Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-25VE03204

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-25VE03204
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
FormationJuge des référés
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d’annuler les arrêtés du 27 août 2025 par lesquels le préfet du Val-d’Oise, d’une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an, d’autre part, l’a assigné à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2515736 du 24 septembre 2025, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé les décisions portant refus de délai départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français, et l’arrêté portant assignation à résidence, a mis à la charge de l’État la somme de 800 euros et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 24 octobre 2025 et le 18 mai 2026, M. A..., représenté par Me Thomas, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler cet arrêté ;

3°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou, à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai d’un mois à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation du refus de délai de départ volontaire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le principe de loyauté ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle ne prend pas en compte l’intérêt supérieur de son enfant mineur en méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2026, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d’appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente, pour statuer par ordonnance en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les (…) magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (…) par ordonnance, rejeter (…), après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».

2. M. A..., ressortissant marocain né le 1er janvier 1978, entré en France muni d’un visa le 30 octobre 2021, et mis en possession d’une carte pluriannuelle portant la mention « travailleur saisonnier » pour occuper un emploi d’ouvrier agricole, a été interpellé en situation de travail le 27 août 2025 lors d’un contrôle dans un salon de coiffure. Par deux arrêtés du même jour, le préfet du Val-d’Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et l’a assigné à résidence. Le tribunal administratif de Cergy‑Pontoise a, par le jugement attaqué du 24 septembre 2025, annulé les décisions portant refus de départ volontaire, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. M. A... relève appel de ce jugement en tant qu’il a rejeté le surplus de sa demande d’annulation de cet arrêté.

3. Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : (…) 2° L’étranger, entré sur le territoire français sous couvert d’un visa désormais expiré ou, n’étant pas soumis à l’obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s’est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d’un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré (…) 6° L’étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l’article L. 5221-5 du code du travail. / (…) ».

4. En premier lieu, aux termes de l’article L. 613‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) ».

5. L’arrêté contesté vise le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment le 2° et le 6° de l’article L. 611‑1, précise, outre ses dates de naissance et d’entrée en France et sa nationalité, la situation familiale de M. A... et mentionne que celui-ci se trouve en situation irrégulière sur le territoire national, qu’il s’est maintenu sur le territoire français plus d’un mois après l’expiration de son titre de séjour et qu’il exerce une activité professionnelle salariée sans y avoir été autorisé. La décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est, ainsi, suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ressort des motifs de l’arrêté contesté que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.... Ce dernier ne soutient utilement qu’en classant sans suite sa demande d’enregistrement de sa demande d’admission exceptionnelle par une décision du 29 avril 2025, au demeurant annulée par un jugement du 14 avril 2026, le préfet aurait méconnu un principe de loyauté, dès lors que le seul dépôt d’une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l’autorité administrative fasse obligation de quitter le territoire français à un étranger qui se trouve dans l’un des cas mentionnés à l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

7. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3, L. 613‑2, L. 614-17 et L. 614-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que l’octroi ou le refus d’un délai de départ volontaire est une décision qui, si elle est en règle générale prise concomitamment à la décision portant obligation de quitter le territoire français, constitue une décision autonome, formant avec la décision portant fixation du pays de renvoi l’ensemble dénommé « décision de retour » par le droit de l’Union européenne, qui peut être contestée devant le tribunal administratif territorialement compétent selon les procédures d’urgence prévues en la matière. La juridiction saisie par un étranger d’une requête tendant à l’annulation d’une obligation de quitter le territoire français sans délai ou dans un délai qu’il estime trop bref peut, en fonction des moyens soulevés, annuler uniquement la décision relative au délai de départ volontaire. Cette annulation fait seulement obstacle à son exécution d’office tant que l’administration n’a pas fixé un nouveau délai de départ tenant compte des motifs de l’annulation prononcée par le juge. Elle est, par elle‑même, sans incidence sur la légalité de l’obligation de quitter le territoire français. Il s’ensuit que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision de refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

8. En dernier lieu, M. A... se prévaut de l’ancienneté de sa présence en France depuis plus de quatre ans, de sa situation familiale et de son insertion professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant s’est irrégulièrement maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son droit au séjour en qualité de travailleur saisonnier, qui ne l’autorisait pas à demeurer en France plus de six mois par an. Il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse, de même nationalité, réside régulièrement en France, le titre de séjour délivré par les autorités espagnoles dont elle est titulaire ne l’autorisant qu’à séjourner en France pour une durée de moins de trois mois. Dès lors, que rien ne s’oppose à ce que la vie familiale de M. A..., son épouse et leur jeune enfant né en 2024, se poursuive hors de France, notamment dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de quarante-trois ans. Par ailleurs, M. A... occupe un emploi de coiffeur, à temps incomplet 43 heures par mois, depuis le 22 septembre 2022, sans y avoir été autorisé. Dans ces circonstances, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale, ni entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation. Dès lors que cette mesure n’a pas pour effet de séparer la famille, le préfet n’a pas davantage méconnu l’intérêt supérieur de sa fille mineure. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d’appel de M. A... est manifestement dépourvue de fondement et peut être rejetée, selon la procédure prévue au dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à ce qu’il soit fait application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d’Oise

Fait à Versailles, le 1er octobre 2026.

La magistrate désignée,




O. Dorion

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.