délivré le 27 février 2013, valable du 7 février 2013 au 15 septembre 2015, il a ensuite bénéficié d’une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale », valable du 24 juin 2014 au 23 juin 2015, régulièrement renouvelée jusqu’au 4 janvier 2022. Il en a sollicité le renouvellement le 16 décembre 2022. Par un arrêté du 20 mai 2025, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans et, par un arrêté du 24 juin 2025, il l’a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine et a ordonné la remise de son passeport. Le préfet des Hauts-de-Seine relève appel du jugement du 12 août 2025 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces arrêtés et lui a enjoint de délivrer à M. B... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ».
2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
3. Pour refuser à M. B... le renouvellement de son titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine a estimé que son comportement constituait une menace pour l’ordre public, dès lors qu’il a été condamné, d’une part, le 30 janvier 2020 par le tribunal correctionnel de Nanterre à six mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, cession ou offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle et transport non autorisé de stupéfiant commis en mai 2019 et, d’autre part, le 30 juin 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à un an d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour le même délit commis en l’état de récidive légale en 2021.
4. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que M. B... est entré sur le territoire français le 15 août 2006, à l’âge de dix ans, pour rejoindre sa mère, qu’il y réside habituellement depuis lors, qu’il y a poursuivi sa scolarité de 2007 à 2017 de la classe de cours moyen deuxième année à celle de première professionnelle mention « vente », et qu’il y a obtenu un certificat d’aptitude professionnelle d’employé de vente spécialisé le 5 juillet 2016. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des contrats de travail et des bulletins de salaire produits par l’intéressé, que M. B... travaille depuis le 7 août 2023 en qualité de caissier dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée à temps partiel conclu auprès de la société à responsabilité limitée « Super Pradier », au sein de l’enseigne Franprix, transformé par un avenant du 30 janvier 2025 en contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité d’employé commercial et qu’il justifie, ainsi, d’une intégration professionnelle pérenne. Enfin, il ressort des termes de l’attestation très circonstanciée établie par son conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation, certes le 26 juin 2025 soit postérieurement aux arrêtés litigieux, mais qui fait état d’un comportement antérieur à ces derniers, que M. B... a accompli des efforts très sérieux en vue de réussir sa réinsertion, et qu’il a respecté l’ensemble de ses obligations imposées dans le cadre du sursis probatoire prononcé lors de la seconde condamnation mentionnée précédemment. Par suite, en dépit des faits reprochés à l’intéressé et des condamnations dont il a fait l’objet, qu’il a fermement indiqué regretter, mais eu égard à l’âge de son arrivée en France où il réside depuis plus de dix-huit ans à la date de l’arrêté attaqué, à la présence en France de sa mère, et de ses frères et sœurs de nationalité française et à son insertion professionnelle, le préfet des Hauts-de-Seine n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise s’est fondée sur le motif tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour annuler les arrêtés en litige, et lui enjoindre de délivrer à M. B..., dans un délai de deux mois, une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale ».
D É C I D E :
Article 1er : La requête du préfet des Hauts-de-Seine est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l’intérieur et à M. A... B.... Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme C..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
E. Marc
La présidente,
L. C...
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
CAA78excès de pouvoir
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-26VE02631
01/10/2026
CAA78excès de pouvoir
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-26VE02163
01/10/2026
CAA78excès de pouvoir
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-26VE01583
01/10/2026
CAA78excès de pouvoir
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-26VE01451
01/10/2026