Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-25VE03633

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-25VE03633
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D... A... B... a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, par deux requêtes distinctes, d’annuler l’arrêté du 19 août 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour pendant une durée de trois ans et l’a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen pour la même durée, d’annuler l’arrêté du même jour par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois, et d’enjoindre au préfet des Hauts- de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d’un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois sous la même astreinte, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous la même astreinte, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Par un jugement n°s 2518117 et 2518118 du 6 novembre 2025, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces arrêtés et enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. A... B..., dans un délai de deux mois.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine demande à la cour d’annuler ce jugement.

Il soutient que l’appréciation opérée par le tribunal administratif est erronée, dès lors que le comportement de M. A... B... représente une menace pour l’ordre public et est dangereux, qu’il n’a pas commis d’erreur d’appréciation et que la décision d’assignation à résidence n’est pas dépourvue de base légale. Il fait également valoir qu’il s’en remet à l’ensemble de ses écritures de première instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 septembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Marc a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant algérien né en 1997, titulaire de certificats de résidence algériens depuis le 29 janvier 2020, a sollicité le renouvellement de son dernier certificat de résidence le 15 décembre 2023, sur le fondement des stipulations de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien. Par deux arrêtés du 19 août 2025, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son certificat de résidence, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour pendant une durée de trois ans, l’a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen pour la même durée et l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois. Le préfet des Hauts-de-Seine relève appel du jugement du 6 novembre 2025 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ces arrêtés et enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A... B....

2. Aux termes de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : « Les ressortissants algériens (…) peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d’une résidence ininterrompue en France de trois années. (…) ». Selon l’article L. 412‑5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La circonstance que la présence d’un étranger en France constitue une menace pour l’ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l’autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425‑4 ou L. 425-10 ainsi qu’à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention « résident de longue durée-UE ». Aux termes de l’article L. 432-1 de ce même code : « La délivrance d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d’une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l’ordre public ».

3. Si l’accord franco-algérien ne subordonne pas la délivrance d’un certificat de résidence à un ressortissant algérien à la condition que l’intéressé ne constitue pas une menace pour l’ordre public, il ne prive toutefois pas l’administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l’entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l’admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l’existence d’une menace pour l’ordre public.

4. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement un refus de titre de séjour et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la délivrance d’un titre de séjour à l’intéressé est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l’administration se fonde sur l’existence d’une telle menace pour refuser un titre de séjour, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

5. Pour refuser à M. A... B... le renouvellement de son certificat de résidence, dont le dernier, d’une durée d’un an, était valable du 29 janvier 2023 au 28 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine s’est uniquement fondé sur la circonstance que son comportement constituait une menace pour l’ordre public, dès lors qu’il a été interpellé pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants le 28 juin 2025 et qu’il est défavorablement connu pour des faits de même nature commis les 16 septembre 2020, 27 mai 2023 et 29 juin 2025. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’intéressé aurait fait l’objet de condamnations ou de poursuites pénales pour de tels faits qui, en dépit de leur caractère répréhensible, ne sauraient être regardés comme suffisants pour constituer une menace pour l’ordre public. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise s’est fondée sur le motif tiré de l’erreur d’appréciation pour annuler les arrêtés en litige et enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. A... B..., dans un délai de deux mois.










D É C I D E :









Article 1er : La requête du préfet des Hauts-de-Seine est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l’intérieur et à M. D... A... B.... Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme C..., première vice-présidente, présidente de chambre,
Mme Marc, présidente-assesseure,
Mme Hameau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La rapporteure,




E. Marc
La présidente,




L. C...

La greffière,




T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.